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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2103197

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2103197

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2103197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantOUDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2021, M. D C, représenté par Me Oudin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de 18 mois ;

2°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence dès lors que sa signataire ne disposait pas d'une délégation de signature ;

- il a été pris en méconnaissance du droit à être préalablement entendu, garanti par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise sans examen préalable complet de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 novembre et 21 décembre 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il précise que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- aucune partie n'étant présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 9 août 1990 à Oulan-Bator (Mongolie), de nationalité mongole, est entré sur le territoire français le 4 octobre 2011, selon ses déclarations. Le requérant a sollicité, le 16 juillet 2019, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié auprès des services de la préfecture des Hautes-Pyrénées, et l'intéressé a complété cette demande le 17 juin 2020. Par un arrêté du 25 octobre 2021, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de 18 mois. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 28 décembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 65-2020-161 du même jour de la préfecture des Hautes-Pyrénées, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Sibylle Samoyault, secrétaire générale de la préfecture, et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les mesures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, en particulier les articles L. 421-1, L. 412-1, L. 435-1 et L. 612-8 de ce code dont il cite les dispositions, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. En outre, il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle du requérant, en particulier ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, sa scolarisation et les formations qu'il a suivies, son hébergement par l'association Emmaüs à compter du 22 juin 2016, la promesse d'embauche de l'intéressé en date du 9 juillet 2019 et sa situation de concubinage avec une ressortissante mongole, en situation irrégulière. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de cette charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. C ne s'est pas présenté, le 21 octobre 2021, à la convocation qui lui a été adressée par les services de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et il n'est pas même soutenu, que le requérant aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, et il n'est pas davantage établi qu'il aurait ainsi été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu et de la méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". En outre, aux termes de l'article L. 411-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / () ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour en qualité de salarié, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé, qui déclare être entré sur le territoire français le 4 octobre 2011, alors qu'il était âgé de 21 ans, ne justifie pas être entré sur le territoire sous couvert d'un visa de long séjour, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 412-1 du même code, et n'a effectué aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative jusqu'au 16 juillet 2019. Ces éléments ne sont pas contestés par le requérant. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait fait une inexacte application de dispositions précitées des articles L. 421-1 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du passeport et de l'acte de naissance délivrés par les autorités mongoles, produits par le requérant, que M. C est né le 9 août 1990. En outre, il n'est pas contesté que si M. C a été confié au service départemental de l'aide sociale à l'enfance des Hautes-Pyrénées, en tant que mineur isolé étranger, du 4 octobre 2011 au 8 août 2014, alors qu'il était majeur, ce placement faisait suite à des déclarations frauduleuses de l'intéressé. Il est en outre constant que M. C a été scolarisé et a suivi plusieurs formations entre 2011 et 2014, qu'il a participé aux activités de l'association Emmaüs et qu'il a bénéficié d'une promesse d'embauche, en date du 9 juillet 2019, pour un emploi de boucher-désosseur en contrat de travail à durée indéterminée. En revanche, si M. C se prévaut d'une situation de concubinage avec une ressortissante mongole, en situation irrégulière, mère d'une enfant âgée de sept ans et enceinte, il n'apporte aucune précision et il ne produit pas davantage d'éléments sur la réalité et l'ancienneté de la vie commune et sur la paternité des enfants de sa compagne. Au demeurant, rien ne s'oppose à ce qu'il reparte en compagnie de sa compagne et des enfants de cette dernière, de même nationalité que lui, dans son pays d'origine, pour reconstituer la cellule familiale. Par ailleurs, M. C n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel réside sa mère, selon ses déclarations, et où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans.

11. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision du préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'erreur de droit dans l'application de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

15. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français comportant un délai de départ, le préfet peut assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

16. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C est entré sur le territoire français, le 4 octobre 2011, selon ses déclarations, dans des conditions irrégulières, alors qu'il était âgé de 21 ans, et qu'il a été confié au service départemental de l'aide sociale à l'enfance à la suite de déclarations frauduleuses. En outre, le requérant n'a effectué aucune démarche, jusqu'au 16 juillet 2019, en vue de régulariser sa situation administrative. Enfin, il ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière en France. Par suite, le préfet des Hautes-Pyrénées, en interdisant à M. C de retourner sur le territoire français pendant une durée de 18 mois, n'a pas entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Oudin et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé : F. ALa présidente,

Signé : S. PERDULa greffière,

Signé : M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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