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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102770

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102770

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSELARL SOULIE MAUVEZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 octobre 2021 et le 17 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Soulié, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 août 2021 par laquelle la commune de Villelongue a rejeté sa demande tendant au déplacement du réseau public d'assainissement communal traversant la parcelle cadastrée section A 220 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Villelongue, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de déplacer la canalisation du réseau public d'assainissement communal traversant cette parcelle, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai d'un mois suivant la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villelongue une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le déplacement de la canalisation est à la charge de la commune, en application de l'article 3 de la convention signée en 1996 portant servitude de passage du réseau public d'assainissement, laquelle est opposable, et de l'article R. 152-15 du code rural et de la pêche maritime ;

- il a informé la commune des travaux envisagés dans le délai prescrit par l'article 3 de cette convention ;

- la nécessité de déplacer la canalisation pour les besoins des travaux envisagés est démontrée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 juillet 2022 et le 27 avril 2023, la commune de Villelongue, représentée par Me Bédouret, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire de la parcelle cadastrée section A n° 220 sur le territoire de la commune de Villelongue (Hautes-Pyrénées). Par courrier du 6 juillet 2021, il a demandé à cette commune de déplacer la canalisation du réseau public d'assainissement communal qui traverse cette parcelle. Par décision du 20 août 2021, la commune de Villelongue a, par la voix de son conseil, rejeté cette demande. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. La décision attaquée se fonde sur ce que la convention de servitude signée en 1996 entre la commune et le précédent propriétaire, dont se prévaut M. A, est inopposable, sur ce que ce dernier ne justifie pas que son projet implique le déplacement de l'ouvrage, et sur ce qu'il n'a pas préalablement informé la commune de son projet de travaux.

3. Aux termes de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche : " Il est institué au profit des collectivités publiques, des établissements publics ou des concessionnaires de services publics qui entreprennent des travaux d'établissement de canalisations d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales une servitude leur conférant le droit d'établir à demeure des canalisations souterraines dans les terrains privés non bâtis, excepté les cours et jardins attenant aux habitations. () ". Aux termes de l'article 686 du code civil : " Il est permis aux propriétaires d'établir sur leurs propriétés, ou en faveur de leurs propriétés, telles servitudes que bon leur semble, pourvu néanmoins que les services établis ne soient imposés ni à la personne, ni en faveur de la personne, mais seulement à un fonds et pour un fonds, et pourvu que ces services n'aient d'ailleurs rien de contraire à l'ordre public. / L'usage et l'étendue des servitudes ainsi établies se règlent par le titre qui les constitue ; à défaut de titre, par les règles ci-après. ". Aux termes de l'article 28 du décret du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière : " Sont obligatoirement publiés au service chargé de la publicité foncière de la situation des immeubles : 1° Tous actes, même assortis d'une condition suspensive, et toutes décisions judiciaires, portant ou constatant entre vifs : a) Mutation ou constitution de droits réels immobiliers, y compris les obligations réelles définies à l'article L. 132-3 du code de l'environnement, autres que les privilèges et hypothèques, qui sont conservés suivant les modalités prévues au code civil ; (). ". Aux termes de l'article 36 du même décret du 4 janvier 1955 : " Sont également publiés pour l'information des usagers, au bureau des hypothèques de la situation des immeubles, par les soins de l'administration compétente, dans les conditions et limites, et sous réserve des exceptions fixées par décret en Conseil d'Etat : / () ; / 2° Les limitations administratives au droit de propriété, et les dérogations à ces limitations ". Il résulte de ces dernières dispositions que, sauf dispositions contraires, la publication des décisions administratives instituant une servitude n'est pas une condition de leur opposabilité aux tiers, notamment aux ayants droit des propriétaires. En revanche, prévoyant d'ailleurs des conditions qui ne correspondent pas nécessairement à celles qui sont prévues pour les textes régissant l'institution de servitudes par décisions administratives après enquête publique, tel par exemple les articles L. 152-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime, les accords amiables passés entre l'administration et les propriétaires en vue d'autoriser l'implantation d'ouvrages publics demeurent dans le champ d'application de l'article 28 du décret du 4 janvier 1955, dont le a du 1° impose la publication de la constitution des servitudes conventionnelles. En conséquence, à moins qu'elle ait été mentionnée dans l'acte de vente, une servitude prévue par un accord amiable n'est opposable aux acquéreurs successifs du fonds servant que si elle a été publiée au service chargé de la publicité foncière de la situation des immeubles.

4. Il ressort des pièces du dossier que la servitude autorisant le passage de canalisation dans le tréfonds de la parcelle cadastrée section A n° 220 a fait l'objet d'un accord amiable matérialisé par la convention signée en 1996 entre la commune de Villelongue et M. C, alors propriétaire de cette parcelle. L'article 3 de la convention stipule que " si le propriétaire se propose de bâtir sur la bande du terrain visée à l'article 1er, il devra faire connaître au moins trente jours à l'avance au maître de l'ouvrage ou à l'organisme visé ci-dessus, par lettre recommandée, la nature et la consistance des travaux qu'il envisage d'entreprendre en fournissant tous éléments d'appréciation. / Si, en raison des travaux envisagés, le déplacement des ouvrages est nécessaire, celui-ci sera effectué aux frais du maître de l'ouvrage. ". L'article 7 de cette même convention stipule que " la présente convention prend effet à la date de ce jour et est conclue pour la durée des canalisations visées à l'article 1er ci-dessus, ou de toute autre canalisation qui pourrait lui être substituée sans modification de l'emprise existante. ". L'article 8 de la même convention rajoute que " la présente convention est soumise au timbre et à l'enregistrement. / Elle doit, en outre, être publiée au bureau des hypothèques de la situation de l'immeuble à la diligence et aux frais du maître de l'ouvrage. ".

5. M. A ne démontre pas que la convention de 1996 instituant la servitude a fait l'objet de la publicité foncière requise par l'article 28 du décret du 4 janvier 1955, alors que ce point est contesté par la commune de Villelongue. Dès lors, et bien que l'acte de vente du

27 février 2004 par lequel M. C a cédé à M. A la parcelle en cause mentionne, dans la rubrique relative aux servitudes, la présence sur le terrain du réseau public d'assainissement communal et de deux regards, M. A n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations de la convention de 1996 et des modalités de l'exercice de la servitude qu'elles définissent. Par suite, le premier motif de la décision attaquée, lequel permettait à lui seul de la prendre, n'est pas entaché d'erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent, par suite, qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Villelongue et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Villelongue une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Villelongue.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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