lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2102129 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CORNILLE-FOUCHET-MANETTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 août 2021, le 9 septembre 2021, le
9 décembre 2021 et le 30 novembre 2022, la société civile immobilière Titan, représentée par
Me Fouchet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a suspendu l'examen de sa demande d'autorisation d'exploitation commerciale d'un ensemble commercial à Billère ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ni l'avis du maire de Billère ni celui du maire de Pau, en tant que signataire de la convention d'opération de revitalisation de territoire, n'ont été recueillis, en méconnaissance de l'article R. 752-29-2 du code de commerce ;
- les collectivités territoriales concernées ont été irrégulièrement consultées ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne comporte pas les mentions requises par l'article R. 752-29-5 du code du commerce ;
- l'article L. 752-1-2 du code de commerce sur lequel se fonde cette décision méconnaît les dispositions de la directive n° 2006/113 du 12 décembre 2006 ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence négative dès lors que le préfet s'est senti lié par l'avis émis par la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées ;
- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 752-1-2 du code du commerce dès lors que l'arrêté se réfère à la zone de chalandise paloise et non à celle du projet concerné, et dès lors que le projet n'est pas de nature à compromettre gravement les objectifs de l'opération de revitalisation ;
- le préfet a procédé à une interprétation extensive et réductrice de l'article L. 752-1-2 du code de commerce ;
- il est entaché d'erreur de fait quant aux effets du projet sur les commerces alimentaires du centre-ville de Pau et quant à la détermination de la zone de chalandise ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation quant aux atteintes aux intérêts des opérateurs commerciaux alimentaires du centre-ville de Pau et aux objectifs de l'opération de revitalisation de territoire ;
- la durée de la suspension est disproportionnée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 juin 2022 et le 17 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que la commission départementale d'aménagement commercial, réunie le 9 août 2022, a rendu un avis favorable au projet et lui a octroyé une autorisation d'exploitation commerciale ;
- l'intérêt pour agir de la requérante a expiré le 8 juillet 2022, date de reprise de l'examen de son dossier de demande devant la commission départementale d'aménagement commercial ;
- les moyens soulevés par la société Titan ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pacton, représentant la société Titan.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 8 juillet 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a suspendu pour une durée d'un an l'examen de la demande d'autorisation d'exploitation commerciale déposée le 8 juin 2021 par la société Titan. Cette dernière demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :
2. La circonstance, invoquée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, que la procédure d'examen de l'autorisation sollicitée par la société Titan a repris le 8 juillet 2022 devant la commission départementale d'aménagement commercial, et que cette dernière a octroyé le
8 août 2022 l'autorisation sollicitée n'a eu ni pour objet ni pour effet de retirer la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Titan ne sont pas devenues sans objet.
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques :
3. Ainsi qu'il a été dit au point 2, l'instruction de la demande présentée par la société Titan n'a repris que le 8 juillet 2022, soit postérieurement à la date d'enregistrement de la requête. Cette société justifie donc d'un intérêt lui donnant qualité pour agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par le préfet des Pyrénées-Atlantiques doit être écartée.
En ce qui concerne le fond du litige :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 752-1 du code de commerce : " Sont soumis à une autorisation d'exploitation commerciale les projets ayant pour objet : ()
5°) L'extension de la surface de vente d'un ensemble commercial ayant déjà atteint le seuil des 1 000 mètres carrés ou devant le dépasser par la réalisation du projet ; (). ". Aux termes de l'article L. 752-1-2 du même code : " Le représentant de l'Etat dans le département peut également suspendre par arrêté, après avis ou à la demande du ou des établissements publics de coopération intercommunale et des communes concernés, l'enregistrement et l'examen en commission départementale d'aménagement commercial des demandes d'autorisation relatives aux projets mentionnés aux 1° à 5° et au 7° du même article L. 752-1 qui sont situés dans des communes qui n'ont pas signé la convention mais sont membres de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre signataire de la convention() , lorsque ces projets, compte tenu de leurs caractéristiques et de l'analyse des données existantes sur leurs zones de chalandise, sont de nature à compromettre gravement les objectifs de l'opération, au regard notamment du niveau et de l'évolution des taux de logements vacants, de vacance commerciale et de chômage dans les centres-villes et les territoires concernés par ladite opération. () ". Aux termes de l'article R. 752-29-2 du même code : " Dans le délai de quinze jours franc à compter de l'enregistrement d'une demande d'autorisation d'exploitation commerciale au secrétariat de la commission départementale pour un projet mentionné au premier ou au deuxième alinéa de l'article L. 752-1-2, le préfet du département d'implantation du projet peut solliciter, dans l'éventualité de la suspension de la procédure d'autorisation : () b) Pour les projets mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 752-1-2, l'avis du président de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre signataire de la convention d'opération de revitalisation de territoire, de chacun des maires des communes signataires de cette même convention, du maire de la commune d'implantation du projet() . / La demande d'avis du préfet comporte : () b) Pour les projets mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 752-1-2, un exposé des caractéristiques du projet et des objectifs poursuivis par l'opération de revitalisation susceptibles d'être gravement compromis par le projet, de nature à justifier la suspension de la procédure devant la commission départementale. () ".
