mercredi 27 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2102695 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | ABL ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2102695, un mémoire en production de pièces et un mémoire, enregistrés le 8 octobre 2021, le 10 novembre 2021 et le 22 novembre 2022, M. B G et Mme D G, représentés par Me Bernal, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2021 par lequel le maire de Nousty a accordé à Mme F E et à M. C A un permis de construire en vue de l'édification d'une maison individuelle à usage d'habitation, ainsi que l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel cette même autorité a accordé aux mêmes pétitionnaires un permis de construire modificatif ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Nousty une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
En ce qui concerne l'arrêté du 10 août 2021 :
- il a été pris en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime, faute d'avoir été soumis à l'avis préalable de la chambre d'agriculture ;
- le dossier de demande de permis est entaché d'insuffisances au regard des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental des Pyrénées-Atlantiques ;
- il méconnaît les dispositions relatives à l'écoulement des eaux ;
- il méconnaît l'article U 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nousty ;
En ce qui concerne l'arrêté du 21 septembre 2022 :
- il a été pris en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime, faute d'avoir été soumis à l'avis préalable de la chambre d'agriculture ;
- il méconnaît l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental des Pyrénées-Atlantiques ;
- il méconnaît l'article U 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nousty.
Par des mémoires en défense et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 10 février 2022, le 2 décembre 2022 et le 20 février 2024, la commune de Nousty conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600- 5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 1 219 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, Mme F E et M. C A, représentés par Me Ledain, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour les consorts G a été enregistré le 28 décembre 2022.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2202585, et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 22 novembre 2022 et le 24 février 2023, M. B G et Mme D G, représentés par Me Bernal, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le maire de Nousty a accordé à Mme F E et à M. C A un permis de construire modificatif ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Nousty une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime, faute d'avoir été soumis à l'avis préalable de la chambre d'agriculture ;
- il méconnaît l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental des Pyrénées-Atlantiques ;
- il méconnaît l'article U 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nousty.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, Mme F E et M. C A, représentés par Me Ledain, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés par les arguments développés au soutient de leur mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2022 dans l'instance n° 2102695.
Par un mémoire en défense et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 27 novembre 2023 et le 20 février 2024, la commune de Nousty conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le règlement sanitaire départemental des Pyrénées-Atlantiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Diard,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bernal, représentant les consorts G, et de Me Romazzotti, substituant Me Ledain, représentant Mme E et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 10 août 2021, le maire de Nousty a délivré à Mme E et à M. A un permis de construire en vue de l'édification d'une maison individuelle à usage d'habitation. Par un arrêté du 21 septembre 2022, cette même autorité a délivré aux mêmes pétitionnaires un permis de construire modificatif. Les consorts G demandent l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2102695 et 2202585, présentées par les consorts G, sont relatives au même projet de construction et sont dirigées notamment contre le même permis de construire modificatif. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 10 août 2021 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque des dispositions législatives ou réglementaires soumettent à des conditions de distance l'implantation ou l'extension de bâtiments agricoles vis-à-vis des habitations et immeubles habituellement occupés par des tiers, la même exigence d'éloignement doit être imposée à ces derniers à toute nouvelle construction et à tout changement de destination précités à usage non agricole nécessitant un permis de construire, à l'exception des extensions de constructions existantes. / () Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, une distance d'éloignement inférieure peut être autorisée par l'autorité qui délivre le permis de construire, après avis de la chambre d'agriculture, pour tenir compte des spécificités locales. () ". Aux termes de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental des Pyrénées-Atlantiques : " Sans préjudice de l'application des documents d'urbanisme existant dans la commune ou de cahiers des charges de lotissement, l'implantation des bâtiments renfermant des animaux doit respecter les règles suivantes : / () - les autres élevages, à l'exception des élevage de type familial, et de ceux de volailles et de lapins, ne peuvent être implantés à moins de 50 m des immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers () / - les élevages non visés par le présent article, dont l'élevage de type familial, c'est-à-dire l'élevage dont la production est destinée à la consommation familiale ou à l'agrément de la famille (chiens, chats, oiseaux) sont soumis pour conception et leur implantation aux dispositions de l'article 26 et de l'article 153-3 du présent règlement. / () Par ailleurs, les distances d'éloignement visées ci-dessus par rapport aux immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers () pourront être requises par l'autorité sanitaire pour tenir compte des droits de construire, d'occupation ou de vocation des sols découlant de documents ou de décisions d'urbanisme en état de validité. Réciproquement, l'autorité sanitaire pourra demander les distances d'éloignement visées au présent règlement pour la transformation ou l'implantation d'immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers () pour tenir compte des activités agricoles existantes ou autorisées et s'exerçant en conformité avec la réglementation en vigueur. ".
