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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2103000

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2103000

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2103000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP ASSIE AGUER IDIART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 novembre 2021 et le 19 mai 2023, M. E A, représenté par Me Pignoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a interdit en urgence, d'exercer les fonctions d'enseignant, d'animateur, d'encadrant de toutes activités physiques et sportives, ou d'entraînement de ses pratiquants, prévues à l'article L. 212-1 du code du sport ;

2°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence en ce que l'auteur de l'arrêté ne justifie pas d'une délégation de compétence ou de signature l'habilitant à adopter et signer cette décision ;

- l'urgence qui permet au préfet de se dispenser de l'avis de la commission n'est pas caractérisée dès lors que le service départemental à la jeunesse, à l'engagement et aux sports avait connaissance des faits qui lui sont reprochés depuis plus de cinq ans ; le recours irrégulier à cette procédure l'a privé de la procédure contradictoire ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'interdiction prononcée au titre de l'article L. 212-13 du code du sport ne peut s'appliquer à son activité d'entraîneur, exercée à titre bénévole alors que seul l'article L. 212-2 est visé. En outre, appliquer cet article pour une personne bénévole est contraire au principe d'interprétation stricte de la loi pénale prévu à l'article 111-4 du code pénal et au principe de légalité prévu à l'article 7 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet ne pouvait se prévaloir de la procédure judiciaire toujours en cours pour prendre sa décision puisque le statut de mis en examen et la mise en accusation initialement envisagée n'est pas définitive ; l'arrêté fait en outre une appréciation erronée des obligations résultant du contrôle judiciaire ;

- l'interdiction d'exercer n'est pas justifiée dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il représente un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ; aucune plainte n'a été déposée, les attestations produites démontrent qu'il ne représente aucun danger ;

- la sanction est disproportionnée car elle a pour effet de créer un préjudice irréversible pour les athlètes qu'il entraine et qu'il subit des préjudices financiers du fait de ne pouvoir exercer d'activités annexes en lien avec son activité de bénévolat ;

- il maintient ses écritures bien que le préfet ait pris un nouvel arrêté d'interdiction en date du 6 mai 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 avril 2023 et le 4 juillet 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision a reçu délégation pour la signer par arrêté du 14 avril 2021 ;

- l'urgence à prononcer l'interdiction temporaire d'exercer sans consultation de la commission était caractérisée lors de l'édiction de la décision au regard de la dangerosité que M. A pourrait représenter pour tous les pratiquants, des éléments nouveaux communiqués par le procureur de la République du tribunal de Bayonne et de la violation de son contrôle judiciaire sans que puisse être retenue une quelconque condition de délai entre le déroulement des faits et l'édiction d'une telle mesure ;

- les mentions de l'instruction du 25 octobre 2006 relatives au respect du contradictoire ne sont applicables qu'aux situations ne relevant pas de l'urgence ;

- il ne ressort pas de l'article L. 212-1 du code du sport qu'une activité bénévole ne peut pas faire l'objet d'une interdiction d'exercer ; en tout état de cause, le requérant qui perçoit une rémunération en contrepartie de ses activités qu'il qualifie d'annexes, ne peut être regardé comme exerçant à titre bénévole ;

- la décision est justifiée par le danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants que pourraient représenter les agissements de M. A au vu des éléments nouveaux de la procédure judiciaire en cours et de la violation des obligations résultant du contrôle judiciaire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2102985 en date du 2 décembre 2021.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crassus,

- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique ;

- les observations de Me Pignoux, représentant M. A ;

- et les observations de M. F, représentant le préfet des Pyrénées-Atlantiques, en présence de Mme C, représentant l'inspection académique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, entraîneur sportif a présidé jusqu'en 2017 l'association Urt Vélo 64, club de cyclisme situé dans les Pyrénées-Atlantiques au sein duquel existe une section handisport. A la suite de signalements de jeunes femmes ayant effectué un service civique au sein de l'association, il a fait l'objet d'une enquête administrative par la direction départementale de la cohésion sociale. Il a été mis en examen en 2017 puis en 2019 des chefs de viols et agressions sexuelles aggravés, et fait l'objet depuis octobre 2018 d'un contrôle judiciaire lui interdisant notamment d'apparaître au sein de l'association. En 2021, le procureur de la République a requis son renvoi devant la cour criminelle des Pyrénées-Atlantiques. Par un arrêté du 28 octobre 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a interdit à M. A d'exercer les fonctions d'enseignant, d'animateur, d'encadrant de toutes les activités physiques ou sportives ou d'entrainement de ses pratiquants, mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pour une durée de six mois sur le fondement de l'article L. 212-13 du code des sports. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 212-13 du code des sports : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées à l'article L. 212-1. / L'autorité administrative peut, dans les mêmes formes, enjoindre à toute personne exerçant en méconnaissance des dispositions du I de l'article L. 212-1 et de l'article L. 212-2 de cesser son activité dans un délai déterminé. / Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois. / (). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " et selon l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / (). ".

