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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102853

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102853

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSELARL CABINET CAMBOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2021 et le 5 décembre 2022, Mme A Péna demande au tribunal :

1°) d'annuler le courrier du 19 avril 2021 par lequel le président du centre communal d'action sociale de Biarritz lui a notifié les conclusions de l'expertise médicale du 31 mars 2021, l'a informée que les congés de maladie dont elle bénéficiait depuis le 28 décembre 2020 ne seraient pas reconnus imputables au service et que la date de consolidation de son accident de service serait fixée à la même date, ensemble l'arrêté de cette même autorité du 27 avril 2021 reprenant ces mêmes dispositions ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le président du centre communal d'action sociale de Biarritz a implicitement rejeté sa demande de saisine de la commission de réforme ;

3°) d'annuler les décisions résultant de son placement en congé de maladie ordinaire que constituent les fiches de paye des mois de mai et juin 2021 portant retenues sur salaire et régularisation de ses droits à rémunération ;

4°) d'enjoindre au centre communal d'action sociale de Biarritz de reconnaître l'imputabilité de ses arrêts de travail à compter du 29 décembre 2020 à une rechute de son accident de service survenu le 21 septembre 2020 ;

5°) de condamner le centre communal d'action sociale de Biarritz à lui payer la somme totale de 7 418,30 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive des décisions attaquées.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions du 19 avril 2021 et du 27 avril 2021 :

- elles sont insuffisamment motivées en fait, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le président du centre communal d'action sociale de Biarritz :

* n'a pas saisi la commission de réforme, en méconnaissance de l'article 37-6 du décret du 30 juillet 1987 et n'a pas respecté le délai de trois semaines auquel il était contraint à compter de la demande qu'elle a formulé le 10 mai 2021 ;

* n'a pas communiqué à cette même instance consultative les éléments qui l'ont conduit à considérer que sa maladie n'était pas essentiellement et directement causée par l'exercice de ses fonctions ;

* n'a pas saisi le médecin de prévention, ni informé le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail ou le comité technique paritaire de son accident de service, en méconnaissance des articles 25 et 41 du décret du 10 juin 1985, qui n'ont ainsi pas pu diligenter une enquête ;

- elles sont entachées d'erreur de droit dès lors que ces congés de maladie bénéficiaient d'une présomption d'imputabilité au service, en application des textes relatifs au congé d'invalidité temporaire imputable au service, et qu'elles auraient dû la placer en congé de maladie à plein traitement dans l'attente de l'avis de la commission de réforme ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, subsidiairement d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard des articles 37-17 du décret du 10 avril 2019 et 37-17 du décret du 30 juillet 1987, pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatifs à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dès lors que ses arrêts de travail du 28 décembre 2020 au 16 mai 2021 sont liés à une rechute de l'accident survenu le 21 septembre 2020 qui a été reconnu imputable au service par un arrêté du 1er octobre 2020 ;

En ce qui concerne la décision implicite de rejet de sa demande de saisine de la commission de réforme :

- elle été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le centre communal d'action sociale de Biarritz a obtenu l'avis du conseil médical le 16 juin 2022, soit près d'un an après la naissance de la décision attaquée ;

- elle a violé la loi et porté atteinte au principal général des droits de la défense.

En ce qui concerne les fiches de paye des mois de mai et juin 2021 portant retenues sur salaire et régularisation de ses droits à rémunération :

- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que le centre communal d'action sociale de Biarritz n'a pas demandé au comptable public d'émettre un titre de recettes ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que les montants des régularisations a excédé la quotité saisissable pour le mois de mai 2021, en méconnaissance du décret du 30 décembre 2019 révisant le barème des saisies et cessions des rémunérations ;

- elles méconnaissent l'article 13 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière dès lors qu'elle aurait dû bénéficier du maintien de sa rémunération au titre des garanties visant à la placer en congé de maladie à plein traitement dans l'attente de l'avis de la commission de réforme ;

- elles ne pouvaient tirer les conséquences des décisions la plaçant en congé de maladie ordinaire dès lors que ces dernières ont été prises sans que la commission de réforme n'ait été préalablement consultée ;

En ce qui concerne la responsabilité du centre communal d'action sociale de Biarritz :

Le centre communal d'action sociale de Biarritz a commis des fautes en raison de :