4. M. B G indique qu'il gère une exploitation agricole, implantée sur des terrains jouxtant le terrain d'assiette du projet litigieux, qui comporte un élevage de 42 vaches allaitantes. Il est constant que cette activité d'élevage, inférieure au seuil de 100 vaches allaitantes, ne relève pas de la police des installations classées pour la protection de l'environnement. En outre, la production de cet élevage ne peut être regardée comme étant principalement destinée à la consommation familiale ou à l'agrément de la famille et ne constitue ainsi pas un élevage de type familial au sens des dispositions précitées de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental des Pyrénées-Atlantiques. Dès lors, les bâtiments de cette exploitation renfermant des animaux sont soumis à la règle de distance d'implantation de 50 mètres des habitations prévue par ces mêmes dispositions, qui s'applique également par réciprocité aux projets des tiers, situés dans ce périmètre, de nouveaux immeubles à usage d'habitation nécessitant un permis de construire. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le seul bâtiment agricole existant dans le périmètre de 50 mètres du projet est un hangar couvert ne servant que d'abri pour des véhicules et des engins agricoles, ainsi qu'au stockage de fourrage, et que le bâtiment de stabulation de l'exploitation, qui est distinct de ce hangar, est implanté en dehors de ce périmètre. Dès lors, le projet litigieux ne déroge pas à la règle de distance d'implantation de 50 mètres prévue par les dispositions précitées de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental des Pyrénées-Atlantiques. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet aurait dû être soumis à l'avis de la chambre d'agriculture en application de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime est inopérant.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / () f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que si la notice accompagnant la demande de permis de construire se borne à mentionner l'existence de constructions aux abords du projet, sans davantage de précisions, et n'indique pas les conditions d'aménagement de l'accès, la notice jointe au dossier de demande de permis de construire modificatif précise l'existence d'une maison d'habitation et d'une exploitation agricole à proximité du terrain d'assiette du projet ainsi que l'aménagement de l'accès à ce dernier . L'arrêté du maire de Nousty du 21 septembre 2022 rappelé au point 1 a donc eu pour effet de régulariser sur ces points la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme est inopérant.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que si la demande de permis de construire ne comporte aucun document graphique, le dossier de demande de permis de construire modificatif comprend deux documents graphiques représentant l'insertion du projet et faisant apparaître les constructions situées en arrière-plan. L'arrêté du maire de Nousty du 21 septembre 2022 a donc eu pour effet de régulariser sur ce point la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme est également inopérant.
9. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaît la règle de distance d'implantation de 50 mètres prévue par l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental des Pyrénées-Atlantiques est inopérant pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4.
10. En quatrième lieu, si les requérants soutiennent que le projet méconnaîtrait les dispositions relatives à l'écoulement des eaux, ce moyen insuffisamment articulé ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article U 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nousty, alors en vigueur : " () / Une place de stationnement occupe au moins 25 m², accès compris. / () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire n'indique pas la superficie des deux places de stationnement extérieures prévues par le projet et que le périmètre de ces places n'est pas davantage représenté sur le plan de masse. Ainsi, à supposer que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article U 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nousty relatives à la superficie minimale des places de stationnement, il résulte toutefois de la notice et du plan de masse joints au dossier de demande de permis de construire modificatif que ces deux places auront chacune une superficie minimale de 25 m². L'arrêté du maire de Nousty du 21 septembre 2022 a donc eu pour effet de régulariser sur ce point la décision attaquée. Par ailleurs, contrairement ce que soutiennent les requérants, ces dispositions n'ont pas pour objet de réglementer l'accès du projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article U 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nousty est inopérant.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 21 septembre 2022 :
13. En premier lieu, la demande de permis de construire modificatif avait seulement pour objet de compléter le dossier de demande de permis de construire initial par les pièces décrites aux points 6 et 8. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime et de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental des Pyrénées-Atlantiques sont inopérants au regard de l'objet de l'arrêté attaqué.
14. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article U 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nousty est inopérant pour les mêmes motifs que ceux développés au point 12.
15. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par Mme E et M. A, les conclusions aux fins d'annulation des requêtes des consorts G doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
17. Il résulte de ces dispositions que le paiement des sommes exposées et non comprises dans les dépens ne peut être mis à la charge que de la partie qui perd pour l'essentiel. La circonstance qu'au vu de la régularisation intervenue en cours d'instance, le juge rejette finalement les conclusions dirigées contre la décision initiale, dont le requérant était fondé à soutenir qu'elle était illégale et dont il est, par son recours, à l'origine de la régularisation, ne doit pas à elle seule, pour l'application de ces dispositions, conduire le juge à mettre les frais à sa charge ou à rejeter les conclusions qu'il présente à ce titre. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Nousty et Mme E et autre doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nousty une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par les consorts G et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions aux fins d'annulation des requêtes nos 2102695 et 2202585 des consorts G sont rejetées.
Article 2 : La commune de Nousty versera aux consorts G une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Nousty et Mme E et autre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B G, à la commune de Nousty, à Mme F E et à M. C A.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
F. DIARDLe président,
signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE
CASTILLONLa greffière,
signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Nos 2102695, 2202585
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026