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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2103306

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2103306

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2103306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGARCIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 décembre 2021 et le 13 juillet 2022, Mme D F, représentée par Me Garcia demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la société Enedis de procéder à la destruction du poteau de soutènement et de l'extension du réseau électrique situées Impasse de Vinci, sur la commune de Vic-en-Bigorre, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 5 590,73 euros en réparation de ses préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de la société Enedis la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente dès lors que la ligne de réseau électrique litigieuse constitue un ouvrage public ;

- elle a un intérêt à agir en tant que voisine directe des parcelles sur laquelle est implantée la ligne litigieuse ;

- l'injonction demandée s'appuie sur une emprise irrégulière, sur l'absence de possibilité de régularisation et sur l'absence d'un intérêt général à conserver cette ligne ;

- elle est fondée à demander la condamnation de la société Enedis à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice de vue esthétique, de 1 000 euros en réparation de son préjudice de jouissance et de 3 590,73 euros au titre de la réparation de l'allée en raison des nombreux passages.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 mai 2022 et le 29 août 2022, la société anonyme (SA) Enedis conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme F la somme de 2 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- Mme F ne justifie pas de la propriété de ses parcelles et n'a donc pas d'intérêt à agir. Elle ne justifie pas suffisamment que ses intérêts sont atteints de manière suffisamment grave et certaine ;

- l'accès à l'électricité est un droit fondamental et l'article L. 121-1 du code de l'énergie précise que l'électricité est un produit de première nécessité et d'intérêt général ;

- l'ouvrage contesté a été régulièrement implanté : le maire de Vic-en-Bigorre a donné un avis favorable aux travaux d'extension du réseau électrique aux fins de raccordement de la parcelle de Mme C et en vertu des trois conventions de servitudes signées en 2012 respectivement par Mme C, M. E et M. A sans qu'elles fassent l'objet d'une quelconque contestation ;

- la requérante n'établit pas que M. E aurait signé cette convention sans droit ni titre ;

- les conclusions indemnitaires ne peuvent être recevables sans décision liant le contentieux.

Les parties ont été informées, le 30 novembre 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme F dès lors qu'en application de l'article L. 323-7 du code de l'énergie, les juridictions judiciaires sont seules compétentes pour connaître des dommages qui sont les conséquences certaines, directes et immédiates des servitudes instituées au profit des concessionnaires de distribution d'énergie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'énergie ;

- le décret n° 67-886 du 6 octobre 1967 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier,

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D F est propriétaire des parcelles n° 392 et n° 393 situées à l'entrée de l'impasse de Vinci sur la commune de Vic-en-Bigorre. En 2012, suite à l'avis favorable de la commune, la parcelle n° 337, alors non-constructible, située au fond de l'impasse, a fait l'objet d'un raccordement au réseau électrique aérien par la société Enedis. Les conventions de servitudes aériennes signées par Mme C propriétaire de la parcelle n° 337, par M. E propriétaire de la parcelle jouxtant celle de Mme C et par M. A, propriétaire voisin immédiat ont été signées avec la société Enedis le 7 août 2012. Il est constant qu'elles n'ont pas été contestées avant l'introduction de la requête. Mme F soutient subir des nuisances esthétiques et de jouissances du fait de l'existence de la voie aérienne du réseau électrique qui génère de nombreux passages, lesquels ont usé la voie passant devant sa propriété. Par une décision en date du 12 novembre 2021, la société Enedis a refusé de supprimer le réseau électrique litigieux. Mme F demande au tribunal d'enjoindre à la société Enedis, la destruction de l'ouvrage litigieux et de la condamner au versement d'indemnités en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

2. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition ou le déplacement d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

3. En vertu des dispositions de l'article 12 de la loi du 15 juin 1906 codifié à l'article L. 323-4 du code de l'énergie et de l'article 1er du décret du 6 octobre 1967 portant règlement d'administration publique pour l'application de cette loi, la déclaration d'utilité publique d'une distribution d'énergie confère au concessionnaire le droit d'établir des poteaux et des pylônes électriques sur des terrains privés non bâtis et non fermés de murs ou d'autres clôtures équivalentes. Une telle servitude peut être établie à l'issue d'une enquête publique ou par convention passée entre le distributeur d'énergie et le propriétaire du terrain d'implantation.

4. Pour justifier de la légalité de l'implantation de la ligne électrique litigieuse, la société Enedis a produit trois conventions de servitudes signées le 7 août 2012 avec les propriétaires directement concernés ainsi que l'avis favorable au raccordement en électricité par voie aérienne de la parcelle de Mme C, propriétaire de la parcelle litigieuse. En outre, il est constant que ces conventions n'ont pas été contestées alors que les travaux ont été effectués en 2012. Par ailleurs, la requérante n'établit pas suffisamment que le signataire d'une des conventions, M. E a engagé l'ensemble des copropriétaires dès lors que la convention ne le concerne qu'à lui seul. La ligne électrique litigieuse doit donc être regardée comme régulièrement implantée.

5. En tout état de cause, eu égard à la nature de l'implantation en cas d'implantation irrégulière, aucune régularisation appropriée ne serait possible. Faute pour Mme F d'établir en quoi la présence de lignes aériennes ne passant pas au-dessus de ses parcelles, lèse ses intérêts privés et dès lors que la destruction ou le déplacement aurait un coût, la destruction porterait une atteinte excessive à l'intérêt général.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article L. 323-7 du code de l'énergie : " Lorsque l'institution des servitudes prévues à l'article L. 323-4 entraîne un préjudice direct, matériel et certain, elle ouvre droit à une indemnité au profit des propriétaires, des titulaires de droits réels ou de leurs ayants droit. / L'indemnité qui peut être due à raison des servitudes est fixée, à défaut d'accord amiable, par le juge judiciaire ". Si les conséquences des dommages purement accidentels causés par les travaux de construction, de réparation ou d'entretien des ouvrages relèvent de la compétence des juridictions administratives, en revanche, les juridictions judiciaires sont seules compétentes pour connaître des dommages qui sont les conséquences certaines, directes et immédiates des servitudes instituées au profit des concessionnaires de distribution d'énergie, tels que la dépréciation de l'immeuble, les troubles de jouissance et d'exploitation, la gêne occasionnée par le passage des préposés à la surveillance et à l'entretien.

8. Les conclusions indemnitaires présentées par Mme F qui portent sur les conséquences inhérentes à la servitude de passage de ligne électrique en litige, doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.

9. En tout état de cause, Mme F n'a pas apporté suffisamment de précision sur la teneur et l'étendue exacte du préjudice de jouissance et esthétique qu'elle invoque. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les frais liés aux dépens :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Enedis, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, verse à

Mme F la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme F la somme de 1 500 euros à verser à la société Enedis.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Mme F versera à la société Enedis la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme D F et à la société anonyme Enedis.

Copie en sera adressée à la commune de Vic-en-Bigorre.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. CORTHIER La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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