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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2103198

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2103198

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2103198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNACIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er décembre 2021 et le 7 avril 2022,

Mme B I, représentée par Me Naciri, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification de la décision à venir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement, d'enjoindre à cette même autorité de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun soulevé à l'encontre de toutes les décisions :

- elles ont été prises par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée en fait, en méconnaissance des articles L. 211-2 et

L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle méconnaît les articles L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles

R. 425-11, R. 425-12, R. 425-13, R. 611-1 et R. 611-2 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au titre des mêmes dispositions.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée en fait, en méconnaissance des articles L. 211-2 et

L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle méconnaît les articles L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles

R. 425-11, R. 425-12, R. 425-13, R. 611-1 et R. 611-2 du même code ;

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme I ne sont pas fondés.

Mme I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme I, ressortissante brésilienne, est entrée en France le 12 août 2019 selon ses déclarations. Elle a présenté le 2 juin 2021 une demande de titre de séjour, d'une part, en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, au titre de ses liens personnels et familiaux en France sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code. Par arrêté du 13 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande, a fait obligation à Mme I de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Mme I demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Par décision du 27 janvier 2022, Mme I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, la demande de la requérante tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

4. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 20 septembre 2021, publié le

21 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme G D, directrice des migrations et de l'intégration, et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente manque en fait.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La décision attaquée se fonde sur ce que Mme I ne peut pas se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, si elle présente un état de santé nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, au regard de l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Brésil, elle peut toutefois y bénéficier d'un traitement approprié et son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine, et sur ce que l'intéressée ne peut non plus se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code dès lors qu'elle est divorcée, qu'elle déclare sans en apporter la preuve être entrée sur le territoire français le 12 août 2019, qu'elle ne démontre pas avoir créé en France des liens d'une intensité qui justifierait une régularisation, qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente-sept ans, la seule circonstance qu'elle soit accompagnée de sa fille mineure de 14 ans également ressortissante brésilienne, étant sans incidence sur son droit au séjour à ce titre, et que la cellule familiale a vocation à se reconstituer hors de France où cette enfant pourra suivre une scolarité normale. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute Garonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de Mme I.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article

R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

9. Il ressort d'une part, des pièces du dossier, que la décision attaquée a été précédée d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII) émis le 23 août 2021 sur la base d'un rapport médical établi par le Dr F, médecin de l'office. En outre, il résulte de l'avis précité que celui-ci a été émis par un collège de médecins composé des docteurs H, Douillard et Ortega. D'autre part, cet avis mentionne que l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressée peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Enfin, contrairement à ce que soutient Mme I, il résulte de cet avis que celui-ci a bien été signé par le docteur H, quand bien même cette signature apparaît moins clairement que celle des deux autres médecins sur la copie produite en défense. Il n'est donc pas établi que cet avis ne procéderait pas d'une délibération collégiale. Par suite, ce dernier répond aux exigences prescrites par les dispositions précitées des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

11. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

12. Ainsi qu'il était dit au point 9, l'avis émis le 23 août 2021 par le collège des médecins de l'OFII mentionne que l'état de santé de Mme I nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si la requérante produit un certificat médical du docteur E, neurologue au centre hospitalier public du Cotentin, du 5 novembre 2019 attestant de la nécessité d'une hospitalisation de jour de l'intéressée compte tenu d'une maladie neurologique sévère qu'elle subit, et soutient qu'elle ne serait pas en mesure de bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée au Brésil, ce document n'est toutefois pas de nature à contredire l'avis du collège de médecins de l'OFII, émis un an et dix mois plus tard. Par suite, le préfet de la Haute Garonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". D'autre part, si la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de tenir compte des justifications apportées devant lui, dès lors qu'elles attestent de faits antérieurs à la décision critiquée, même si ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance de l'administration avant qu'elle se prononce.

14. Mme I ne conteste pas avoir déclaré être divorcée. En revanche, si elle n'a pas informé les services de la préfecture de sa relation de concubinage avec un ressortissant français qui durerait depuis l'année 2020, d'une vie commune depuis le mois d'août 2021 selon ses dires, d'un projet de mariage, comme en témoigne son concubin par une attestation du

2 novembre 2021 postérieure à la décision en litige, et d'une implication de ce dernier dans le suivi scolaire de la fille de la requérante, ces circonstances, à les supposer établies, ne justifient pas de l'existence de liens anciens et stables sur le territoire national. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait plus d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans, et où la cellule familiale pourra se reconstituer, sa fille mineure, de même nationalité qu'elle, ayant vocation à la suivre. Enfin, Mme I ne produit aucun élément permettant d'estimer que sa fille ne pourrait poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Par suite, eu égard à la durée de séjour de la requérante en France, en prenant la décision attaquée, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;() ". Aux termes de l'article

L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

16. La décision attaquée vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, ainsi qu'il a été indiqué au point 6, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée en fait. Par suite, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision attaquée doit être regardée comme satisfaisant aux exigences de motivation en droit et en fait.

17. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie devant l'OFII, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, doit être écarté comme inopérant à l'encontre de la décision attaquée qui n'a pas pour objet de refuser un titre de séjour à la requérante.

18. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision portant refus de titre de séjour illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

19. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile même code: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

20. Ainsi qu'il a été dit au point 12, Mme I n'établit pas qu'elle ne pourrait pas recevoir dans son pays d'origine les soins nécessaires à son état de santé. Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

21. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

22. Pour les mêmes motifs que ceux rappelés au point 14, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de Mme I, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

23. En dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

24. Si Mme I soutient que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas examiné la situation personnelle de sa fille, âgée de 14 ans, qui a trouvé une stabilité sur le territoire français aux côtés de sa mère et de son concubin, et qui envisage de poursuivre sa scolarité en accédant en classe de seconde générale et technologique, il n'est pas établi que cette enfant ne pourrait suivre cette scolarité dans des conditions équivalentes au Brésil, et la situation de concubinage de sa mère est récente. Dès lors, ces circonstances ne suffisent pas à établir que l'intérêt supérieur de l'enfant de Mme I n'aurait pas été pris en compte dans la décision attaquée, laquelle n'a pas pour effet de la priver de la présence de sa mère. Par suite, cette décision n'a pas été prise en violation de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

25. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et les articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se fonde sur ce que l'intéressée n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou qu'elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de cette convention. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et

L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

26. En second lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme I doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

28. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme I n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

29. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

30. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme I doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme I.

Article 2 : La requête de Mme I est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B I et au préfet de la Haute-Garonne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

F. A

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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