5. Il résulte des dispositions de l'article L. 752-1-2 du code de commerce que la suspension de la procédure d'autorisation d'exploitation commerciale ne peut légalement intervenir qu'après avis de l'établissement public de coopération intercommunale et des communes concernées.
6. Par ailleurs, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux doit augmenter de 685 m² la surface de vente d'un ensemble commercial existant présentant une surface de vente initiale de 2 200 m², et relève donc du 5° de l'article L. 752-1 du code de commerce. Par ailleurs, la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées a signé le 25 septembre 2018 avec la commune de Pau une convention cadre pluriannuelle dénommée " action cœur de ville ", devenue, par avenant signé le 3 juillet 2019, convention d'opération de revitalisation territoriale. La commune de Billère n'était pas signataire de cette convention, mais était membre de cet établissement public de coopération intercommunale. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet n'a pas sollicité, préalablement à la prise de l'arrêté attaqué, l'avis de cette commune sur le territoire de laquelle le projet devait s'implanter. Cette décision a donc été prise à l'issue d'une procédure irrégulière. Par ailleurs, si le préfet souligne que la commune de Billère avait exprimé son soutien au projet par courrier du 12 février 2021 adressé à la communauté d'agglomération, et joint au dossier de demande, cette commune n'a pas été consultée sur la suspension envisagée par le préfet, au regard de la compromission, par le projet, des objectifs de l'opération de revitalisation de territoire. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le défaut de consultation de la commune est susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision prise.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 752-29-5 du code de commerce : " L'arrêté de suspension prévu aux articles R. 752-29-2 et R. 752-29-3 expose : 1° Les objectifs poursuivis par la convention d'opération de revitalisation de territoire que le projet est susceptible de compromettre, pour l'application du premier alinéa de l'article L. 752-1-2 du présent code, ou de compromettre gravement, au sens du deuxième alinéa de ce même article ; 2° Les caractéristiques du projet identifiées comme constituant un risque pour la réalisation ou la poursuite de ces objectifs ; 3° Les données mentionnées à l'article L. 752-1-2 relatives à la vacance de logements, à la vacance commerciale et au chômage ou tout élément utile relatif à la zone de chalandise contribuant à ce risque. Ces données sont présentées pour une période d'au moins trois ans. Elles sont datées et leurs sources mentionnées. A peine d'inopposabilité, l'arrêté de suspension mentionne la durée de la suspension, qui ne peut excéder trois ans. Cette durée doit être cohérente avec les motifs de la suspension. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise l'opération de revitalisation de territoire (ORT), signée le 3 juillet 2019, couvrant la zone de chalandise en cause, et notamment son objectif de réduire la vacance commerciale au centre-ville de Pau et de mettre en œuvre pour ce faire une stratégie de redynamisation commerciale. Il fait en outre état de l'investissement important engagé pour rendre attractif le pôle alimentaire des halles de Pau en plein cœur de ville et du développement de l'offre alimentaire en centre-ville, notamment porté par les enseignes Monoprix et Casino. Si cet arrêté relève que la quasi-totalité des dépenses alimentaires des ménages de la zone de chalandise paloise sont réalisées dans les commerces de cette zone de chalandise, et que l'extension de surface commerciale envisagée aurait pour conséquence une fragilisation des opérateurs existants, en particulier ceux situés à moins de
10 minutes en voiture tels que les halles de Pau et les commerces exploités sous les enseignes de Monoprix et Casino du centre Bosquet, l'arrêté ne fait état d'aucune des données mentionnées au 3° de l'article L. 752-1-2 du code de commerce relatives à la vacance commerciale, à la vacance de logements et au chômage. Par suite, l'arrêté attaqué ne satisfait pas à l'exigence de motivation prescrite par les dispositions précitées.
10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet a notamment pour objet d'augmenter de 685 m² la surface de vente du commerce alimentaire préexistant, dans la commune de Billère. La société Titan fait état de données chiffrées, non contestées par le préfet et précisées dans l'étude d'impact jointe au dossier de demande, dont il résulte que la réalisation du projet, qui étend une surface commerciale existante, est susceptible de provoquer une perte de chiffre d'affaires inférieure à 1 % pour les commerces des halles de Pau, et des enseignes Monoprix et Casino. Dans ces conditions, alors que le préfet, qui s'abstient d'apporter toute précision chiffrée et se borne à évoquer en des termes génériques le risque de " fragilisation " de ces opérateurs en place et à rappeler l'investissement financier engagé dans le projet des halles, la grave compromission par rapport aux objectifs de l'ORT, à laquelle les dispositions de l'article L. 752-2-1 du code de commerce subordonnent la suspension de l'examen de la demande d'autorisation d'exploitation commerciale, n'est pas caractérisée. Par suite, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article
L. 752-1-2 du code de commerce.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du
8 juillet 2021 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Titan et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 8 juillet 2021 est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à la société Titan une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Titan, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques à la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées, à la commune de Pau et à la commune de Billère.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
La rapporteure,
Signé
V. DUMEZ-FAUCHILLE
Le président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026