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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102888

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102888

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 octobre 2021 et le 23 janvier 2023, M. E A, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 portant sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office, pris par le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'académie de Bordeaux, ensemble la décision du 30 août 2021 rejetant le recours gracieux formé à son encontre ;

2°) d'enjoindre au directeur académique des services de l'éducation nationale de l'académie de Bordeaux de le réintégrer dans ses fonctions, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, assortie des intérêts au taux légal.

Il soutient que :

- la sanction attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée a, en outre, été adoptée au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'en méconnaissance de l'article 8 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat, le président du conseil de discipline n'a pas mis aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions, jusqu'à ce que l'une recueille l'accord de la majorité des membres ;

- la sanction attaquée repose sur des faits matériellement inexacts ainsi que de faits datant de plus de trois années dont l'administration ne peut plus se prévaloir ;

- la sanction prononcée est, enfin, injustifiée et manifestement disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, la rectrice de la région Nouvelle Aquitaine, rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F ;

- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A, assistée de Mme G, représentante du syndicat Force Ouvrière.

Une note en délibéré, présentée par la rectrice de la région Nouvelle-Aquitaine, rectrice de l'académie de Bordeaux, a été enregistrée le 24 mars 2023.

Une note en délibéré, présentée par M. A a été enregistrée le 06 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 13 juillet 2021, le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'académie de Bordeaux a prononcé, suite à l'engagement d'une procédure disciplinaire, la mise à la retraite d'office de M. A, professeur des écoles de classe normale exerçant ses fonctions à Oloron-Sainte-Marie. Ce dernier a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 19 août 2021, rejeté le 30 août 2021, et par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2021 prononçant à son encontre la sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office et de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ". Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () Quatrième groupe : la mise à la retraite d'office ; la révocation. (). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () ; 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Et aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. () Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ". Aux termes de l'article 8 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " Le conseil de discipline, au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé et des témoins ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. () ". Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 13 juillet 2021, par lequel le directeur académique des services de l'éducation nationale de l'académie de Bordeaux a infligé à M. A la sanction de mise à la retraite d'office, vise les textes sur lesquels il se fonde ainsi que l'avis de la commission administrative paritaire départementale, réunie en conseil de discipline, le 29 juin 2021. Il précise en outre les griefs retenus à l'encontre de M. A, à savoir qu'il rencontre des difficultés relationnelles " majeures et récurrentes " avec les adultes comme avec les élèves, de nature à générer des " incidents graves et répétés " susceptibles de " perturber gravement le fonctionnement du service public de l'éducation " et de porter atteinte à " l'intégrité psychologique et physique des élèves ". Ainsi, l'arrêté attaqué permet d'identifier la nature des agissements reprochés au requérant. Par suite, la décision litigieuse est suffisamment motivée.

5. Aux termes de l'article 8 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " Le conseil de discipline, au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé et des témoins ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / A cette fin, le président du conseil de discipline met aux voix la proposition de sanction la plus sévère parmi celles qui ont été exprimées lors du délibéré. Si cette proposition ne recueille pas l'accord de la majorité des membres présents, le président met aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée, jusqu'à ce que l'une d'elles recueille un tel accord. () ".

6. Il ressort des mentions claires et précises du procès-verbal de la commission administrative paritaire académique siégeant en matière disciplinaire qui s'est réunie le 29 juin 2021, appelée à donner un avis sur le prononcé d'une éventuelle sanction à l'encontre de M. A, que l'inspecteur d'académie, directeur académique des services de l'éducation nationale des Pyrénées-Atlantiques a mis aux voix la sanction de mise à la retraite d'office, laquelle a été adoptée à la majorité des membres. Si la révocation, sanction la plus sévère du 4ème groupe, et la rétrogradation, sanction du 3ème groupe, ont également été énoncées, il ressort de ce même procès-verbal que n'a été mise aux voix que la mise à la retraite d'office. Cette irrégularité, qui a affecté la procédure disciplinaire, ne saurait avoir privé M. A d'une garantie, dans la mesure où les membres ont adopté à la majorité de 9 voix la sanction suivante de la mise à la retraite d'office, moins sévère, dans l'échelle des sanctions, que la révocation et qui emporte le même effet recherché par les membres de la commission, unanimes sur ce point, à savoir éviter que M. A réintègre à la rentrée une école primaire.

7. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire. () ". Aux termes de l'article 25 de la même loi du 13 juillet 1983 : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité " et aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. Premier groupe :/- l'avertissement ; / - le blâme. / Deuxième groupe : / la radiation du tableau d'avancement ;/ - l'abaissement d'échelon ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; / - le déplacement d'office. / Troisième groupe : / - la rétrogradation ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans. / Quatrième groupe : / - la mise à la retraite d'office ; / - la révocation. ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une telle sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. La circonstance que l'autorité territoriale n'a pas engagé de poursuites pénales pour ces mêmes faits est sans incidence sur l'appréciation portée sur la seule sanction disciplinaire.

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport disciplinaire présenté à la séance de la CAP réunie en conseil de discipline le 29 juin 2021, que les relations professionnelles de M. A se caractérisaient par un climat de tension avec ses collègues et sa hiérarchie, ce dernier ayant remis en cause unilatéralement notamment une décision prise en conseil des maîtres le 9 janvier 2018, des plaintes ayant été déposées par des parents d'élèves en raison de problèmes récurrents de communication, tant avec les adultes qu'avec les élèves. Un compte rendu d'entretien du 6 janvier 2021 rédigé par Mme B, et un rapport d'entretien du 1er février 2021 établi par M. C, IA-DAASEN de l'académie de Bordeaux, mettent en exergue les difficultés relationnelles qu'il rencontrait tant avec sa hiérarchie que ses collègues, notent l'absence d'attitude ouverte de la part de M. A et l'incitent à solliciter un changement de poste, ce qu'il refuse. En outre, M. A a pu tenir des propos inappropriés à l'égard de parents d'élèves et de l'agent territorial spécialisé (ATSEM) au sein de l'école Prévert-Labarroque à Oloron. Des carences " considérables " dans l'évaluation de la posture de ce professeur et de sa relation avec ses élèves sont également soulignés (un " florilège de propos inadaptés " est relevé lors de sa première évaluation), des pratiques inadaptées aux enfants de maternelles et un manque d'attention, relevés lors de sa deuxième évaluation, ont abouti à un avis défavorable à sa titularisations en 2009 et enfin, les insuffisances récurrentes et le manque de maîtrise de son comportement, des paroles et gestes " graves " ainsi que cinq incidents marquants, parmi d'autres, sont relevés dans ce rapport. Ces éléments manifestent un comportement particulièrement inadapté à l'égard de l'ensemble de la communauté éducative, de nature à altérer le bon fonctionnement du service. A cet égard, les attestations produites par le requérant ne sont pas de nature à remettre en cause les éléments produits en défense par l'administration. Ainsi, la matérialité des griefs reprochés à M. A est suffisamment établie.

9. Ces faits, eu égard à leur gravité, justifiaient le prononcé d'une sanction. En outre, compte tenu de la nature et de la réitération des fautes reprochées à M. A, la sanction de mise à la retraite d'office, en faveur de laquelle la commission administrative paritaire réunie en conseil de discipline a d'ailleurs émis un avis favorable à l'unanimité, n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2021 portant sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office et, par voie de conséquence, de la décision du 30 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2021 portant sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au directeur académique des services de l'éducation nationale de l'académie de Bordeaux de le réintégrer dans ses fonctions doivent également être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que M. A demande sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à la rectrice de l'académie de Bordeaux et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Duchesne, conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

La rapporteure,

Signé : M. F

La présidente,

Signé : S. PERDULa greffière,

Signé : M. D La présidente,

Signé : S. PERDULa rapporteure,

Signé : M. F

La présidente,

Signé : S. PERDULa greffière,

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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