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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102590

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102590

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire en production de pièces et des mémoires, enregistrés le 23 septembre 2021, le 4 octobre 2021, le 28 octobre 2021 et le 25 mai 2022, Mme E B, représentée en dernier lieu par Me Marbot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 par lequel le maire de Casteide-Doat a accordé à M. F A C un permis de construire en vue de l'édification d'un garage ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Casteide-Doat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les plans et le document graphique d'insertion joints au dossier de demande de permis sont entachés d'inexactitude ;

- le dossier de demande de permis est entaché d'insuffisances au regard des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué fait obstacle à l'usage de la servitude de passage sur laquelle s'implante le bâtiment projeté ;

- il fait obstacle à l'usage de la servitude d'utilité publique attachée aux réseaux de télécommunication, instituée en application des articles L. 45-9 et L. 48 du code des postes et des communications électroniques, sur laquelle s'implante le bâtiment projeté ;

- il méconnaît les articles L. 161-4 et R. 111-14 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 janvier 2022 et le 5 septembre 2022, la commune de Casteide-Doat, représentée par Me Teisseyre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Mme B ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- les moyens nouveaux soulevés par Mme B après l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication du premier mémoire en défense sont irrecevables, en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Marbot, représentant Mme B, de M. D, maire de Casteide-Doat, représentant cette commune, et de M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 août 2021, le maire de Casteide-Doat a accordé à M. A C un permis de construire en vue de l'édification d'un garage. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / () 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / () b) () le volume des constructions nouvelles () ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître () les plantations maintenues, supprimées ou créées () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; / () d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Le moyen tiré de ce que les plans et le document graphique d'insertion joints au dossier de demande de permis sont entachés d'inexactitude, tel qu'il a été soulevé par Mme B dans la requête introductive d'instance enregistrée le 23 septembre 2021, ne repose sur le fondement d'aucune disposition législative ou réglementaire. En tout état de cause, à supposer que la requérante ait entendu invoquer les moyens tirés de l'insuffisance du dossier de demande de permis au regard des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme, si le plan de masse indique la longueur et la largeur du bâtiment projeté sans en préciser la hauteur et n'est ainsi pas coté dans les trois dimensions, cette indication est mentionnée sur les plans de façade, de sorte que ces dernières pièces compensent utilement cette lacune. De même, si la notice n'indique pas le volume de cette construction, le plan de masse et les plans de façade, ainsi qu'il a été dit précédemment, en indiquent les cotes dans les trois dimensions et compensent également utilement cette lacune. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le plan de masse, les plans de façade ou le document graphique d'insertion représenteraient le bâtiment projeté dans des proportions erronées. De plus, dès lors que le projet litigieux ne prévoit pas le maintien, la suppression ou la création de plantations, le plan de masse n'est entaché d'aucune insuffisance sur ce point. Les plans des façades représentent quant à eux la toiture du bâtiment projeté. Par ailleurs, si le dossier de demande ne comporte pas de plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain, cette insuffisance est utilement compensée par le document graphique d'insertion qui fait apparaître l'absence de dénivelé du terrain d'assiette du projet. Enfin, si les points et les angles des prises de vue ne sont pas reportés sur le plan de situation et le plan de masse, cette insuffisance n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été délivré en méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " () / Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme. ".

6. S'il ressort des pièces du dossier que le bâtiment projeté s'implante sur une servitude de passage qui a été constituée au profit d'un terrain appartenant à Mme B, cette dernière ne peut toutefois utilement soutenir que l'arrêté attaqué fait obstacle à l'usage de cette servitude de passage dès lors que le permis de construire est délivré sous réserve du droit des tiers et qu'il appartient à l'autorité administrative de vérifier la conformité du projet aux seules règles et servitudes d'urbanisme.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " La carte communale délimite les secteurs où les constructions sont autorisées et les secteurs où les constructions ne sont pas admises, à l'exception : / 1° De l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension des constructions existantes ainsi que de l'édification d'annexes à proximité d'un bâtiment existant ; / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Casteide-Doat était, à la date de l'arrêté attaqué, dotée d'une carte communale et que le projet était alors situé dans un secteur délimité par ce document où les constructions ne sont pas admises. Le bâtiment projeté à usage de garage, destiné au stationnement de deux véhicules, présente une longueur de 9,50 mètres, une largeur de 6 mètres, ainsi qu'une hauteur de 3,50 mètres en façade nord et 2,50 mètres en façade sud. En outre, le terrain d'assiette de cette construction est situé à proximité de la maison d'habitation du pétitionnaire dont elle est seulement séparée par un chemin. Par ailleurs, la requérante ne peut utilement se prévaloir du lexique national d'urbanisme qui n'a pas de valeur réglementaire. Dans ces conditions, le bâtiment projeté constitue une annexe au sens des dispositions précitées qui peut être autorisée à titre dérogatoire dans les secteurs où les constructions ne sont pas admises. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été délivré en méconnaissance de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, () les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. / () ".

10. Les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué fait obstacle à l'usage de la servitude d'utilité publique attachée aux réseaux de télécommunication, instituée en application des articles L. 45-9 et L. 48 du code des postes et des communications électroniques, sur laquelle s'implante le bâtiment projeté, et de ce que l'arrêté attaqué méconnaît l'article R. 111-14 du code de l'urbanisme, ont été soulevés pour la première fois par Mme B dans un mémoire enregistré le 25 mai 2022, c'est-à-dire plus de deux mois après le 26 janvier 2022, date de communication du premier mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2022. Ces moyens sont donc irrecevables, en application des dispositions précitées de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Casteide-Doat, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Casteide-Doat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la commune de Casteide-Doat une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à la commune de Casteide-Doat et à M. F A C.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. DIARDLe président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE

CASTILLON

La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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