jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2103243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | SCP CASADEBAIG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 décembre 2021, le 14 février 2022 et le 12 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Casadebaig, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 9 novembre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque a " pris acte " de l'offre de reprise déposée en vue de l'acquisition du Domaine d'Agerria à Mauléon-Licharre et a autorisé son président à signer l'acte authentique ainsi que les actes nécessaires à l'acquisition de l'ensemble immobilier, ainsi qu'à engager toutes les démarches et signer tous les autres documents nécessaires à l'aboutissement du projet ;
2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Pays basque une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la délibération est irrégulière en ce qu'elle autorise son président à signer un acte authentique de vente portant sur une offre déposée par une autorité incompétente, qui constitue donc un acte nul et de non-effet, l'offre de reprise de la communauté d'agglomération du Pays basque ayant été présentée au nom de la collectivité antérieurement à la délibération attaquée ;
- elle n'a pas été précédée de la consultation du service des domaines, en méconnaissance de l'article L. 1311-9 du code général des collectivités territoriales ;
- elle est illégale en ce qu'elle confirme le principe d'une acquisition, celle du domaine d'Agerria, qui est dépourvue d'intérêt public.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 février 2022, le 24 février 2022 et le 26 octobre 2022, la communauté d'agglomération du Pays basque, représentée par Me Pintat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il doit être donné acte du désistement d'office de M. B, ce dernier n'ayant pas confirmé le maintien de sa requête dans le mois suivant la notification du rejet de sa requête en référé suspension, en application de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative ;
- le requérant ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- le moyen tiré de l'illégalité de la décision de la communauté d'agglomération du Pays basque de présenter une offre est irrecevable, inopérant et mal fondée ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gourgues, représentant M. B, et de Me Drevet, représentant la communauté d'agglomération du Pays basque.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 9 novembre 2021, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque a " pris acte " de l'offre déposée par la communauté d'agglomération du Pays basque en vue d'acquérir le domaine d'Agerria à Mauléon-Licharre, et a autorisé son président ou son représentant à signer l'acte authentique ainsi que les actes nécessaires à l'acquisition de l'ensemble immobilier, ainsi qu'à engager toutes les démarches et signer tous les autres documents nécessaires à l'aboutissement du projet. M. B demande l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions aux fins de constat du désistement d'office :
2. Aux termes de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté. ".
3. Par ordonnance du 27 décembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Pau a rejeté la requête en référé de M. B aux fins de suspension de l'exécution de la délibération du 9 novembre 2021, au motif qu'aucun moyen n'était propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Toutefois, les courriers de notification de cette ordonnance aux requérants ne mentionnent pas qu'à défaut de confirmation du maintien de leur requête en excès de pouvoir dans le délai d'un mois, ils seraient réputés s'être désistés. Par suite, la communauté d'agglomération du Pays basque n'est pas fondée à demander qu'il soit donné acte du désistement d'office du requérant en application de ces dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.
5. Il ressort des pièces du dossier que le 24 septembre 2021, le président du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque a déposé, au nom de cette dernière, une offre de reprise du domaine d'Agerria, dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire ouverte par jugement du tribunal de commerce de Pau du 3 novembre 2020 concernant la société d'économie mixte locale du domaine d'Agerria. Eu égard à l'objet de la délibération attaquée, rappelé au point 1, la décision du président de déposer l'offre au nom de la communauté d'agglomération du Pays basque n'en constitue pas la base légale et la délibération attaquée n'a pas été prise pour l'application de cette décision. Par suite,
M. B ne peut utilement exciper de l'illégalité de la décision du président du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque du 24 septembre 2021 à l'encontre de la délibération attaquée.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1311-9 du code général des collectivités territoriales : " Les projets d'opérations immobilières mentionnés à l'article L. 1311-10 doivent être précédés, avant toute entente amiable, d'une demande d'avis de l'autorité compétente de l'Etat lorsqu'ils sont poursuivis par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics. () ". Aux termes de l'article L. 1311-10 du même code : " Ces projets d'opérations immobilières comprennent : () 2° Les acquisitions à l'amiable, par adjudication ou par exercice du droit de préemption, d'immeubles, de droits réels immobiliers, de fonds de commerce et de droits sociaux donnant vocation à l'attribution, en pleine propriété, d'immeubles ou de parties d'immeubles, d'une valeur totale égale ou supérieure à un montant fixé par l'autorité administrative compétente, ainsi que les tranches d'acquisition d'un montant inférieur, mais faisant partie d'une opération d'ensemble d'un montant égal ou supérieur ; (). ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la délibération a notamment pour objet d'autoriser le président du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque à signer les actes nécessaires à l'acquisition d'un ensemble immobilier dénommé le Domaine d'Agerria. Bien que l'opération consiste en l'acquisition de droits, d'un fonds de commerce, donnant vocation à acquérir les biens immobiliers constituant le domaine d'Agerria, cette acquisition s'inscrit dans le cadre d'une procédure de redressement judiciaire de la précédente société gestionnaire du domaine, ouverte en application du livre VI du code de commerce, et ne consiste donc pas en une acquisition à l'amiable, par adjudication ou par exercice du droit de préemption. Elle ne relève dès lors pas du champ d'application de l'article L. 1311-9 du code général des collectivités territoriales et n'était donc pas soumise à l'exigence d'une demande d'avis préalable du service des domaines. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir que la délibération attaquée n'a pas été précédée de la consultation du service des domaines.
