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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102753

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102753

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSAID MOHAMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 octobre 2021 et le 10 juin 2022, Mme A B, épouse D, représentée par Me Said Mohamed, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un certificat de résidence en application de l'accord franco-algérien dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- le signataire de la décision attaquée est incompétent ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans la mesure où son mari a sollicité un titre de séjour passeport compétences et talents et un tel titre est également délivré à la famille de l'étranger admis au séjour à ce titre ;

- elle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect la vie privée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est privée de base légale.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B, épouse D, ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse D, de nationalité algérienne, est entrée régulièrement en France le 13 janvier 2020, munie d'un visa de court séjour, avec son mari et ses deux enfants. Une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 11 novembre 2020 lui a été délivrée compte tenu des restrictions de circulation en vigueur pour faire face à l'épidémie de Covid-19. Par arrêté du 16 septembre 2021, le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B, épouse D, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

2. En l'absence de décision de refus de titre de séjour, il y a lieu de regarder les moyens invoqués à l'encontre d'une telle décision comme invoqués au soutien des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

3. En premier lieu, par un arrêté du 28 décembre 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hautes-Pyrénées, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Sibylle Samoyault, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions, y compris les mesures fondées sur l'entrée et le séjour des étrangers en France, à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée, dont Mme F est la signataire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente, manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

5. La décision attaquée se fonde sur ce que l'intéressée n'a pas sollicité la délivrance d'un certificat de résidence ni le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour qui a expiré le 11 novembre 2020. Elle vise notamment les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que Mme B, épouse D, ne réunit aucune des conditions d'une admission au séjour de plein droit, rappelle par ailleurs les éléments tenant à la situation personnelle et familiale de l'intéressée et qu'un tel refus de séjour ne porte aucune atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et que rien ne s'oppose à son éloignement en conséquence. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hautes-Pyrénées n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de Mme B, épouse D.

7. En quatrième lieu, si Mme B, épouse D, soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, il ressort toutefois des pièces du dossier et des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la requérante n'a pas sollicité la délivrance d'un certificat de résidence ni le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour qui a expiré le 11 novembre 2020. En outre, contrairement à ce qu'elle soutient en réplique, la délivrance du certificat de résidence au titre d'une activité autre que salariée, qu'elle dénomme " passeport compétences et talents ", sollicité par son mari, ne saurait régulariser sa situation et valoir également pour la famille du titulaire du titre. Ainsi, alors que dans le cadre de son pouvoir de régularisation, le préfet des Hautes-Pyrénées a estimé qu'elle ne réunissait aucune condition pour une admission au séjour de plein droit, Mme B, épouse D, ne peut utilement se prévaloir de la demande de certificat de résidence sollicité par son mari et soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si elle soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle n'est présente en France, avec son époux et ses deux enfants, que depuis un peu plus d'un an à la date de la décision attaquée et qu'elle ne produit à l'appui de ces allégations aucun élément révélant une attache forte de nature à justifier l'octroi d'un certificat de résidence. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que ses deux enfants, scolarisés en moyenne section de maternelle, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Algérie, où Mme B, épouse D, n'établit pas être dépourvue d'attaches puisqu'elle affirme qu'une de ses belles-sœurs y demeure. Dans ces conditions il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la vie privée et familiale de cette dernière.

9. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, dès lors que Mme B, épouse D, n'a pas sollicité de certificat de résidence en son nom, sa situation n'a fait l'objet d'aucune décision portant refus d'admission au séjour, de sorte que le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise sur le fondement d'une décision illégale est inopérant. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme B, épouse D, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme B, épouse D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B, épouse D, doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B, épouse D, est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, épouse D, et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Quéméner, présidente,

Mme Réaut, première conseillère,

Mme Duchesne, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022 .

La rapporteure,

Signé

M. E

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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