mercredi 13 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2102443 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL NOURY-LABEDE LABEYRIE SAVARY |
Vu la procédure suivante :
I) - Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2021, sous le n° 2102443, et un mémoire, enregistré le 27 mars 2023, M. B de D, représenté par Me Savary-Goumi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 juillet 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision initiale du 7 janvier 2021 mettant un terme anticipé à la formation de pilote d'hélicoptère qu'il suivait à l'école de l'aviation légère de l'armée de terre ;
2°) d'enjoindre à la ministre des armées de le réintégrer dans sa formation initiale de pilote d'hélicoptère sans délai, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir ;
3°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est illégalement rétroactive ;
- les faits sur lesquels elle repose sont matériellement inexacts : il n'a pas fait l'objet de 7 fiches de comportement mais de seulement 3, et son absence au vol du 22 mai 2020 n'est pas de son fait ;
- la sanction prononcée, par ailleurs, est disproportionnée eu égard aux seuls faits qui peuvent légalement lui être reprochés.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2023, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
II) - Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, sous le n° 2202047, M. B de D, représenté par Me Savary-Goumi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 août 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision initiale du 25 janvier 2022 le réorientant d'office dans la spécialisation " 3422 - Spécialiste défense sol air ", à compter du 1er février 2022 ;
2°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que cette décision est illégale dès lors qu'elle a été prise à la suite de la décision du 7 janvier 2021 mettant un terme anticipé à sa formation de pilote d'hélicoptère, elle-même illégale en raison de son caractère rétroactif, de l'inexactitude matérielle des faits et de son caractère disproportionné, ainsi que développé dans sa requête n° 2102443.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il renvoie à ses écritures développées dans le mémoire en défense du 3 mai 2023 produit dans la requête n° 2102443.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Portès,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- et les observations de M. B de D.
Considérant ce qui suit :
1. M. B de D a intégré l'armée le 12 mars 2018 en qualité d'élève officier du personnel navigant dans la spécialité " pilote d'hélicoptère (1160) ". Il a suivi la formation initiale au sein de la section air de l'école de l'aviation légère de l'armée de terre (A) de la base école (BE) de Dax, dans les Landes, mais, par une décision du 7 janvier 2021, le commandant des forces aériennes a mis fin à sa formation de pilote d'hélicoptère à compter du 21 octobre 2020. Le recours administratif préalable obligatoire que M. de D a formé auprès de la commission des recours des militaires à l'encontre de cette décision a été rejeté par la ministre des armées par une décision du 9 juillet 2021. Par ailleurs, par une décision du 25 janvier 2022, la ministre des armées l'a réorienté d'office dans la spécialisation " 3422 - Spécialiste défense sol air " à compter du 1er février 2022. Le recours administratif préalable obligatoire que M. de D a formé auprès de la commission des recours des militaires à l'encontre de cette décision a également été rejeté par une décision du 12 août 2022. Par la requête n° 2102443, M. de D demande au tribunal d'annuler la décision du 9 juillet 2021 et, par la requête n° 2202047, il demande au tribunal d'annuler la décision du 12 août 2022.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2102443 et 2202047 de M. B de D présentent à juger des questions liées, relatives à la situation de cet ancien élève officier du personnel navigant dans la spécialité " pilote d'hélicoptère (1160) ". Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 9 juillet 2021 :
3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I. - Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. () " Aux termes des dispositions de l'article R. 4125-10 du même code : " La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. "
4. Si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours demeure soumise elle-même au principe de légalité. Pour autant, il est impossible d'invoquer utilement des moyens tirés du vice d'incompétence ou du défaut de motivation de la décision initiale, qui sont en tout état de cause propres à cette dernière et ont nécessairement disparu avec elle.
