mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2102785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LEPLAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête du 17 août 2021, introduite devant le tribunal administratif de Bordeaux et transmise au présent tribunal par une ordonnance n° 2104284 du 11 octobre 2021 prise sur le fondement des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, et un mémoire, enregistré le 24 mars 2023, M. B D, représenté par Me Leplat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 portant sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office, pris par le garde des sceaux, ministre de la justice ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de le réintégrer dans ses fonctions de surveillant brigadier pénitentiaire avec effet rétroactif, dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir ;
3°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité qui devra justifier de sa compétence ;
- cet arrêté est entaché d'incompétence négative dès lors que le signataire de l'acte s'est estimé en situation de compétence liée par rapport à l'avis du conseil de discipline ;
- les faits qui lui sont reprochés ne constituent pas des fautes ;
- la sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office est disproportionnée notamment au regard de la place du requérant dans la hiérarchie, aux menaces et insultes qu'il a subies et à la qualité des services qu'il a rendus ;
- la sanction est constitutive d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle n'est pas prise dans un but d'intérêt général.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2010-1711 du 30 décembre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau,
- et les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 18 juin 2021, pris après avoir recueilli l'avis du conseil de discipline réuni le 1er juin 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé la sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office de M. D, surveillant brigadier exerçant ses fonctions au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Par un arrêté du 28 mai 2021 publié au Journal officiel de la République française le 30 mai suivant, le directeur de l'administration pénitentiaire a donné délégation de signature à M. A C, adjoint au sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales, à l'effet de signer, au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, tous actes, arrêtés et décisions entrant dans les attributions de cette sous-direction. Par suite, les sanctions disciplinaires entrant dans les attributions de ladite sous-direction, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
3. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la décision est fondée sur ce que M. D a commis volontairement des violences sur trois détenus les 12, 13 et 18 décembre 2018 - violences pour lesquelles il a été condamné par le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan, écrit au Président de la République afin de faire état du déséquilibre relatif au nombre de détenus d'origine maghrébine au sein du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, refusé de se rendre à des convocations ou de répondre à des demandes écrites qui lui ont été adressées par sa hiérarchie afin d'obtenir des explications, fait preuve d'un comportement non professionnel lors de la fouille d'un détenu le 9 juillet 2019, introduit dans les lieux de détention le 18 juillet 2019 un couteau et un cochon en plastique - sans fournir aucune réponse à la demande d'explication que lui a adressée sa hiérarchie, fait monter dans sa voiture le 26 juin 2020 une personne détenue libérée, déposé le 27 juin 2020 sur le réseau de travail un écrit diffamatoire contre l'agent d'accueil handicapé et commencé ce jour-là le service avec une heure de retard sans justification et, enfin, le 4 juillet 2020, tenté d'introduire un téléphone dans l'enceinte du centre pénitentiaire puis refusé de donner une explication sur ce geste. La décision litigieuse est également fondée sur le positionnement inapproprié et dangereux du requérant, ses nombreuses provocations et son attitude nuisible à l'établissement. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le garde des sceaux, ministre de la justice, se serait estimé lié par l'avis rendu par le conseil de discipline le 1er juin 2021 ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'incompétence négative doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 66 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984, dans sa rédaction applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. () / Quatrième groupe : / - la mise à la retraite d'office ; () ". Aux termes de l'article 6 du décret n° 2010-1711 du 30 décembre 2010, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout manquement aux devoirs définis par le présent code expose son auteur à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 7 de ce même décret : " Le personnel de l'administration pénitentiaire est loyal envers les institutions républicaines. Il est intègre, impartial et probe. Il ne se départit de sa dignité en aucune circonstance ". L'article 9 de ce même décret précise que : " Le personnel de l'administration pénitentiaire doit s'abstenir de tout acte, de tout propos ou de tout écrit qui serait de nature à porter atteinte à la sécurité et au bon ordre des établissements et services et doit remplir ses fonctions dans des conditions telles que celles-ci ne puissent préjudicier à la bonne exécution des missions dévolues au service public pénitentiaire ". Aux termes de l'article 10 de ce même décret : " Le personnel de l'administration pénitentiaire est astreint au devoir de réserve () ". L'article 12 de ce même décret dispose que : " Le personnel de l'administration pénitentiaire ne peut faire un usage de la force que dans les conditions et limites posées par les lois et règlements ". L'article 15 de ce même décret ajoute que : " Le personnel de l'administration pénitentiaire a le respect absolu des personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire et de leurs droits. Il s'interdit à leur égard toute forme de violence ou d'intimidation () ". Aux termes de l'article 17 de ce même décret : " Le personnel de l'administration pénitentiaire doit en toute circonstance se conduire et accomplir ses missions de telle manière que son exemple ait une influence positive sur les personnes dont il a la charge et suscite leur respect ". Aux termes de l'article 19 de ce même décret : " Le personnel de l'administration pénitentiaire () ne doit permettre ni faciliter aucune communication non autorisée par les textes entre personnes détenues ou entre les personnes détenues et l'extérieur. () ". Aux termes de l'article 20 de ce même décret : " I. - Le personnel de l'administration pénitentiaire ne peut entretenir sciemment avec des personnes placées par décision de justice sous l'autorité ou le contrôle de l'établissement ou du service dont il relève, ainsi qu'avec les membres de leur famille ou leurs amis, de relations qui ne seraient pas justifiées par les nécessités du service. () ".
