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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102480

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102480

mercredi 28 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantARANDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Aranda, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2021 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a ordonné de se dessaisir des armes et munitions de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munitions de toute catégorie et a retiré la validation de son permis de chasser, ensemble la décision du 29 juin 2021 par laquelle cette même autorité a rejeté le recours gracieux qu'il a formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- les faits de menace à l'encontre d'un élu local ne sont pas matériellement établis ;

- il porte atteinte à son droit de propriété consacré par l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2021, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 mai 2021, le préfet des Hautes-Pyrénées a ordonné à M. A de se dessaisir des armes et munitions de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munitions de toute catégorie et a retiré la validation de son permis de chasser. Par décision du 29 juin 2021, cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cet arrêté. M. A demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 21 mai 2021 :

S'agissant de la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hautes-Pyrénées :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a formé le 11 juin 2021, c'est-à-dire dans le délai de recours contentieux de deux mois, un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté attaqué, lequel a eu pour effet de proroger ce délai. En outre, le préfet des Hautes-Pyrénées ne justifie pas de la date de notification au requérant de la décision du 29 juin 2021 par laquelle il a rejeté ce recours gracieux ou de la date à laquelle l'intéressé en aurait eu connaissance. Au demeurant, il n'est pas davantage établi que cette dernière décision aurait été assortie de la mention des voies et délais de recours. Dès lors, à la date d'enregistrement de la requête, le délai de recours contentieux n'était pas expiré. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hautes-Pyrénées, tirée de la tardiveté de la requête, ne peut qu'être écartée.

S'agissant du fond du litige :

4. Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " () le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne () le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles () L. 312-11 lorsque : / () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; / () ".

5. L'arrêté attaqué se fonde sur ce que M. A a été mis en cause pour des faits, commis le 25 septembre 2020, de menace de crime ou de délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un élu local, et des faits, commis du 26 mars 2020 au 23 novembre 2020, d'abandon ou de dépôt de déchets par leur producteur ou détenteur. Toutefois, il n'est pas contesté que ces faits ont fait l'objet d'un classement sans suite. En outre, les faits de menace à l'encontre d'un élu local, qui sont contestés par le requérant et pour lesquels le préfet ne produit aucun élément circonstancié, ne sont pas matériellement établis. Par ailleurs, les faits d'abandon illégal de déchets, pour lesquels le préfet n'apporte pas davantage de précisions, ne traduisent pas l'existence d'un comportement incompatible avec la détention d'une arme. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet des Hautes-Pyrénées a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 312-11 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 21 mai 2021 doit être annulé.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 29 juin 2021 :

7. La décision attaquée ne peut être regardée comme étant exempte du vice relevé au

point 5, dont est entaché l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 21 mai 2021. Elle doit par suite être annulée.

Sur les frais liés au litige :

8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

9. M. A ne justifie pas avoir exposé des dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées par lui à ce titre doivent être rejetées.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 21 mai 2021 et la décision de cette même autorité du 29 juin 2021 sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. DIARDLe président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE

CASTILLONLa greffière,

Signé

S. SEGUELA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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