lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2103357 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET CAMBOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 décembre 2021 et le 5 décembre 2022, la société à responsabilité limitée ISR Innovations, représentée par Me Lacrouts, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Biarritz à lui payer la somme de 184 081,20 euros, à parfaire, en exécution du contrat de fournitures de bloqueurs de routes hydrauliques mobiles correspondants à deux factures de matériels livrés n° 0189 et n° 0190, d'une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros par facture et des intérêts moratoires de droit ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Biarritz la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune a modifié ses besoins une fois le matériel livré et postérieurement à l'attribution du marché ;
- contrairement à ce que fait valoir la commune, les dispositifs livrés sont conformes aux clauses contractuelles ; la commune n'avait pas à ajourner les produits en estimant que le matériel n'était pas conforme aux besoins et dangereux ;
- la commune a fait installer par une tierce société une borne escamotable nécessitant des travaux de génie civil pourtant contraire aux besoins exprimés par la commune dans la procédure d'appel d'offres et dans le cahier des clauses particulières.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, la commune de Biarritz, représentée par Me Cambot conclut au rejet de la requête à titre principal, à titre subsidiaire de diligenter une expertise, et demande à ce que le tribunal mette à la charge de la société ISR Innovations une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les besoins exprimés consistaient à trouver des dispositifs permettant de bloquer l'accès aux véhicules sans l'intervention de travaux pérennes dans la chaussée et de maintenir une possibilité d'accès aux résidents et aux professionnels devant intervenir dans le secteur devenu temporairement pionnier ;
- le matériel réceptionné n'est pas conforme aux clauses contractuelles contenues dans le cahier des clauses techniques particulières et a refusé la livraison de matériel en se prévalant de l'article 25-2-1 du cahier des clauses administratives générales de fournitures courantes et de services qui n'a pas été respecté.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cotto représentant la commune de Biarritz.
Considérant ce qui suit :
1. La société ISR Innovations a été sélectionnée lors de la procédure d'attribution d'un marché public pour la fourniture de bloqueurs de routes hydrauliques mobiles qui devaient être utilisés dans le centre-ville de la commune de Biarritz. Le marché a été conclu le 26 mars 2021 pour un montant de 209 000 euros toutes taxes comprises. Par lettre du 29 juin 2021, notifiée le 8 juillet 2021, le maître de l'ouvrage a ajourné la livraison des fournitures de bloqueurs de routes mobiles, reçue le 14 juin 2021. La société ISR Innovations a émis une facture le 2 juin 2021 pour le paiement de la somme de 177 205,20 euros toutes taxes comprises et une seconde facture le 2 juillet 2021 d'un montant de 6 876 euros toutes taxes comprises. La société a procédé à une mise en demeure de payer les factures par lettre du 16 juillet 2021. Par lettre du 23 juillet 2021, la commune de Biarritz a refusé l'admission des fournitures et rejeté le commandement de payer. En l'absence de paiement de l'intégralité des sommes facturées, la société a introduit une réclamation préalable tendant au paiement des factures émises, auprès de la commune, laquelle fut notifiée le 8 septembre 2021. Par décision en date du 29 octobre 2021, la commune de Biarritz a rejeté la réclamation. La société demande dans le cadre de la présente instance, le paiement de la somme litigieuse, des intérêts moratoires de droit et l'application d'une indemnité de recouvrement de 40 euros par facture non honorée.
Sur les conclusions tendant au paiement des factures :
2. Aux termes de l'article 25 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de fournitures courantes et de services dans sa version applicable : Admission, ajournement, réfaction et rejet / 25.1. Admission : / Le pouvoir adjudicateur prononce l'admission des prestations, sous réserve des vices cachés, si elles répondent aux stipulations du marché. L'admission prend effet à la date de notification au titulaire de la décision d'admission ou en l'absence de décision, dans un délai de quinze jours à dater de la livraison. / 25.2. Ajournement : / 25.2.1. Le pouvoir adjudicateur, lorsqu'il estime que des prestations ne peuvent être admises que moyennant certaines mises au point, peut décider d'ajourner l'admission des prestations par une décision motivée. Cette décision invite le titulaire à présenter à nouveau au pouvoir adjudicateur les prestations mises au point, dans un délai de quinze jours. / Le titulaire doit faire connaître son acceptation dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision d'ajournement En cas de refus du titulaire ou de silence gardé par lui durant ce délai, le pouvoir adjudicateur a le choix d'admettre les prestations avec réfaction ou de les rejeter, dans les conditions fixées aux 3 et 4 du présent article, dans un délai de quinze jours courant de la notification du refus du titulaire ou de l'expiration du délai de dix jours ci-dessus mentionné. () / 25. 3. Réfaction : / Lorsque le pouvoir adjudicateur estime que des prestations, sans être entièrement conformes aux stipulations du marché, peuvent néanmoins être admises en l'état, il peut les admettre avec réfaction de prix proportionnelle à l'importance des imperfections constatées. Cette décision doit être motivée. Elle ne peut être notifiée au titulaire qu'après qu'il a été mis à même de présenter ses observations. / 25. 4. Rejet : / 25. 4. 1. Lorsque le pouvoir adjudicateur estime que les prestations ne peuvent être admises en l'état, il en prononce le rejet partiel ou total. / La décision de rejet doit être motivée. Elle ne peut être prise qu'après que le titulaire a été mis à même de présenter ses observations. / 25. 4. 2. En cas de rejet, le titulaire est tenu d'exécuter à nouveau la prestation prévue par le marché. / 25. 4. 3. Le titulaire dispose d'un délai d'un mois à compter de la notification de la décision de rejet pour enlever les prestations rejetées. Lorsque ce délai est écoulé, elles peuvent être détruites ou évacuées par le pouvoir adjudicateur, aux frais du titulaire. / Les prestations rejetées, dont la garde dans les locaux du pouvoir adjudicateur présente un danger ou une gêne insupportable, peuvent être immédiatement évacuées ou détruites, aux frais du titulaire, après que celui-ci en a été informé. / () ".
