mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2103362 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | NOEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 décembre 2021 et le 3 mai 2022,
M. C B, représenté par Me Noël, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2021 par laquelle le maire de Soustons a refusé de reconnaître le caractère professionnel de la maladie dont il est atteint ;
2°) d'enjoindre au maire de Soustons de reconnaître la maladie dont il souffre, imputable au service, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir et ce, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Soustons une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que la commission de réforme a rendu un avis insuffisamment éclairé au regard d'une expertise médicale partielle qui ne s'est pas prononcée sur les critères du tableau n° 97 des maladies professionnelles ;
- elle est entachée d'incompétence négative dès lors que le maire s'est estimé lié par l'avis de la commission de réforme du 22 octobre 2021 sans procéder à sa propre appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, et de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dès lors que sa maladie est directement causée par l'exercice de ses fonctions de jardinier ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dès lors que ses pathologies réunissent l'ensemble des critères fixés par les tableaux n° 97 et n° 98 des maladies professionnelles ; subsidiairement, quand bien même une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, sa maladie a directement été causée par l'exercice de ses fonctions ; à titre infiniment subsidiaire, si sa maladie n'était pas désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale, elle a essentiellement et directement été causée par l'exercice de ses fonctions.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 mars 2022 et le 29 juin 2022, la commune de Soustons, représentée par Me Savary, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, d'une part, que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que la décision attaquée du 28 octobre 2021 ne peut être fondée sur les dispositions de l'article 21 bis de la loi
n° 83-634 du 13 juillet 1983 et, d'autre part, que le tribunal est susceptible de prononcer d'office une injonction au réexamen de la situation de M. B sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, en cas d'annulation de la décision contestée.
Un mémoire en défense présenté pour la commune de Soustons a été enregistré le 10 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;
- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Genty,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Latour, représentant M. B, et de Me Savary, représentant la commune de Soustons.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, adjoint technique principal de deuxième classe, exerçait les fonctions de jardinier au sein des services de la commune de Soustons. Atteint de lombo-sciatalgies chroniques depuis l'année 2015, il a subi une opération chirurgicale le 20 février 2017, mais des lombalgies invalidantes ont persisté. Par un courrier du 31 mars 2021, il a sollicité la reconnaissance de ces lombalgies en maladie professionnelle. Par une décision du 28 octobre 2021, le maire de Soustons a refusé de reconnaître cette maladie comme imputable au service. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ".
4. L'application des dispositions de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 mentionnée au point 2 instituant un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " par insertion dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires d'un article 21 bis, est manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant notamment les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue sous forme de décret en Conseil d'Etat par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 est demeuré applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 10 avril 2019.
5. Par ailleurs, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie est diagnostiquée.
6. Il ressort d'abord, des pièces du dossier, que les lombalgies chroniques dont est atteint M. B ont été diagnostiquées dès l'année 2015, et que le certificat médical initial du docteur A date du 2 juin 2016, soit en tout état de cause antérieurement à l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Il suit de là que seules les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 sont applicables à la situation de l'intéressé. Il résulte ensuite de la décision attaquée que le maire de Soustons a décidé de suivre l'avis de la commission de réforme du 22 octobre 2021, laquelle était défavorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle au regard de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Dans ces conditions, la situation médicale de M. B n'a été appréciée qu'au regard des critères précités du IV de ce même article. Par suite, le maire de Soustons, en n'examinant pas la situation du requérant au regard des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, a méconnu le champ d'application de la loi.
7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans besoin qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête de M. B, la décision du maire de Soustons du 28 octobre 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".
9. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 6 de la décision du maire de Soustons du 28 octobre 2021, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à cette même autorité qu'elle prenne une nouvelle décision, après une nouvelle instruction de la demande de M. B, dans un délai de six mois à compter de la date de sa notification.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Soustons doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire de Soustons du 28 octobre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Soustons de prendre une nouvelle décision, après une nouvelle instruction de la demande de M. B, dans un délai de six mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Soustons versera à M. B une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Soustons.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
M. Diard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
F. GENTY
Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Landes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026