5. Eu égard à la nécessité de régulariser la situation de l'aspirant de D, la décision du 7 janvier 2021 pouvait légalement, de manière rétroactive, mettre un terme à sa formation initiale de pilote d'hélicoptère à partir du 21 octobre 2020 dès lors que l'administration l'a regardé comme ne devant plus, dès l'avis du conseil d'instruction du même jour, suivre cette formation. Dans ces conditions, cette décision n'est pas illégalement rétroactive et le moyen ne peut qu'être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article 2.1 de l'instruction du 26 septembre 1988 relative à l'instruction aérienne des équipages dans les unités de transport aérien militaire : " () dès la notification de la décision d'arrêt d'instruction ou de progression, le militaire est convoqué en entretien par le bureau organisation ressources humaines (ORH) gestionnaire. Lors de cet entretien, il est fait un bilan des aptitudes de l'intéressé et des réorientations qui pourraient être envisagées le concernant. A cette occasion, l'intéressée peut émettre des desiderata. " Par ailleurs, en vertu de la fiche standard n° 910 applicable à la date de la décision attaquée, qui précise la charte de fonctionnement de A de Dax, le commandant de la base école B6eRHC de Dax, responsable des formations, est assisté par un conseil d'instruction qui est chargé de préparer la décision de l'autorité et de formuler des propositions de maintien, d'ajournement ou de radiation d'un candidat d'un cycle de formation. Le III de cette fiche standard dispose que " tout candidat à un brevet militaire de pilote d'hélicoptère en cours de formation, est présenté devant le conseil d'instruction en cas de : - difficultés après l'attribution du quota maximal de séances de révision possible au cours de la progression vol du stage pilote ; - évaluation insuffisante en vol ; décision du DIFA sur avis de l'équipe pédagogique ; - inaptitude médicale interdisant la poursuite normale d'un stage ; () ; - trois notations " comportement inadapté " lors du stage. ". La même fiche prévoit encore que : " Conformément à la charte de fonctionnement de A (), le président du conseil d'instruction peut : 1) proposer au général commandant A : - de maintenir le candidat dans le cycle de formation (avec ou sans attribution de séances de révision) en vue d'une nouvelle présentation à l'épreuve ou au contrôle ayant entrainé la comparution devant le conseil. Le candidat garde le même millésime de stage ; - d'ajourner le candidat sans interruption du cycle de scolarité et de le représenter ultérieurement à l'action de formation. Le candidat change de millésime de stage mais peut conserver le bénéfice des U.V. déjà acquises ; - d'éliminer définitivement le candidat du cycle de formation et le cas échéant, émettre un avis sur une réorientation possible à l'intérieur de la branche 09. (). ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise aux motifs que M. de D, " en dépit de qualités techniques de pilotage, fait preuve, de manière constante depuis le 18 novembre 2019, d'un manque de rigueur, d'investissement, de préparation et de sérieux dans sa formation ; qu'il a fait l'objet, entre le 11 août 2018 et le 21 octobre 2020, de 7 fiches de comportement ; que le 21 octobre 2020, le conseil d'instruction a constaté que, en dépit des rappels à l'ordre, l'aspirant Oliveira a persisté à ne pas se donner les moyens d'acquérir les connaissances théoriques exigées ; que le moniteur de phase a dû annuler une séance de vol programmée au bénéfice de l'aspirant de Oliveira en raison de la préparation négligée, incomplète et superficielle de sa navigation ; que le directeur de la formation initiale à l'aéro-combat a estimé que le comportement de l'aspirant de Oliveira était incompatible avec les exigences du métier de pilote militaire, s'agissant notamment du respect des règles de sécurité de la navigation aérienne ; que le chef de corps, pour sa part, a estimé que l'aspirant de Oliveira, placé dans une situation opérationnelle, serait dangereux et " poserait les bases d'un potentiel accident " ; que le conseil d'instruction a ainsi considéré que la sécurité des vols imposait l'arrêt d'instruction de la formation initiale de pilote d'hélicoptère de l'aspirant de Oliveira ". Ainsi, la décision, fondée sur les insuffisances de l'intéressé, si elle est bien prise en considération de la personne, ne saurait être qualifiée de sanction disciplinaire.
