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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2103187

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2103187

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2103187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 3 décembre 2021 et le 30 mars 2022, Mme B D, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 7 septembre 2018, 2 mai 2019, 12 avril 2020, 22 mai 2020, 13 juin 2020, 4 juillet 2020, 5 juillet 2020 et 6 juillet 2020 ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 31 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

3°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé le 10 septembre 2021 ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés à la suite des infractions précitées ainsi que son titre de conduite ;

5°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de ces infractions n'est pas établie dès lors qu'elle n'a jamais payé les amendes relatives à ces infractions, que les titres exécutoires ne lui ont jamais été notifiés ; en outre, elle a formé une réclamation contentieuse s'agissant de l'infraction en date du 7 septembre 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 30 mars 2023 à 14 heures en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 31 mai 2021, le ministre de l'intérieur a notifié à Mme D les décisions de retrait de points relatives aux infractions relevées à son encontre le 7 septembre 2018, le 2 mai 2019, le 12 avril 2020, le 22 mai 2020, le 13 juin 2020, le 4 juillet 2020, le 5 juillet 2020 et le 6 juillet 2020, et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de ces décisions, ainsi que de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur son recours gracieux du 10 septembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

2. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

Quant à l'infraction commise le 7 septembre 2018 :

3. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issu d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ".

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

5. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de Mme D que l'infraction relevée à son encontre le 7 septembre 2018 a été constatée par un appareil électronique sécurisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur verse au dossier le procès-verbal permettant de constater que la requérante a apposé sa signature au bas des mentions contenant l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il s'ensuit que le vice de procédure soulevé à l'encontre de la décision de retrait de trois points afférente à cette infraction manque en fait. Par suite, le moyen doit être écarté.

Quant aux infractions commises les 2 mai 2019, 12 avril 2020, 22 mai 2020, 13 juin 2020, 4 juillet 2020, 5 juillet 2020 et 6 juillet 2020

6. Il résulte de l'instruction que les infractions relevées à l'encontre de Mme D les 2 mai 2019, 12 avril 2020, 22 mai 2020, 13 juin 2020, 4 juillet 2020, 5 juillet 2020 et 6 juillet 2020 ont été constatées en interceptant son véhicule ou bien au moyen d'un radar automatique et ont toutes donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Toutefois, et d'une part, le ministre de l'intérieur ne démontre pas, en se bornant à produire un spécimen de l'avis de contravention envoyé à l'auteur d'une infraction constatée au moyen d'un radar automatique, que la requérante aurait été régulièrement informée de ses droits ni qu'elle se serait acquittée des amendes forfaitaires majorées relatives à ces infractions. D'autre part, le ministre ne peut utilement se prévaloir de ce que la requérante aurait eu connaissance des informations requises par le code de la route lors d'une précédente infraction au code de la route commise le 7 septembre 2018 et constituée de l'usage d'un téléphone par un conducteur en circulation dès lors que plus d'une année et demi sépare ces infractions qui, en outre, ne sont pas de même nature. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur ne peut être regardé comme ayant satisfait à l'obligation qui lui incombe aux termes des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité des infractions :

7. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Aux termes de l'article 529-1 du code de procédure pénale : " Le montant de l'amende forfaitaire peut être acquitté soit entre les mains de l'agent verbalisateur au moment de la constatation de l'infraction, soit auprès du service indiqué dans l'avis de contravention dans les quarante-cinq jours qui suivent la constatation de l'infraction ou, si cet avis est ultérieurement envoyé à l'intéressé, dans les quarante-cinq jours qui suivent cet envoi. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 529-2 du même code : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par l'article 529-10, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

8. Par un courrier du 10 septembre 2021, réceptionné le 13 septembre 2021 par le tribunal judiciaire, Mme D a formé une réclamation sur le fondement de l'article 530 du code de procédure pénale à l'encontre de l'infraction du 7 septembre 2018 qui a fait l'objet d'une amende forfaitaire majorée. Toutefois à défaut pour la requérante d'établir que cette réclamation a abouti, la mention figurant dans le fichier d'information intégral selon laquelle l'infraction du 7 septembre 2018 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée suffit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions de l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen manque en fait.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est fondée à obtenir l'annulation des décisions retrait de points relatives aux infractions commises le 2 mai 2019 (4 points), le 12 avril 2020 (1 point), le 22 mai 2020 (1 point), le 13 juin 2020 (2 points), le 4 juillet 2020 (1 point), le 5 juillet 2020 (1 point) et le 6 juillet 2020 (3 points). Dans ces conditions, le solde de points attaché à son permis de conduire ne pouvait être légalement réduit de ces points le 31 mai 2021 et n'était donc pas nul. La requérante est donc fondée à demander l'annulation de la décision 48 SI du 31 mai 2021 portant invalidation de son permis de conduire ainsi que de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours gracieux formé le 10 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à Mme D les points illégalement retirés à la suite des infractions constatées les 2 mai 2019, 12 avril 2020, 22 mai 2020, 13 juin 2020, 4 juillet 2020, 5 juillet 2020 et 6 juillet 2020. Le capital de points dont dispose cette dernière doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de constitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconnaitre à Mme D le bénéfice des points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de l'intéressée dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant lui-même toutes les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire. Ce réexamen devra intervenir dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat, la somme que Mme D demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais qu'elle a exposés pour la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 2 mai 2019, 12 avril 2020, 22 mai 2020, 13 juin 2020, 4 juillet 2020, 5 juillet 2020 et 6 juillet 2020 ainsi que la décision 48SI du 31 mai 2021 et la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté le recours gracieux formé le 10 septembre 2021 par Mme D sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de reconnaitre à Mme D le bénéfice des points retirés à la suite des infractions des 2 mai 2019, 12 avril 2020, 22 mai 2020, 13 juin 2020, 4 juillet 2020, 5 juillet 2020 et 6 juillet 2020 et de réexaminer la situation de celle-ci pour en tirer les conséquences sur le capital de points de son permis de conduire et son droit de conduire.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Signé : M. A

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