- l'illégalité des décisions du 19 avril 2021 et 27 avril 2021 : elle a en conséquence subi un préjudice financier en raison de la perte de rémunération au titre des mois de mars, avril et mai 2021, et de la réduction de sa prime de fin d'année, ainsi qu'un préjudice moral, un pretium doloris et une perte de jouissance de la vie courante liée à la faiblesse de ses revenus ;

- l'illégalité de la décision portant rejet implicite de sa demande de saisine de la commission de réforme : elle a ainsi subi une perte de chance de bénéficier d'un examen médical impartial par un expert désigné par la commission ;

- l'illégalité des décisions que constituent les fiches de paye des mois de mai et juin 2021 : elle a subi un préjudice moral à ce titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le centre communal d'action sociale de Biarritz, représenté par Me Cambot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme Péna une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme Péna ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevé d'office tiré de ce que :

- le courrier du président du centre communal d'action sociale de Biarritz du 19 avril 2021 ne présente pas de caractère décisoire,

- le refus implicite opposé à la demande de saisine de la commission de réforme est un acte de procédure dépourvu de portée autonome,

- les bulletins de paie des mois de mai 2021 et juin 2021 ne lui font pas grief.

Un mémoire présenté par Mme Péna a été enregistré le 24 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Genty,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- les observations de Mme Péna et de Me Coto, représentant le centre communal d'action social de Biarritz.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Péna, adjoint administratif principal de 2ème classe, qui exerce au centre communal d'action sociale (CCAS) de Biarritz, a été victime d'un accident de trajet le 21 septembre 2020 qui a été reconnu imputable au service par un arrêté du président de cet établissement public du 1er octobre 2020. Par courrier du 19 avril 2021, cette même autorité a notifié à Mme Péna les conclusions de l'expertise médicale du 31 mars 2021 sur son état de santé, l'a informée de ce que les congés de maladie ordinaire dont elle a bénéficié depuis le 28 décembre 2020 ne seraient pas qualifiés de congé de maladie imputable au service et de ce que la date de consolidation de son accident de service serait fixée à la même date. Par arrêté du 27 avril 2021, le président du CCAS de Biarritz a ainsi fixé au 28 décembre 2020 la date de consolidation de l'état de santé de Mme Péna avec un taux d'incapacité partielle de 1%, a placé l'intéressée en congé de maladie ordinaire non imputable au service pour les arrêts de travail postérieurs à cette même date, et a décidé que les frais médicaux seront à la charge de l'intéressée à compter du 31 mars 2018, et que les soins, frais médicaux directement entraînés par l'accident de service seront remboursés sous certaines réserves jusqu'au 28 décembre 2020, à l'exception des séances de kinésithérapie remboursés à hauteur d'une séance par semaine pendant trois mois. En conséquence, l'administration a procédé à des retenues sur salaire et régularisé ses droits à rémunération durant les mois de mai et juin 2021, dont la traduction figure sur les bulletins de paie de ces deux mois. En désaccord avec les conclusions de l'expertise médicale du 31 mars 2021, par un courrier du 10 mai 2021, Mme Péna a demandé au président du CCAS de Biarritz de saisir la commission de réforme pour statuer sur sa situation. Le conseil médical, saisi le 7 juin 2021, a émis le 16 juin 2022 un avis défavorable à l'imputabilité des prolongations d'arrêts de travail et de soins présentés à compter du 28 décembre 2020. Le président du CCAS de Biarritz a alors pris le 15 juillet 2022 un nouvel arrêté dans les mêmes termes que celui du 27 avril 2021. Mme Péna demande l'annulation du courrier du président du CCAS de Biarritz du 19 avril 2021, de l'arrêté de cette même autorité du 27 avril 2021, de la décision implicite de rejet de sa demande de saisine de la commission de réforme, et de ses bulletins de paie des mois de mai et juin 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le courrier du président du centre communal d'action sociale de Biarritz du 19 avril 2021 :

2. Il résulte du courrier attaqué, dont le contenu est rappelé au point 1, qu'il ne revêt qu'un simple caractère informatif, et qu'il n'est en conséquence pas susceptible de recours.

