mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2103396 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BEDOURET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 27 décembre 2021, le 28 avril 2022 et le 11 mai 2022, M. E A, représenté par Me Bedouret, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2021 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande d'admission au séjour en qualité d'étudiant, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'arrêté dans son entier :
- il est insuffisamment motivé.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit la condition exigée de disposer d'un contrat de travail ; il ne s'agirait pas de lui accorder un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et alors même qu'il pourrait bénéficier d'un titre de séjour étudiant, il n'exclut pas de travailler en parallèle de ses études, qu'il souhaite poursuivre en apprentissage ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne saurait remettre en cause le principe de séparation des pouvoirs et contester le bien-fondé du jugement ayant décidé son placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance alors que, par ailleurs, son parcours scolaire est cohérent et régulier, tandis que la condition de ressources suffisantes n'est pas exigée par l'alinéa 2 de cet article et qu'il n'a pu s'inscrire auprès d'un établissement d'enseignement supérieur, son autorisation provisoire de séjour expirée n'ayant été renouvelée qu'après la période des inscriptions ;
- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle se fonde sur des motifs inopérants tirés notamment des liens qu'il entretien avec sa famille demeurée en Tunisie ;
- elle méconnaît aussi les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réunit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour " travailleur temporaire " ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est, enfin, entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Bedouret, représentant M. A, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 30 décembre 2001, de nationalité tunisienne, est entré en France le 13 août 2018. Il a déposé, le 30 décembre 2019, une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant et, par arrêté du 9 décembre 2021, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté la demande d'admission au séjour de l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. Lorsqu'il examine l'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. Pour refuser l'admission au séjour à ce titre, le préfet des Hautes-Pyrénées s'est fondé sur ce que, si l'intéressé a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département, après ses seize ans et s'il a suivi une formation en aéronautique et a obtenu un CAP en 2020 puis un baccalauréat professionnel de technicien aérostructure en juin 2021, il aurait toutefois manqué d'investissement au début de sa formation en décembre 2018, ainsi que l'atteste l'assistante sociale de la maison d'enfants Lamon-Fournet, dans un rapport du 23 décembre 2019.
5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A, qui est entré en France le 13 août 2018, à l'âge de 16 ans, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dès le 17 octobre 2018, en exécution d'un jugement du tribunal pour enfants de B. Il a démontré une volonté d'insertion en obtenant un CAP en 2020 et le baccalauréat en 2021 avec une moyenne générale de 11,5/20. Il justifiait, par conséquent, à la date de l'arrêté attaqué, suivre depuis au moins six mois une formation qualifiante. Il ressort des pièces du dossier qu'il est, en outre, éligible au dispositif de la garantie jeune afin d'être accompagné dans le cadre de sa recherche d'apprentissage requis pour la préparation d'un BTS Aéronautique. Par ailleurs, il fournit plusieurs attestations, notamment du service de l'ASE du 17 février 2021 décrivant un jeune homme sociable, autonome, respectant les règles de vie et de fonctionnement de l'établissement où il réside, et un élève sérieux, investi dans sa scolarité, conforté par l'obtention d'une promesse d'embauche.
6. Si le préfet se fonde, également, sur le fait que son maintien en France, de manière irrégulière, révèlerait des manœuvres frauduleuses dès lors qu'il s'est maintenu afin d'obtenir un titre de séjour après que son oncle, résidant régulièrement en France, a cessé de le prendre en charge, en inadéquation avec les notions d'intégration, de respect des valeurs de la République, ces éléments ne sauraient cependant être constitutifs d'une menace pour l'ordre public. Enfin, si le préfet se fonde sur ce que l'intéressé entretient des liens étroits avec toute sa famille qui réside en Tunisie, notamment ses parents, ses frères et sœurs, aucun élément ne permet de démontrer que M. A aurait entretenu le moindre contact avec les membres de sa famille restée dans son pays d'origine et alors d'ailleurs que les dispositions de cet article n'exigent pas que le demandeur soit isolé dans son pays d'origine.
7. Dans ces conditions il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que le préfet des Hautes-Pyrénées a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application des dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer le titre de séjour. Par voie de conséquence, le requérant est également fondé à demander l'annulation des décisions subséquentes portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bedouret, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bedouret de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 9 décembre 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bedouret, avocat de M. A, une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bedouret renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présent jugement sera notifié à M. F, au préfet des Hautes-Pyrénées et à Me Bedouret.
Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Duchesne, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé : M. D
La présidente,
Signé : S. PERDULa greffière,
Signé : M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026