8. Il ressort également des pièces du dossier que l'aspirant de D a fait l'objet non pas de sept, mais de trois fiches d'instructions entre le 11 août 2018 et le 21 octobre 2020, notamment la fiche d'instruction en date du 25 mai 2020 faisant état de ce que ce dernier " n'a pas pris connaissance des ordres de vols et n'a pas confirmé auprès du Cne RENAUD une quelconque autorisation de départ. Son moniteur s'est donc retrouvé au pied de la machine à 13h30 sans l'intéressé, déjà parti en week-end ". Sur ce point le requérant soutient que cet évènement n'est pas de son fait, que le planning de son horaire de vol du vendredi 22 mai 2020 a été changé à de nombreuses reprises, qu'après avoir passé la matinée de ce vendredi 22 mai 2020 en visite médicale, il a appris, de la part de ses camarades de promotion, que les vols de l'après-midi étaient annulés et qu'ils étaient, ainsi, libérés et, enfin, que ces éléments ont été confirmés tant par le planning de cours accessible sur l'ordinateur relié au réseau central que par le chef des opérations de brigade. Ces éléments précis sont étayés par les plannings informatiques des vols de la journée du 22 mai 2020, versés au dossier par le requérant, et par l'attestation d'un camarade de promotion. En défense, la ministre des armées n'apporte pas d'élément de nature à remettre en cause ces allégations et se borne à indiquer que M. de D n'a jamais mentionné ces circonstances extérieures. Dans ces conditions, la fiche d'instruction en date du 25 mai 2020 ne pouvait valablement fonder la décision en litige.
9. Pour autant, la ministre des armées, pour prendre la décision attaquée s'est également fondée sur d'autres faits et motifs, énoncés au point 7 du présent jugement, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils seraient matériellement inexacts, tirés notamment du manque de rigueur, d'investissement, de l'incompatibilité du comportement de l'intéressé avec les exigences du métier de pilote militaire, s'agissant notamment du respect des règles de sécurité de la navigation aérienne, et du caractère potentiellement dangereux de ce dernier en situation opérationnelle. Ces appréciations, concordantes et nombreuses, émises par des instructeurs du requérant au cours de sa formation initiale justifient eu égard à leur gravité, et quand bien même elles ne concerneraient qu'un nombre restreint de vols, la décision d'arrêt d'instruction de la formation initiale de pilote d'hélicoptère de l'aspirant de Oliveira à partir du 21 octobre 2020. Enfin, il résulte de l'instruction que cette autorité administrative aurait pris la même décision si elle s'était fondée seulement sur ces motifs. Dans ces conditions, eu égard à la nature des faits reprochés, la ministre n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que M. de D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision initiale du 7 janvier 2021 mettant un terme anticipé à la formation de pilote d'hélicoptère qu'il suit à l'école de l'aviation légère de l'armée de terre.
En ce qui concerne la décision du 12 août 2022 :
11. Pour contester la légalité de la décision du 12 août 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision initiale du 25 janvier 2022 le réorientant dans la spécialisation " 3422 - Spécialiste défense sol air " à compter du 1er février 2022, le requérant se borne à soutenir que cette décision a été prise de manière consécutive à la décision du 9 juillet 2021 laquelle serait illégale pour les motifs précédemment analysés. Toutefois, il résulte de ce qui précède que M. de D n'est pas fondé à demander l'annulation de cette décision du 9 septembre 2021. Dans ces conditions, à supposer que cette exception d'illégalité soit recevable, ce moyen ne peut qu'être écarté et, par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 12 août 2022 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. de D, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées dans ces mêmes requêtes ne peuvent également qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le ministre des armées, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. de D une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2102443 et 2202047 de M. de D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B de D et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Portès, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
E. PORTES
La présidente,
Signé
S. PERDU La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
2, 2202047
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026