5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'avis émis par le conseil de discipline le 1er juin 2021, que par deux lettres du 16 novembre 2018, M. D a écrit au Président de la République " après avoir constaté un déséquilibre relatif au nombre de détenus d'origine maghrébine au sein des bâtiments du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan ", dans le but d'obtenir des réponses que sa hiérarchie directe ne lui aurait pas fournies. Par ailleurs, les 12, 13 et 18 décembre 2018, M. D a volontairement commis des violences n'ayant pas entraîné d'incapacité de travail sur trois détenus, faits pour lesquels il a été condamné à quatre mois de prison avec sursis par un jugement du tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan du 19 novembre 2020. En outre, M. D ne conteste pas avoir introduit, le 18 juillet 2019, un cochon en plastique dans le centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan afin, d'après ses déclarations devant le conseil de discipline, d'humilier un détenu qui l'insultait depuis plusieurs mois. En outre, le 26 juin 2020, M. D s'étant vu interdire l'entrée du centre pénitentiaire par l'agent d'accueil après s'y être présenté avec un sac opaque, il a rédigé un écrit qualifié de diffamatoire par sa hiérarchie, à l'encontre de ce dernier, écrit qu'il a déposé sur le serveur informatique du service. Il a, par ailleurs, pris à bord de son véhicule personnel, une personne détenue libérée le jour même, ce qui contrevient au code de déontologie des surveillants pénitentiaires, fait qu'il a déclaré " regretter " devant le conseil de discipline. Le lendemain, le 27 juin 2020, M. D a rejoint son poste avec une heure de retard, sans tenter de justifier de ce retard, laissant ainsi la promenade des détenus sans surveillance. Enfin, le 4 juillet 2020, le requérant a tenté d'introduire un téléphone portable en détention. L'ensemble de ces faits, dont la matérialité est suffisamment établie, manifestent un comportement particulièrement inadapté à l'égard tant de la hiérarchie directe que des personnes détenues, de nature à altérer le bon fonctionnement du service et à justifier une sanction.
7. Eu égard à la gravité de ces manquements et à leur caractère répété, à l'expérience de l'intéressé ainsi qu'à l'atteinte à la réputation de l'administration pénitentiaire causée par les fautes susmentionnées, et alors même qu'aucune sanction n'avait au préalable été infligée à M. D, que sa manière de servir avait donné satisfaction au début de sa carrière et qu'il aurait été confronté aux insultes de plusieurs détenus, la sanction de mise à la retraite d'office, prononcée par le garde des sceaux, ministre de la justice, et en faveur de laquelle le conseil de discipline a d'ailleurs émis un avis favorable à l'unanimité, n'est pas disproportionnée.
8. Si le requérant soutient enfin que cette sanction révèlerait un détournement de pouvoir, en se prévalant des tensions existant avec sa hiérarchie, de l'absence de protection de l'administration contre les agissements de plusieurs détenus à son endroit ou encore du fait qu'il n'aurait pas fait l'objet de notation pour la période s'étendant de 2017 à 2020, il ressort des pièces du dossier, notamment des notations établies au titre des années 2011 et 2012, que les relations de M. D avec la hiérarchie ont commencé à se dégrader dès 2011 alors que les manquements susmentionnés qui fondent et justifient le prononcé de la sanction attaquée remontent, au plus tôt, au 16 novembre 2018. Par suite, le détournement de pouvoir n'est nullement constitué.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2021 portant sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 juin 2021 n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête de M. D tendant à ce qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de le réintégrer dans ses fonctions doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
11. L'État n'étant pas la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à sa charge le paiement des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Portès, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
S. ROUSSEAU
La présidente,
Signé
S. PERDULa greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
No 2102785
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026