8. En dernier lieu, les personnes publiques sont chargées d'assurer les activités nécessaires à la réalisation des missions de service public dont elles sont investies et bénéficient à cette fin de prérogatives de puissance publique. En outre, si elles entendent, indépendamment de ces missions, prendre en charge une activité économique, elles ne peuvent légalement le faire que dans le respect de la liberté du commerce et de l'industrie et du droit de la concurrence. A cet égard, pour intervenir sur un marché, elles doivent, non seulement agir dans la limite de leurs compétences, mais également justifier d'un intérêt public, lequel peut résulter notamment de la carence de l'initiative privée. Une fois admise dans son principe, une telle intervention ne doit pas se réaliser suivant des modalités telles qu'en raison de la situation particulière dans laquelle se trouverait cette personne publique par rapport aux autres opérateurs agissant sur le même marché, elle fausserait le libre jeu de la concurrence sur celui-ci.
9. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que l'opération d'acquisition faisant l'objet de la délibération attaquée, qui consiste en le rachat des actifs et du fonds de commerce relatifs à la gestion d'un domaine sur lequel se situe un complexe hôtelier, est constitutive d'une intervention sur un marché concurrentiel, la gestion étant d'ailleurs jusque-là assurée par une société d'économie mixte, société privée.
10. Ensuite, il résulte des termes de la délibération attaquée que la communauté d'agglomération du Pays basque justifie le souhait d'acquérir le domaine d'Agerria et de poursuivre et développer l'activité existante, notamment par les objectifs de confirmer " la vocation publique communautaire de l'équipement au service du territoire et des acteurs socio-économiques ", de valoriser la chapelle en un équipement artistique pluridisciplinaire, de développer l'offre d'hébergement, notamment à destination des étudiants pour garantir " l'attractivité de l'offre de formation en développement dans le domaine de l'Usine 4.0 ", et de garantir la maîtrise publique dans la gestion d'un bien relevant du patrimoine historique, culturel et religieux du territoire. Il n'est pas contesté que ces objectifs revêtent un caractère d'intérêt public, et ce indépendamment d'une éventuelle carence de l'initiative privée invoquée par M. B.
11. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le tribunal de commerce de Pau a, par son jugement du 16 novembre 2021, retenu l'offre de la communauté d'agglomération du Pays basque et écarté l'offre concurrente déposée par la société Fraideak. Le requérant ne peut utilement soutenir que la communauté d'agglomération du Pays basque proposait dans son offre le désintéressement de créanciers bancaires et le renoncement à sa propre créance sur la société d'économie mixte locale en redressement, de telles mesures ne ressortant pas de prérogatives de puissance publique et pouvant aussi être le fait d'entités privées, à l'instar de la société Fraideak, laquelle proposait également le désintéressement d'un certain nombre de créanciers. En outre, les circonstances alléguées par le requérant que la communauté d'agglomération du Pays basque a présenté son offre au tribunal de commerce après que la société Fraideak a exposé sa proposition en réunion publique, et qu'elle n'a pas répondu aux sollicitations de cette dernière en vue d'une offre commune ne traduisent pas davantage de manquements à la concurrence. Enfin, la différence de puissance financière qu'allègue le requérant entre la communauté d'agglomération du Pays basque et la société Fraideak, auteure de l'offre concurrente, n'est pas, par elle-même, de nature à fausser la concurrence, étant au demeurant précisé que le tribunal de commerce a motivé son rejet de l'offre de la société Fraideak au regard de motifs étrangers à la capacité financière de la société, tenant au manque de clarté quant aux modalités de paiement des créanciers, à la future société devant se substituer à la société Fraideak, et au manque d'informations nécessaires à la bonne compréhension de l'offre. Par suite, par les arguments invoqués, le moyen tiré de l'absence d'intérêt public de l'intervention de la communauté d'agglomération du Pays basque dans la procédure de redressement judiciaire de la société d'économie mixte locale du domaine d'Agerria et de l'atteinte à la concurrence doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".
14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération du Pays basque et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la communauté d'agglomération du Pays basque une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la communauté d'agglomération du Pays basque et à la société d'économie mixte locale du domaine d'Agerria.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
V. DUMEZ-FAUCHILLE
Le président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026