jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2103080 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BEDOURET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Bédouret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er novembre 2021, par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour portant mention " salarié " ;
2°) d'enjoindre à la préfecture des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, conformément aux dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros, pour couvrir les frais irrépétibles et les frais d'avocat en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 Juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- le rejet de la demande de titre de séjour n'est pas motivé ;
- le préfet a commis une erreur de droit concernant l'application de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où le secteur dans lequel il travaille est en pénurie de main d'œuvre ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dans la mesure où il est père d'une petite fille, issue de son union avec Madame B, qui dispose d'un droit au séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant dans la mesure où sa mère est titulaire d'un titre de séjour, lui permettant de demeurer en France avec leur enfant et qu'en lui refusant le titre de séjour cela aurait des conséquences dramatiques pour le développement de son enfant, méconnaissant ainsi l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le requérant est en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 22 février au 21 mai 2022 ; par conséquent il peut travailler et rien ne s'oppose à ce qu'il obtienne un contrat à durée indéterminée ;
- aucun texte de loi ne prévoit un droit au séjour pour les accompagnants des personnes reconnues " étranger malade " sauf pour les parents accompagnants d'enfants malades.
Par une décision du 28 octobre 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.
La clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2022 par une ordonnance du 23 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sellès, présidente-rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant kosovar, né le 19 novembre 1972 à Komoran au Kosovo, a présenté et réceptionné le 1er juillet 2021, sur le fondement du 7° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". En l'absence de réponse à sa demande de titre de séjour, dans le délai de quatre mois, M. B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe de la décision :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L.232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé la communication des motifs pour lesquels le préfet des Hautes-Pyrénées a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation est infondé et sera rejeté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision :
4. D'une part, en vertu des dispositions combinées de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 5221-2, R. 5221-1, R. 5221-3, R. 5221-11 et R. 5221-17 du code du travail, la carte de séjour portant la mention " salarié " est délivrée sur présentation d'un contrat de travail d'une durée égale ou supérieure à douze mois conclu avec un employeur établi en France et visé par le préfet. Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail dans sa rédaction alors applicable : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : / 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes de placement concourant au service public du placement pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; / 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; / () 5° Les conditions d'emploi et de rémunération offertes à l'étranger, qui sont comparables à celles des salariés occupant un emploi de même nature dans l'entreprise ou, à défaut, dans la même branche professionnelle (). "
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 5221-21 du code du travail : " Les éléments d'appréciation mentionnés au 1° de l'article R. 5221-20 ne sont pas opposables à une demande d'autorisation de travail présentée pour un étranger postulant à un emploi figurant sur l'une des listes mentionnant soit les métiers, soit les métiers et les zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement respectivement établies en application de l'article L. 121-2 et du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par arrêté conjoint des ministres chargés de l'emploi et de l'immigration ". A cet égard, selon l'article 1er de l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse : " La situation de l'emploi ou l'absence de recherche préalable de candidats déjà présents sur le marché du travail n'est pas opposable à une demande d'autorisation de travail présentée pour un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse souhaitant exercer une activité professionnelle dans un métier de l'une des familles professionnelles et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement figurant à l'annexe I au présent arrêté.".
6. L'annexe de l'arrêté susvisé du 1er avril 2021 ne mentionne pas, pour la région Occitanie, comme métier en tension le métier d'" agent de production polyvalent ". En application des dispositions rappelées au point précédent, la situation de l'emploi n'est donc pas opposable à une demande d'autorisation de travail présentée, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne souhaitant exercer ce métier, dans la région Aquitaine.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
8. M. B soutient qu'il travaille au sein d'un abattoir communautaire en qualité d'agent polyvalent, que l'abattoir souhaite le recruter en contrat à durée indéterminée, lui permettant ainsi d'assurer la stabilité financière de son foyer. Cependant, il n'apporte aucun commencement de preuve tendant à démontrer qu'il serait dépourvu d'attaches familiales au Kosovo. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. B, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. La préfecture des Hautes-Pyrénées n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. S'il ressort des pièces du dossier que M. B a un enfant né le 2 septembre 2021, aucune obligation de quitter le territoire français n'a été prise à son encontre. Par conséquent, la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer l'enfant de ses parents. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'intérêt supérieur de son enfant n'aurait pas été pris en compte par la décision attaquée, laquelle, par suite, n'a pas été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 1er novembre 2021, par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour portant mention " salarié ", doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées par M. B au titre de l'injonction et de l'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente-rapporteure,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 janvier 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
M. C
L'assesseure,
signé
A. BENETEAU
La greffière,
signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
P. SANTERRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026