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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102623

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102623

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 30 septembre 2021 et le 6 octobre 2021, M. C F, Mme D O, M. A I, Mme P M, épouse I, M. J H, Mme E L, épouse H, M. B N et Mme K Q, épouse N, représentés par Me Wattine, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 17 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Pierre-du-Mont a accordé à la société Socoprom un permis de construire en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comportant 47 logements sociaux destinés à la location, situé rue Savorgnan de Brazza à Saint-Pierre-du-Mont (Landes) ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une mesure d'expertise et de désigner un expert chargé de déterminer l'éventuelle présence d'un cours d'eau sur le terrain d'assiette du projet ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Pierre-du-Mont et de la société Socoprom la somme de 1 000 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la demande de permis de construire, dont le projet entraîne une modification du cours d'eau traversant le terrain d'assiette, n'était pas accompagnée de la déclaration requise par l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI), approuvé le 12 décembre 2019, qui interdit l'implantation des constructions dans une bande de 10 mètres, de part et d'autre de la berge des cours d'eau.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2021, la société Socoprom, représentée par Me Fouchet, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et demande au tribunal de mettre la somme de 3 000 euros à la charge des requérants, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet, 14 octobre, 16 novembre et 27 décembre 2022, la commune de Saint-Pierre-du-Mont (Landes), représentée par Me Bouyssou, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet au fond des conclusions aux fins d'annulation et de la demande d'expertise, et demande au tribunal de mettre la somme de 5 000 euros à la charge des requérants, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;

- à titre infiniment subsidiaire, la mesure d'expertise sollicitée est dépourvue d'utilité.

Par un mémoire, enregistré le 7 novembre 2022, M. F et autres déclarent renoncer à leurs conclusions présentées à titre subsidiaire, tendant à ce qu'une mesure d'expertise soit ordonnée.

Par une ordonnance n° 2200111 du 11 février 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Pau a suspendu l'exécution de l'arrêté du 17 mai 2021 du maire de Saint-Pierre-du-Mont.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,

- les observations de Me Evano, substituant Me Bouyssou, représentant la commune de Saint-Pierre-du-Mont,

- et les observations de Me Gournay, substituant Me Fouchet, représentant la société Socoprom.

Une note en délibéré, présentée pour M. F et autres, a été enregistrée le 23 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 décembre 2018, le maire de Saint-Pierre-du-Mont a accordé à la société Socoprom un permis de construire en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comportant 47 logements sociaux, situé rue Savorgnan de Brazza à Saint-Pierre-du-Mont (Landes), sur les parcelles cadastrées section AH nos 112, 116 et 118. Par une décision du 26 février 2019, le maire de Saint-Pierre-du-Mont a rejeté le recours gracieux formé par M. F contre cet arrêté.

2. Par un jugement n° 1900987 du 9 décembre 2020, le tribunal a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, sursis à statuer sur les conclusions de la requête de M. F, aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2018 et de la décision du 26 février 2019, dans l'attente de la régularisation du vice entachant le permis de construire. Par un arrêté du 12 mars 2021, le maire de Saint-Pierre-du-Mont a accordé à la société Socoprom un permis de construire modificatif en vue de la régularisation du permis de construire initialement délivré. Par un jugement du 28 juillet 2021, le tribunal, prenant acte de cette régularisation, a rejeté la requête de M. F.

3. Par un arrêt avant dire droit nos 21BX00744, 21BX03674 du 22 avril 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux a sursis à statuer sur les requêtes présentées par M. F et autres tendant à l'annulation des jugements des 9 décembre 2020 et 28 juillet 2021, du permis de construire du 26 décembre 2018, de la décision du 26 février 2019 et du permis de construire modificatif du 12 mars 2021, et a ordonné une expertise contradictoire aux fins pour l'expert de se rendre sur le terrain, de décrire la topographie des lieux, de dire si le terrain abrite un écoulement d'eaux courantes et dans l'affirmative d'en relever le tracé sur un plan, de communiquer tous éléments sur la source de cet écoulement et, en l'absence de source identifiée, d'indiquer les autres origines de l'écoulement d'eau, de donner tous éléments sur l'existence et l'importance d'un débit de l'écoulement d'eau et d'indiquer s'il existe des berges et un lit au substrat spécifique, la présence de vie aquatique, la continuité de l'écoulement d'amont en aval. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe de la cour le 26 septembre 2022. Par un arrêt du 20 décembre 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté la requête de M. F.

4. Enfin, par un arrêté du 17 mai 2021, le maire de Saint-Pierre-du-Mont a accordé à la société Socoprom un nouveau permis de construire en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comportant 47 logements sociaux destinés à la location, sur le même terrain. Par la présente requête, M. F et les autres requérants sus-nommés demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : / () i) S'il y a lieu, que les travaux portent sur une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumis à déclaration en application de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre II du code de l'environnement ; / () ". Aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants ".

6. Par ailleurs, aux termes des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) de la communauté d'agglomération Mont-de-Marsan Agglomération, approuvé le 12 décembre 2019, relatives aux constructions aux abords des cours d'eau : " Les constructions ne sont pas autorisées dans une bande de 10 m de part et d'autres de la berge des cours d'eau. / () ".

7. Enfin, aux termes de l'article L. 215-7-1 du même code : " Constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année. / L'écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'expertise déposé le 26 septembre 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Bordeaux et produit dans la présente instance, mentionné au point 3 du présent jugement, que l'écoulement d'eau présent sur le terrain d'assiette du projet ne peut être regardé comme alimenté par une source et, par suite, comme présentant le caractère d'un cours d'eau.

9. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme et des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Saint-Pierre-du-Mont et la société Socoprom, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Pierre-du-Mont a accordé à la société Socoprom un permis de construire doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Pierre-du-Mont et de la société Socoprom, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

12. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Pierre-du-Mont et non compris dans les dépens, ainsi que la même somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Socoprom, en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. F et autres est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront à la commune de Saint-Pierre-du-Mont, d'une part, et à la société Socoprom, d'autre part, une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, représentant unique des requérants, à la société Socoprom et à la commune de Saint-Pierre-du-Mont (Landes).

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Quéméner, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé : F. DIARDLa présidente,

Signé : V. QUEMENER

Signé : La greffière,

M. G

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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