En ce qui concerne le refus implicite opposé à la demande de saisine de la commission de réforme présentée par Mme Péna :

3. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient la requérante, par un courrier du 7 juin 2021, le président du CCAS de Biarritz a saisi la commission départementale de réforme. En tout état de cause, la saisine de cette instance médicale, dépourvue de portée propre, constitue un acte de procédure non détachable des arrêtés du président du CCAS de Biarritz se prononçant sur l'imputabilité au service des arrêts de travail et des soins postérieurs au 28 décembre 2020, et n'est en conséquence pas non plus susceptible de recours.

En ce qui concerne les retenues sur salaire et régularisation des droits à rémunération mentionnées sur les fiches de paye des mois de mai et juin 2021 :

4. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations dans sa version applicable au litige : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. ()".

5. La retenue sur traitement constitue une mesure purement comptable qui n'est soumise à aucune procédure particulière. Elle n'exige donc pas que l'intéressé ait été préalablement informé de la décision prise à son encontre avant que celle-ci ne soit exécutée. Par ailleurs, Mme Péna n'allègue ni n'établit qu'une délibération applicable aux agents de l'établissement public communal ne fixerait pas les conditions de maintien de la prime de fin d'année dans les mêmes proportions que le traitement en cas de congé de maladie ordinaire.

6. Il résulte du bulletin de paie de Mme Péna du mois de mai 2021 que cette dernière a fait l'objet d'une retenue d'un demi-traitement pour les mois de mars, avril et mai 2021. Il résulte également du bulletin de paie du mois de juin 2021 qu'une régularisation de sa prime de fin d'année est intervenue pour un montant de 241,80 euros. Les bulletins de salaire ainsi établis constituent un justificatif de la rémunération que le CCAS de Biarritz doit obligatoirement remettre à son agent.

7. Contrairement à ce que soutient la requérante, les mesures de régularisation de demi-traitement et de la modulation de la prime de fin d'année ne constituent pas, par elles-mêmes des décisions, mais revêtent un caractère purement comptable, qui ne lui font pas grief dès lors qu'elles résultent nécessairement de son placement en congé de maladie ordinaire à compter du 28 décembre 2020. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation des fiches de paye des mois de mai et juin 2021, en tant qu'elles portent retenues sur salaires et régularisation des droits à rémunération, sont irrecevables.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du président du centre communal d'action sociale de Biarritz du 27 avril 2021 :

S'agissant de l'étendue du litige :

8. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Toutefois, lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

9. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 1, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir réexaminé la situation de Mme Péna au vu d'éléments nouveaux que constitue une nouvelle expertise médicale conduite le 3 mai 2022 et l'avis du conseil médical émis le 16 juin 2022, par un arrêté du 15 juillet 2022, postérieur à la date d'enregistrement de la requête de

Mme Péna, le président du CCAS de Biarritz a prononcé les mêmes mesures que celles fixées par l'arrêté attaqué du 27 avril 2021. Contrairement à ce que soutient la requérante, cet arrêté du 15 juillet 2022 a ainsi implicitement mais nécessairement procédé au retrait de l'arrêté du

27 avril 2021. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du président du CCAS de Biarritz du 27 avril 2021 sont devenues sans objet.

10. D'autre part, il résulte des termes de l'arrêté du président du CCAS de Biarritz du 15 juillet 2022 qu'il a la même portée que celui définitivement retiré. Par suite, les conclusions de la requête de Mme Péna doivent être regardées comme étant également dirigées contre cette décision.

S'agissant du fond du litige :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

12. Il résulte de ces dispositions que la décision refusant à un fonctionnaire le bénéfice de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur, doit être regardée comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est ainsi au nombre des décisions qui, en application de cet article, doivent être motivées et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement sous réserve cependant des dispositions figurant à l'article L. 211-6 du même code, selon lesquelles ses dispositions " ne dérogent pas aux textes législatifs interdisant la divulgation ou la publication de faits couverts par le secret. ".

13. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le président du CCAS de Biarritz a décidé de suivre l'avis émis par le conseil médical des Pyrénées-Atlantiques émis le 16 juin 2022 qui a conclu que les arrêts et les soins présentés par Mme Péna à compter du 28 décembre 2020 ne sont plus en lien direct, certain et déterminant avec l'accident de trajet, mais relèvent d'un état antérieur évoluant pour son propre compte. Par suite, cet arrêté satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable () à un accident de trajet (). ". Aux termes de l'article 5 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux dans sa version applicable au litige : " () II.- Le conseil médical en formation restreinte est saisi pour avis en cas de contestation d'un avis médical rendu par un médecin agréé dans le cadre des procédures suivantes : () 2° () le renouvellement d'un congé pour raison de santé, la réintégration à l'issue de ces congés () ". Aux termes de l'article 52 du décret du 11 mars 2022 relatif aux conseils médicaux dans la fonction publique territoriale, entré en vigueur le 14 mars 2022 : " () III. - Les avis demandés aux comités médicaux et commissions de réforme avant la date d'entrée en vigueur du présent décret qui n'ont pas été rendus avant cette date sont valablement rendus par les conseils médicaux. () "

15. Il ressort en tout état de cause des pièces du dossier, que l'arrêté du 15 juillet 2022 a été précédé de la consultation du comité médical, lequel a succédé à la commission de réforme initialement saisie, qui a émis un avis le 16 juin 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait méconnu la procédure préalable de consultation de l'instance médicale manque en fait.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 13 de l'arrêté du 4 août 2004 : " La demande d'inscription à l'ordre du jour de la commission est adressée au secrétariat de celle-ci par l'employeur de l'agent concerné. / L'agent concerné peut également adresser une demande de saisine de la commission à son employeur, qui doit la transmettre au secrétariat de celle-ci dans un délai de trois semaines ; le secrétariat accuse réception de cette transmission à l'agent concerné et à son employeur ; passé le délai de trois semaines, l'agent concerné peut faire parvenir directement au secrétariat de la commission un double de sa demande par lettre recommandée avec accusé de réception ; cette transmission vaut saisine de la commission./ La commission doit examiner le dossier dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'inscription à l'ordre du jour par son secrétariat. Ce délai est porté à deux mois lorsqu'il est fait application de la procédure prévue au deuxième alinéa de l'article 16. Dans ce cas, le secrétariat de la commission notifie à l'intéressé et à son employeur la date prévisible d'examen de ce dossier. / Le traitement auquel l'agent avait droit, avant épuisement des délais en cours à la date de saisie de la commission de réforme, lui est maintenu durant les délais mentionnés et en tout état de cause jusqu'à l'issue de la procédure justifiant la saisie de la commission de réforme. ".

17. Si Mme Péna se prévaut de ce que le président du CCAS de Biarritz n'aurait pas transmis sa demande de saisine de la commission de réforme dans le respect du délai fixé par les dispositions précitées de l'article 13 de l'arrêté du 4 août 2004, en tout état de cause, le délai de saisine de l'instance consultative n'est pas édicté à peine d'irrégularité de l'avis émis par la commission de réforme après son expiration. Par suite, la circonstance qu'un délai de cette nature n'aurait pas été respecté est insusceptible d'avoir entaché d'irrégularité l'arrêté attaqué.

18. En quatrième lieu, si la requérante soutient que le président du CCAS de Biarritz n'aurait pas communiqué à la commission de réforme les éléments qui l'ont conduit à considérer que ses arrêts de travail et les soins pour la période du 28 décembre 2020 au 16 mai 2021 n'étaient pas en lien avec son accident de trajet, elle n'assortit pas ce moyen de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

19. En cinquième lieu, aux termes de l'article 25 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Le service de médecine préventive est informé par l'autorité territoriale dans les plus brefs délais de chaque accident de service et de chaque maladie professionnelle ou à caractère professionnel. ". Aux termes de l'article 41 du même décret dans sa version alors en vigueur : " Le comité procède, dans le cadre de sa mission d'enquête en matière d'accidents du travail, d'accidents de service ou de maladies professionnelles ou à caractère professionnel, à une enquête à l'occasion de chaque accident du travail, chaque accident de service ou de chaque maladie professionnelle ou à caractère professionnel au sens des 3° et 4° de l'article 6. () "

20. A supposer même que le service de médecine préventive et le comité médical n'auraient pas été informés de l'accident de trajet dont Mme Péna a été victime le 21 septembre 2020, ce que conteste le CCAS, les dispositions précitées des articles 25 et 41 du décret du 10 juin 1985 n'imposent pas à l'autorité territoriale d'informer le médecin de prévention et de saisir le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail lors de l'examen de la demande d'un agent à bénéficier d'un congé d'invalidité temporaire imputable au service à la suite d'un accident de service reconnu imputable au service. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

