lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2103358 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BEDOURET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2021, M. D B N'Goran, représenté par Me Bédouret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2021 par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé de pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ; il ne tient pas compte de ce qu'il vit maritalement avec Mme E depuis 2015 et l'a épousée le 3 décembre 2020 ; la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne comporte aucun examen de la situation du requérant en cas de retour dans son pays d'origine, notamment au regard de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- suite à la maladie de son épouse, il l'a suivie en France où elle bénéficie de soins appropriés ; la communauté de vie a perduré sur le territoire français ; le préfet ne pouvait donc opposer la condition d'obtention d'un visa de long séjour prévue par les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- par ailleurs il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du même code en qualité de conjoint de français ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- en conséquence la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision est motivée ;
- le mariage n'ayant pas eu lieu en France, les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant la dispense d'un visa de long séjour ne sont pas applicables ;
- le mariage est récent à la date de la décision contestée, la mère du requérant, ses trois frères et son enfant né en décembre 2010 résident en côte d'Ivoire ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas méconnu.
Un mémoire a été présenté pour M. N'Goran le 27 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B N'Goran, né le 30 décembre 1978 à N'Doumoukro, de nationalité ivoirienne, a épousé le 3 décembre 2020 à Bingerville en Côte d'Ivoire Mme F E, ressortissant française. Cette dernière est rentrée en France et M. N'Goran, est également entré en France le 19 mars 2021, régulièrement sous couvert d'un passeport en cours de validité et revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises. Il a sollicité le 22 mars 2021 un titre de séjour en qualité de conjoint de Français et a déposé son dossier le 17 août 2021. Par un arrêté du 13 décembre 2021, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination. C'est la décision contestée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 423-1 à L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne que le requérant ne justifie pas d'un visa de long séjour et n'entre pas dans les prévisions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rappelle les éléments tenant à sa situation personnelle au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale, en cas de retour dans son pays d'origine. Elle vise également les dispositions de l'article L. 611-1 3° du même code relatif à la possibilité d'obliger à quitter le territoire un étranger qui s'est vu refuser un titre de séjour ainsi que celles de l'article L. 721-3 relatives à la fixation du pays de renvoi. Il s'ensuit que l'arrêté contesté, en ce compris la décision fixant le pays de renvoi, qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". L'article L. 412-1 du même code prévoit que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance de la carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. () ". Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
4. Si M. N'Goran a sollicité un titre de séjour en raison de son mariage avec une ressortissante française, il ressort des pièces du dossier que le mariage n'a pas été célébré en France, mais à Bingerville en Côte d'Ivoire le 3 décembre 2020. Par suite, le préfet des Hautes-Pyrénées a pu, en application des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fonder légalement son refus de titre de séjour sur l'absence de présentation du visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du même code, et sur la célébration à l'étranger du mariage de l'intéressé.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. N'Goran n'était marié à Mme E que depuis une année à la date de la décision contestée. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la mère du requérant, ses trois frères ainsi que son fils né en 2010 résident en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions alors même que Mme E fait l'objet de soins médicaux en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
7. Enfin, les éléments relatifs à l'état de santé de M. N'Goran, postérieurs à la décision contestée, sont sans incidence sur l'admission au séjour de M. N'Goran en tant que conjoint de Français. Ils ne s'opposent pas non plus, en eux-mêmes, en l'absence d'éléments circonstanciés, à ce que le requérant retourne dans son pays d'origine pour solliciter un visa de long séjour. Il pourra, s'il s'y croit fondé, déposer une demande de titre de séjour sur un nouveau fondement.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. N'Goran, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse à M. N'Goran une somme quelconque au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. N'Goran est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B N'Goran et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
M. Ramin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. A
La présidente,
Signé
M. C
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Signé
M. G
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026