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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102565

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102565

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMESSAOUDENE-BOUCETTA DJAMILA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, M. D A, représenté par Me Messaoudene-Boucetta, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2021 par lequel le préfet du Gers a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreint à se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de Fleurance (32500) ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait les articles L. 611-1, L. 612-1 et L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation quant à la menace à l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6-1 du l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968 dès lors qu'il justifie d'une résidence stable et continue depuis plus de 11 ans sur le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2021, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté par M. A, représenté par Me Messaoudene-Boucetta, a été enregistré le 24 novembre 2021.

Par une lettre du 1er mars 2022, le préfet du Gers a informé le Tribunal que par une décision du 1er mars 2022, notifié le même jour, il a prononcé à l'encontre du requérant une mesure d'assignation à résidence.

Vu :

- le jugement n° 2102565 rendu le 7 mars 2022 par la magistrate désignée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, né le 5 mars 1981, est entré irrégulièrement en France le 16 février 2010, selon ses déclarations. Il a présenté le 12 août 2020 une demande de certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par arrêté du 24 août 2021, le préfet du Gers a refusé de lui délivrer le titre sollicité et a fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreint à se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de Fleurance (32500). Par décision du 1er mars 2022, le préfet du Gers a assigné M. A à résidence. Ce dernier demande l'annulation de l'arrêté du préfet du Gers du 24 août 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant () ". Aux termes de l'article L. 614-7 du même code : " Les dispositions de la présente section sont applicables lorsque l'étranger fait l'objet d'une d'assignation à résidence en application de l'article L. 731-1 ou d'un placement en rétention en application de l'article L. 741-1, y compris lorsque ces décisions interviennent en cours d'instance. ". Aux termes de l'article L. 614-8 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 (), le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ". L'article L. 614-9 du même code ajoute que : " () Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire (). ".

4. M. A ayant été assigné à résidence après l'introduction de l'instance par une décision du 1er mars 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal, statuant en application des dispositions précitées, a, par un jugement du 7 mars 2022, d'une part annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, et l'astreignant à se présenter une fois par semaine à la gendarmerie de Fleurance, et d'autre part, renvoyé le surplus des conclusions de la requête à une formation collégiale du tribunal, compétente pour en connaître. Il n'y a donc lieu de statuer que sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ainsi que sur les conclusions aux fins d'injonction et celles accessoires qui s'y rattachent.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'admission au séjour : Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixe les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : 1) aux ressortissants algériens, qui justifie par tous moyens résider en France depuis plus de dix ans () ". Si l'accord franco-algérien susvisé ne subordonne pas la délivrance d'un titre de séjour aux ressortissants algériens à l'absence de menace à l'ordre public, les stipulations de cet accord, qui a pour seul objet de définir les conditions particulières que les intéressés doivent remplir lorsqu'ils demandent à séjourner en France, ne privent pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée en vigueur et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour à un ressortissant algérien en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

6. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour et d'éloignement et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

7. Il ressort des pièces du dossier que, par jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 11 avril 2011, M. A a été condamné, à trois mois d'emprisonnement pour des faits de proxénétisme aggravé impliquant une victime mineure de 15 à 18 ans, et a été inscrit au fichier des auteurs d'infractions sexuelles. Il a en outre été condamné, par jugement du tribunal judiciaire d'Auch du 25 janvier 2021, à une amende délictuelle de 300 euros pour non déclaration de son changement d'adresse en tant que personne enregistrée dans le fichier des auteurs d'infractions sexuelles. Toutefois, les faits à l'origine de la première condamnation de M. A, certes graves, sont anciens de plus de dix ans à la date de la décision attaquée et présentent un caractère isolé, la seconde condamnation étant relative au défaut d'accomplissement d'une déclaration d'adresse. Dans ces conditions, et en dépit de la soustraction de l'intéressé aux mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, le préfet du Gers ne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la présence de M. A sur le territoire français constituait, à la date de sa décision, une menace à l'ordre public. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 août 2021 par laquelle le préfet du Gers a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Compte tenu du moyen qui fonde l'annulation de la décision en litige, le présent jugement implique seulement que le préfet du Gers prenne une nouvelle décision sur la demande de certificat de résidence de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, et lui délivre dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 août 2021 par laquelle le préfet du Gers a refusé de délivrer à M. A un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gers de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifiée à M. D A et au préfet du Gers.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Quéméner, présidente,

Mme Réaut, première conseillère,

Mme Duchesne, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. C

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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