21. En sixième lieu, aux termes de l'article 37-5 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux dans sa version applicable au litige : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'autorité territoriale dispose d'un délai : / 1° En cas d'accident, d'un mois à compter de la date de réception de la déclaration prévue à l'article 37-2 ; / 2° En cas de maladie, de deux mois à compter de la date de réception de la déclaration prévue à l'article 37-2 et, le cas échéant, des résultats des examens complémentaires prescrits par les tableaux de maladies professionnelles. / Un délai supplémentaire de trois mois s'ajoute aux délais mentionnés au 1° et au 2° en cas d'enquête administrative diligentée à la suite d'une déclaration d'accident de trajet ou de la déclaration d'une maladie mentionnée au troisième alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée, d'examen par le médecin agréé ou de saisine de la commission de réforme compétente. Lorsqu'il y a nécessité d'examen ou d'enquête complémentaire, l'employeur doit en informer l'agent ou ses ayants droit. / Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'autorité territoriale n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée d'incapacité de travail indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 37-2 ou au dernier alinéa de l'article 37-9. Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 37-9. ".

22. A supposer que la requérante ait entendu se prévaloir des dispositions précitées de l'article 37-5 du décret du 30 juillet 1987, à la date de l'arrêté en litige, l'avis du comité médical, qui date du 16 juin 2022, avait déjà été émis et l'instruction de son dossier était close. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en ne plaçant pas Mme Péna en congé d'invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire dans l'attente de l'avis de la commission de réforme, le président du CCAS aurait méconnu l'article 37-5 du décret du 30 juillet 1987, est également inopérant.

23. En dernier lieu, lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice des dispositions précitées au point 15 du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain, mais non nécessairement exclusif, avec l'accident de service.

24. Il résulte d'abord des résultats de l'imagerie par résonance magnétique cervicale réalisée le 29 mars 2021, que si la requérante ne souffre pas de lésion significative, elle présente en revanche un léger débord discal postérolatéral gauche. Si Mme Péna se prévaut de ce que le Docteur B, dans son rapport d'expertise du 3 mai 2022, relève l'existence d'un état antérieur en se fondant sur la seule circonstance qu'elle a souffert d'un torticolis d'origine musculaire pendant trois jours au mois de janvier 2015, elle ne verse pas cette expertise à l'instance alors que la levée du secret médical lui appartient exclusivement. Dans ces conditions, elle n'apporte aucun élément de nature à contredire cette expertise, ni celle réalisée le 31 mars 2021 par le docteur C, ni les conclusions concordantes du comité médical réuni le 16 juin 2022, qui considèrent que les douleurs dont souffre la requérante à compter du 28 décembre 2020, quand bien même il ressort des pièces du dossier qu'elles présentent la même symptomatologie que celles développées après son accident de service, relèvent d'un état antérieur évoluant pour son propre compte et sont sans lien direct, certain et déterminant avec l'accident de trajet du 21 septembre 2021. Par suite, en prenant la décision attaquée, le président du CCAS de Biarritz n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées au point 9 de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

25. Il résulte de tout ce qui précède qu'à l'exception des conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du président du CCAS de Biarritz du 27 avril 2021, lesquelles sont devenues sans objet, les autres conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme Péna doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme Péna, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'indemnité :

27. Ainsi qu'il a été dit aux points 12 à 25, le refus d'imputer au service les congés de maladie accordés à Mme Péna à compter du 28 décembre 2020 n'est pas illégal. Par suite, en plaçant Mme Péna en congé de maladie ordinaire non imputable au service à compter du 28 décembre 2020 par arrêté du 15 juillet 2022, le président du CCAS de Biarritz n'a pas commis d'illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de cet établissement public.

28. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de Mme Péna doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

29. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

30. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme Péna doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de

800 euros au titre des frais exposés par le CCAS de Biarritz et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du président du centre communal d'action sociale de Biarritz du 27 avril 2021.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme Pena sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Mme Péna versera au centre communal d'action sociale de Biarritz une somme de

800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Péna et au centre communal d'action sociale de Biarritz.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

F. GENTY

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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