mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2103301 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | LOPEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Cambot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le maire d'Arrien a rejeté sa demande de permis de construire en vue de la réfection, l'extension et le changement de destination d'un hangar agricole en maison d'habitation, ensemble la décision du 3 novembre 2021 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre au maire d'Arrien de lui délivrer le permis sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Arrien une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'erreur de fait ;
- il méconnaît les articles L. 111-4, R. 111-27 et L. 161-4 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense et des mémoires en production de pièces, enregistrés le 23 septembre 2022, le 19 décembre 2022 et le 13 mars 2024, la commune d'Arrien, représentée par Me Lopez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Des mémoires présentés pour M. A ont été enregistrés le 16 décembre 2022 et le 22 décembre 2022.
Un mémoire en production de pièces présenté pour la commune d'Arrien a enregistré le 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Diard,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Coto, substituant Me Cambot, représentant M. A, et de Me Lopez, représentant la commune d'Arrien.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 juillet 2021, le maire de la commune d'Arrien (Pyrénées-Atlantiques) a rejeté la demande de permis de construire déposée par M. A en vue de la réfection, l'extension et le changement de destination d'un hangar agricole en maison d'habitation. Par une décision du 3 novembre 2021, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par M. A contre cet arrêté. M. A demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. L'arrêté attaqué vise les dispositions du 1° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme et l'article R. 111-27 du même code et se fonde sur ce que le hangar agricole litigieux, qui ne peut être considéré comme une construction existante, doit être regardé comme une nouvelle construction à usage d'habitation, non autorisée dans ce secteur, et sur ce que le projet est de nature à porter atteinte à l'intérêt des paysages et des lieux avoisinants.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; / () ". Aux termes de l'article L. 161-4 du même code : " La carte communale délimite les secteurs où les constructions sont autorisées et les secteurs où les constructions ne sont pas admises, à l'exception :/ 1° De l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension des constructions existantes ainsi que de l'édification d'annexes à proximité d'un bâtiment existant ; / () ". Aux termes de l'article R. 161-4 de ce code, pris pour l'application de ces dernières dispositions : " Le ou les documents graphiques délimitent les secteurs où les constructions sont autorisées et ceux où les constructions ne peuvent pas être autorisées, à l'exception de celles mentionnées à l'article L. 161-4. / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la commune d'Arrien est dotée d'une carte communale et que le projet est situé dans un secteur délimité par ce document où les constructions ne sont pas admises. A supposer comme l'indique la commune d'Arrien dans son mémoire en défense que le maire a entendu faire application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 161- 4 du code de l'urbanisme, applicables dans les communes dotées d'une carte communale, et non de celles du 1° de l'article L. 111-4 du même code, le hangar agricole, dont la réfection, l'extension et le changement de destination en maison d'habitation est projeté, n'est pas désaffecté, présente une structure porteuse, constituée de deux murs pleins en parpaings et d'un troisième mur s'élevant à mi-hauteur du bâtiment, ainsi que d'une toiture, lesquelles sont dans un bon état structurel et ne présentent donc pas un état de ruine. Par ailleurs, la commune d'Arrien ne peut utilement invoquer la circonstance que ce bâtiment ne serait pas répertorié comme un élément bâti par le cadastre ; ce qui, en tout état de cause, manque en fait. Dès lors, ce hangar agricole doit être regardé comme une construction existante, dont le changement de destination, la réfection et l'extension sont admis. Par suite, en se fondant sur le premier motif rappelé au point 2, le maire d'Arrien a fait une inexacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme.
5. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
6. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
7. Il ressort des pièces du dossier que les constructions voisines du projet, constituées principalement de bâtiments massifs, dont certains sont des bâtiments agricoles, ne présentent aucun caractère particulier. En outre, la toiture de la maison projetée, qui présente une pente de 30 %, n'est pas de nature à porter atteinte aux lieux avoisinants. Enfin, si le revêtement prévu de cette toiture est en bac acier de coloris ardoise, les constructions voisines sont en grande partie composées de bâtiments agricoles revêtus d'une toiture comparable. Par suite, en se fondant sur le second motif rappelé au point 2, le maire d'Arrien a également fait une inexacte application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire d'Arrien du 23 juillet 2021 et, par voie de conséquence, la décision du 3 novembre 2021 par laquelle cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté, doivent être annulés.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition () ".
10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
11. Le présent jugement censure les motifs sur lesquels le maire d'Arrien a fondé son arrêté du 23 juillet 2021. Les dispositions d'urbanisme applicables à la demande de permis de construire devant être regardées comme celles en vigueur à la date de la décision attaquée, il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif serait susceptible de justifier ce refus, ni qu'un changement de circonstances de fait serait intervenu depuis cette date et ferait obstacle à la délivrance de ce permis. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire d'Arrien de délivrer à M. A le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune d'Arrien doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire d'Arrien du 23 juillet 2021 et la décision de cette même autorité du 3 novembre 2021 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire d'Arrien de délivrer le permis de construire sollicité par M. A dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : La commune d'Arrien versera à M. A une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Arrien au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Arrien.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
F. DIARDLe président,
signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE
CASTILLON
La greffière,
signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
signé
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026