4. En premier lieu, l'auteur de la décision attaquée est le directeur de cabinet du préfet, M. D G. Ce dernier a reçu du préfet des Pyrénées-Atlantiques délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, documents et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas la décision attaquée par arrêté du 14 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, en application des dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport citées au point 2, le préfet peut, en cas d'urgence et sans consultation de la commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées, prononcer une interdiction temporaire d'exercer des fonctions d'éducateur sportif, en se fondant sur des éléments suffisamment précis et vraisemblables, permettant de suspecter que le maintien en activité de l'éducateur constitue un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants.

6. Il ressort des pièces du dossier que le service à la jeunesse, à l'engagement et au sport a ouvert une enquête administrative en octobre 2016 à la suite de signalements d'agressions sexuelles sur de jeunes femmes en service civique. Si le préfet des Pyrénées-Atlantiques a eu connaissance de la mise en examen de M. A le 8 juin 2017 et le 16 mai 2019 pour des chefs de viols aggravés et d'agressions sexuelles aggravées et de son placement sous contrôle judiciaire avec notamment, l'interdiction d'apparaître au sein de l'association Urt Vélo 64 par la lettre du procureur de la République de Bayonne du 4 mars 2020, ce n'est que par la lettre du 11 octobre 2021 que ce dernier l'a informé de ce que le parquet avait requis le renvoi du dossier devant la cour criminelle en précisant que les faits incriminés paraissaient établis et que les obligations du contrôle judiciaire étaient maintenues. En outre, alors que M. A n'était plus président de l'association et ne pouvait plus continuer la relation avec ses membres, le service départemental de la jeunesse et du sport a été alerté qu'il continuait à exercer au sein de l'association Urt Vélo 64, ce qui était relayé dans la presse locale et les réseaux sociaux, démontrant qu'il était toujours en contact avec des pratiquants dans le cadre de son activité d'éducateur sportif bénévole. Enfin, la circonstance que des adhérents soulignent la forte implication de ce dernier dans ses fonctions ou témoignent de l'absence de danger que pourraient représenter les agissements de M. A à leur égard, ne permet pas de démontrer que la situation créée par les faits ainsi rappelés ne constituait pas, à la date à laquelle le préfet a pris l'arrêté contesté, un cas d'urgence au sens des dispositions des articles L. 212-13 du code du sport et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, aucune disposition législative ou règlementaire ne subordonne le recours à la procédure d'urgence prévue à l'article L. 212-13 à une condition de délai entre le déroulement des faits et l'édiction d'une mesure d'interdiction. Le délai entre l'ouverture de l'enquête administrative et l'édiction de la décision de police conservatoire litigieuse n'a pas d'incidence sur sa légalité.

7. Dans ces circonstances, face à une situation de danger pour la santé et la sécurité physique et morale des pratiquants que pourraient représenter les agissements reprochés à M. A, l'urgence permettait à l'administration de prononcer à son encontre une mesure, à titre conservatoire, d'interdiction temporaire de six mois sans convocation de la commission prévue par les dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport précitées et sans mettre en œuvre préalablement la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dans l'attente de la procédure devant la cour criminelle des Pyrénées-Atlantiques, évoquée par le procureur de la République.

8. En troisième lieu, l'interdiction temporaire d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport selon la procédure d'urgence prévue à l'article L. 212-13 du même code a le caractère, non d'une sanction mais d'une mesure de police administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait méconnu le principe de l'application stricte de la loi pénale, ne peut être utilement invoqué.

9. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 1, la décision attaquée a été prise sur le fondement de l'article L. 212-13 du code du sport, faisant référence aux fonctions d'enseignement, d'animation ou d'encadrement d'une activité physique ou sportive mentionnées à l'article L. 212-1 du même code. Ces dernières dispositions qui se bornent à limiter la pratique de ces activités contre rémunération aux détenteurs d'un diplôme ou titre à finalité professionnelle ou d'un certificat de qualification n'excluent pas du champ d'application de l'article L. 212-13 les activités d'animation ou d'encadrement sportif exercées bénévolement. Le moyen tiré de l'inapplicabilité de l'article L. 212-13 du code du sport, à une personne bénévole, doit donc être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, M. A ne peut utilement soutenir que la mesure provisoire d'interdiction prise à son encontre est disproportionnée au regard des manquements relevés, dès lors que, contrairement à ce qu'il soutient, l'arrêté attaqué n'édicte pas une sanction mais une mesure de police administrative spéciale fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 212-13 du code du sport. Par suite, au regard de la gravité des faits portés à la connaissance du préfet des Pyrénées-Atlantiques, ce dernier a pris une mesure adaptée et proportionnée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu opposée en défense, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 28 octobre 2021 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Madelaigue, présidente,

- Mme Corthier, conseillère ;

- Mme Crassus, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé : L. CRASSUSLa présidente,

Signé : F. MADELAIGUE

La greffière,

Signé : M. B

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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