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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200001

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200001

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête du 5 juillet 2021, introduite devant le tribunal administratif de Paris et transmise au tribunal administratif de Pau par ordonnance du 21 décembre 2021, prise en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, et un mémoire enregistré le 27 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Noël, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de la transition écologique et solidaire a refusé de la nommer sur l'emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe (IC1) à compter du 1er janvier 2021 et de l'indemniser des préjudices économiques résultant de ce refus ;

2°) de condamner l'Etat à lui payer une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa réclamation préalable, le 4 mars 2021 ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à sa nomination au grade d'ingénieur en chef premier niveau, à compter du 1er janvier 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision implicite de rejet :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est également entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle remplissait toutes les conditions pour pouvoir être nommée au grade IC1.

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

- en s'abstenant de lui donner des informations quant aux implications de sa nomination au grade d'ingénieur des travaux publics hors classe, notamment sur la perte de son emploi d'IC2 et, donc, de la nouvelle bonification indiciaire de 40 points dont elle bénéficiait à ce titre, le ministre de la transition écologique et solidaire a commis une faute dans la mauvaise gestion de sa carrière de nature à engager sa responsabilité ;

- l'administration était tenue de l'informer spontanément des conséquences financières de cet avancement de grade sur sa situation, comme l'exige la directive (UE) 2019/1152 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2019 relative à des conditions de travail transparentes et prévisibles dans l'Union européenne, l'article L. 115-7 du CGFP créé par la loi n° 2023-171 du 3 mars 2023, transposant cette directive pour les agents publics, et le décret n° 2023-845 du 30 août 2023 pris pour son application ;

- en s'abstenant de prendre les mesures de nature à ce que son poste soit intégré sur la liste prévue par l'arrêté du 30 mars 2020 fixant la liste des emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er et du 2e groupe, il a également commis une faute ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice professionnel et économique qui sera réparé par le versement d'une somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et de la mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les deux moyens dirigés contre la décision implicite de rejet sont, à titre principal, inopérants dès lors que l'administration était en situation de compétence liée pour rejeter la demande de la requérante et, à titre subsidiaire, infondés ;

- aucune faute ne peut être reprochée à l'administration ;

- le préjudice financier dont se prévaut la requérante n'est pas caractérisé.

Par une ordonnance du 27 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 14 juin 2024 à 12h00.

Un mémoire présenté par le ministre de la transition écologique et de la mer a été enregistré le 5 juin 2024.

Des pièces complémentaires présentées pour Mme A ont été enregistrées le 13 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2005-632 du 30 mai 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Noel représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, admise à faire valoir ses droits à la retraite et radiée des cadres à compter du 1er novembre 2022, était fonctionnaire de l'Etat dans le corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat (ITPE). A compter du 1er janvier 2014, elle a été nommée sur l'emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 2ème groupe (IC2) en qualité de " consultant senior en accompagnement du changement " à la délégation au coaching et à l'accompagnement du changement du service du pilotage et de l'évolution des services (SPES), devenu service de la transformation ministérielle et de l'animation du réseau (STMAR), au sein du secrétariat général du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Mme A a présenté deux candidatures au titre de l'année 2019, d'une part, à un avancement au grade d'ingénieur des travaux publics de l'Etat hors classe (ITPE HC) et, d'autre part, à un emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe (IC1). Inscrite au tableau d'avancement des ITPE HC au titre de l'année 2019, elle a été promue à compter du 1er janvier 2019, par un arrêté du ministre du 23 mai 2019. Par un arrêté du 21 août 2019, la ministre de la transition écologique et solidaire a modifié sa situation dans les conditions suivantes : fin de la prise en charge de Mme A sur l'emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics et réintégration dans son corps d'origine à compter du 1er janvier 2019. Cet arrêté a également mis fin à la nouvelle bonification indiciaire (NBI) de 40 points dont elle bénéficiait au titre de cet emploi fonctionnel. Par un courrier du 1er mars 2021, elle a demandé à être nommée sur l'emploi fonctionnel d'IC1 à compter du 1er janvier 2020 et de procéder au rattrapage de sa NBI à compter de cette date mais aucune réponse ne lui est parvenue. Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet et la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la situation de compétence liée :

2. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-632 du 30 mai 2005 relatif aux conditions de nomination et d'avancement dans les emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe et du 2e groupe : " Il est créé deux catégories d'emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat : ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe et ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 2e groupe. Les conditions de nomination et d'avancement dans les emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe et d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 2e groupe sont fixés par le présent décret. / La liste des fonctions exercées respectivement par les ingénieurs en chef du 1er et du 2e groupe est fixée par arrêté du ministre chargé de l'équipement. / Le nombre respectif d'emplois de chacun des groupes est fixé par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Les ministères concernés sont, notamment, ceux chargés de l'emploi et de la solidarité, de la santé, de la justice, de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, de l'intérieur, des affaires étrangères, de l'économie, des finances et de l'industrie, de la culture, de l'environnement, de la fonction publique et de la jeunesse et des sports ou des établissements publics placés sous la tutelle de ces ministres. ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Les ingénieurs en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe exercent des fonctions de direction ou d'autres fonctions comportant des responsabilités supérieures en terme d'encadrement, ou d'expertise de haut niveau, en administration centrale, dans les services à compétence nationale, dans les services déconcentrés du ministère chargé de l'équipement et des transports et dans les établissements publics placés sous sa tutelle, ainsi que dans les ministères et dans les établissements publics mentionnés à l'article 1er. " Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Peuvent être nommés, dans l'emploi d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe, les ingénieurs divisionnaires des travaux publics de l'Etat ayant atteint depuis au moins un an et six mois le 3e échelon de leur grade. " Enfin, selon l'article 7 de ce décret : " Les ingénieurs divisionnaires des travaux publics de l'Etat détachés sur un emploi d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 2e groupe au jour de leur nomination dans l'emploi d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe sont classés à l'échelon comportant un indice immédiatement supérieur à celui détenu dans leur emploi. Ils conservent dans la limite du temps nécessaire pour le passage à l'échelon supérieur l'ancienneté qu'ils avaient acquise dans leur emploi. ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision implicite en litige, Mme A était titulaire du grade d'ingénieur des travaux publics hors classe de l'Etat depuis le 1er janvier 2019 et ne remplissait ainsi pas les conditions définies à l'article 4 du décret n° 2005-632 du 30 mai 2005 relatif aux conditions de nomination et d'avancement dans les emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe et du 2e groupe précité. Dans ces conditions, l'administration était tenue de rejeter sa demande de nomination sur l'emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe, à compter du 1er janvier 2020 et était, par conséquent, en situation de compétence liée. Par suite, l'ensemble des moyens dirigés contre la décision implicite de rejet doivent être écartés comme inopérants.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de la transition écologique et solidaire a refusé sa nomination sur l'emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe, à compter du 1er janvier 2020.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

5. A supposer que Mme A ait été incitée par sa hiérarchie à solliciter sa promotion sur le nouveau grade, aucune disposition n'impose à l'administration d'informer les agents des conséquences financières d'une candidature à l'avancement. A cet égard, il résulte de l'instruction qu'elle n'a formulé aucune demande en ce sens avant sa candidature à l'avancement de grade et qu'elle a ensuite été reçue, par les services de la direction des ressources humaines de son administration, le 15 janvier 2020. Il résulte également de l'instruction que sa hiérarchie l'a tenue informée de l'avancée de la situation, notamment en rapport avec la labellisation de son poste. Par ailleurs, à la supposer avérée, la circonstance que l'administration n'aurait pas accompli toutes les diligences nécessaires pour que le poste de " consultant senior en accompagnement du changement " soit inséré au sein de la liste prévue par l'arrêté du 30 mars 2020, ne saurait révéler une faute de l'administration d'autant que Mme A était titulaire du grade d'ingénieur des travaux publics hors classe de l'Etat depuis le 1er janvier 2019 et ne remplissait ainsi pas les conditions définies à l'article 4 du décret n° 2005-632 du 30 mai 2005 relatif aux conditions de nomination et d'avancement dans les emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe et du 2e groupe. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'indemnisation de Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation présentées par la requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

M. Roussel Cera, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La rapporteure,

E. PORTES

La présidente,

F. MADELAIGUE

La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

N°2200001

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