3. Aux termes du chapitre 2 du cahier des clauses techniques particulières du marché : " La consultation pour la fourniture de bloqueurs de route hydrauliques mobiles a pour objectif de : Améliorer la sécurité des piétons (). - Assurer la sécurité d'une zone () - Conserver la liberté de déplacement des résidents : Le contrôle d'accès d'une zone ne doit pas se faire au détriment de ses résidents et de ses actifs () ". Il résulte de ces dispositions que la sécurité des piétons et l'automatisation du dispositif constituaient des caractéristiques prévues par les clauses contractuelles.
4. Il résulte de l'instruction et il est constant que, par une décision du 29 juin 2021 par voie dématérialisée la commune de Biarritz a prononcé l'ajournement des bloqueurs de route hydrauliques mobiles. Pour motiver cette décision, le pouvoir adjudicateur indiquait que le matériel fourni n'était pas suffisamment sécurisant envers les piétons et que sans la présence d'une personne habilitée à manœuvrer les fournitures, le dispositif ne pouvait être installé alors que l'automatisation du dispositif et la sécurité étaient bien précisés dans les clauses contractuelles. Conformément aux stipulations de l'article 25-2-1 du cahier des clauses administratives générales en vigueur, la commune a indiqué que sous un délai de 15 jours, la partie cocontractante pouvait formuler des observations ou des mises au point du dispositif pour l'améliorer. En l'absence d'acceptation de la part de la société cocontractante d'amélioration du dispositif livré, la commune a, par lettre du 23 juillet 2021, refusé l'admission des fournitures. Il ne résulte pas de l'instruction que le matériel tel qu'il a été livré puis complété, à la demande de la commune, ne serait pas conforme aux stipulations du marché. Par sa décision d'ajournement, la commune s'est bornée à soutenir l'absence d'automatisation et l'insuffisante sécurisation du dispositif sans relever aucun défaut spécifique permettant de caractériser un manquement imputable au titulaire dans l'exécution des prestations du marché. La commune de Biarritz a de manière non équivoque procédé à l'ajournement des fournitures livrées. De même, le rapport de la SOCOTEC, intervenu avant la mise en place définitive des dispositifs ne peut être considéré comme un rapport utile à l'appui de l'argumentaire de la commune de Biarritz. Enfin, la circonstance que la commune ait fait installer par une tierce société, postérieurement au rejet de la livraison des dispositifs litigieux, une borne escamotable nécessitant des travaux de génie civil, en contradiction avec les besoins qu'elle avait exprimés est sans incidence sur la conformité du matériel livré conformément aux clauses contractuelles. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de rejet de la livraison des fournitures est infondée doit être accueilli.
5. Par suite, il résulte de l'acte d'engagement que le montant des fournitures et services compris dans le marché initial s'élève à 209 000 euros toutes taxes comprises. Le montant des factures litigieuses, qui n'est pas contesté au demeurant, comprend la fourniture de 6 bloqueurs de route hydrauliques mobiles de 3 cm, les outils nécessaires à leurs mises en place, le transport et logistique et le déplacement de 2 personnes sur quatre journées dont une journée est offerte. Il résulte de l'instruction que le matériel a été livré le 16 juin 2021 et les journées de présentations ont été effectuées par la société requérante. A ce titre la société ISR Innovations a exécuté le marché et a droit au paiement des factures litigieuses correspondant à la somme de 184 081,20 euros toutes taxes comprises.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de diligenter une quelconque expertise, que la demande tendant au paiement des factures non réglées par la commune de Biarritz doit être accueillie.
Sur le paiement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement :
7. Aux termes de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique dispose que : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire ". L'article D.2192-35 du même code fixe à 40 euros le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement. Aux termes de l'article 7.3 du cahier des clauses administratives particulières : " Les sommes dues au(x) titulaire(s) seront payées dans un délai global de 30 jours à compter de la date de réception des demandes de paiement. En cas de retard de paiement, le titulaire a droit au versement d'intérêts moratoires, ainsi qu'à une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement d'un montant de 40 €. Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage ".
8. Il résulte de ces dispositions que la société ISR Innovations a droit aux intérêts au taux légal sur toutes les sommes qui lui sont dues majorées de 8 points de pourcentage à compter du lendemain suivant le 30ème jour de la date d'émission de la facture litigieuse et ce à concurrence de la somme de 184 081,20 euros.
9. La demande tendant au paiement d'une indemnité de 80 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement concernant les factures n° 189 et n° 190 est fondée et doit être accueillie.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la société ISR Innovations est fondée à demander à ce que la commune de Biarritz soit condamnée à lui verser les intérêts moratoires contractuels sur la somme de 184 081,20 euros ainsi que 80 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de recouvrement des factures dues.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société ISR Innovations, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Biarritz demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Biarritz une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société ISR Innovations et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Biarritz est condamnée à verser à la société à responsabilité limitée ISR Innovations la somme de 184 081,20 euros (cent quatre-vingt-quatre mille quatre-vingt-un euros et vingt centimes) TTC, assortie des intérêts moratoires contractuels et de 80 euros d'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement pour les factures n° 189 et n° 190.
Article 2 : La commune de Biarritz versera à la société à responsabilité limitée ISR Innovations la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée ISR Innovations et à la commune de Biarritz.
Délibéré après l'audience du 24 août 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier conseillère,
Mme Crassus, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
L. CRASSUS La présidente,
Signé
M. SELLES
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026