vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200036 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | SCPA COUDEVYLLE-LABAT-BERNAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 janvier 2022 et 27 février 2023, M. C G, agissant en qualité de tuteur de Mme K G, majeure protégée, représentée par Me Menahourna, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande d'autorisation de résiliation partielle d'un bail rural pour changement de destination agricole, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le principe du contradictoire lors de l'instruction de sa demande n'a pas été respecté par la préfecture, entachant d'irrégularité la procédure suivie, en méconnaissance des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que l'arrêté attaqué constitue une décision individuelle défavorable refusant une autorisation ; l'avis de la commission consultative paritaire départementale des baux ruraux se fonde sur le rapport partisan rendu par deux de ses membres à la suite d'un déplacement sur les lieux en cause, sans sa présence mais en présence de M. I, preneur, de sorte que, contrairement à ce qu'allègue le préfet, la mise en œuvre d'une procédure contradictoire aurait pu changer le sens de sa décision ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'irrégularité compte tenu de ce qu'elle s'appuie sur la situation de l'exploitation agricole à responsabilité limitée Biskartia et non de celle du preneur, M. I alors que ce dernier ne l'a jamais avisé d'une éventuelle mise à disposition des biens loués à cette société, ni n'a sollicité son agrément en vue de faire apport de son droit au bail à cette société comme l'exigent les articles L. 411-37 et L. 411-38 du code rural et de la pêche maritime ; c'est au mépris des dispositions d'ordre public du code rural et de la pêche maritime que l'exploitation agricole Biskartia exploite à ce jour les biens lui appartenant de sorte que la situation de cette société concernant les biens loués à M. I est irrégulière ; le préfet ne peut prendre en compte la situation irrégulière de cette société pour fonder l'arrêté contesté ;
- elle ne respecte pas l'autorité de la chose jugée du jugement définitif du tribunal du 15 septembre 2020 ayant rejeté la requête de M. I aux fins d'annulation de l'arrêté du 19 février 2018 portant approbation de la carte communale de la commune de Gabat, dont le classement en zone partiellement constructible de la parcelle cadastrée section ZK n° 4 ; le manque de cohérence de l'administration entre ces deux litiges constitue une inégalité de traitement qui lui cause préjudice ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant l'impact de la résiliation partielle du bail litigieux pour M. I dès lors que, d'une part, seule la démonstration d'une atteinte grave ou excessive de nature à remettre en cause l'équilibre de l'exploitation du preneur est susceptible de fonder une décision de refus d'autorisation de résiliation et que, d'autre part, le préfet ne caractérise pas l'atteinte excessive à l'exploitation de M. I en cas de résiliation partielle de son bail.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 28 novembre 2022 et 9 mai 2023, M. B I et l'exploitation agricole à responsabilité limitée Biskartia, représentés par Me Bernal, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 200 euros à verser à M. I sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire et le moyen selon lequel l'arrêté attaqué violerait l'autorité de la chose jugée sont inopérants. Ils soutiennent que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 28 novembre 2022 et 4 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen selon lequel l'arrêté attaqué violerait l'autorité de la chose jugée ainsi que le moyen selon lequel l'exploitation agricole Biskartia serait dans une situation irrégulière à défaut d'information du bailleur par le preneur de la mise à disposition des biens loués à cette société ou de demande d'agrément en vue de faire apport de son droit au bail à cette société sont inopérants. Il soutient que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Bernal, représentant M. I et l'exploitation agricole à responsabilité limitée Biskartia.
Considérant ce qui suit :
1. Mme K G est propriétaire d'une propriété agricole dénommée Etcheparia, située dans la commune de Gabat, dans le département des Pyrénées-Atlantiques, comprenant des bâtiments d'exploitation et des terres de diverses natures, pour une surface totale de 16 hectares, 16 ares et 20 centiares. Ces parcelles sont exploitées par bail rural du 22 octobre 1985 par M. B I, chef d'exploitation à titre principal ainsi que gérant et associé exploitant unique de l'exploitation agricole à responsabilité limitée Biskartia. Par arrêté du 19 février 2018, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a approuvé la carte communale de Gabat, dont le document graphique classe en zone constructible une partie du terrain situé sur la parcelle section ZK n° 4 représentant une surface d'environ 8 925 m² appartenant à Mme G et louée par M. I. Par courrier du 17 mars 2021, Mme G a demandé au préfet des Pyrénées-Atlantiques l'autorisation de résiliation partielle du bail rural conclu avec M. I pour changement de destination agricole de la parcelle section ZK n° 4 pour une superficie de 8 925 m². Par arrêté du 12 juillet 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté la demande de Mme G. Par courrier réceptionné le 10 septembre 2021, Mme G a présenté un recours administratif contre cet arrêté, lequel est resté sans réponse. Mme G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande d'autorisation de résiliation partielle d'un bail rural pour changement de destination agricole, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le respect du principe du contradictoire :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 411-32 du code rural et de la pêche maritime : " Le propriétaire peut, à tout moment, résilier le bail sur des parcelles dont la destination agricole peut être changée et qui sont situées en zone urbaine en application d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. / En l'absence d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ou, lorsqu'existe un plan local d'urbanisme, en dehors des zones urbaines mentionnées à l'alinéa précédent, le droit de résiliation ne peut être exercé sur des parcelles en vue d'un changement de leur destination agricole qu'avec l'autorisation de l'autorité administrative. / La résiliation doit être notifiée au preneur par acte extrajudiciaire, et prend effet un an après cette notification qui doit mentionner l'engagement du propriétaire de changer ou de faire changer la destination des terrains dans le respect d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, s'il en existe, au cours des trois années qui suivent la résiliation. / Lorsque l'équilibre économique de son exploitation est gravement compromis par une résiliation partielle, le preneur peut exiger que la résiliation porte sur la totalité du bien loué. / Le preneur est indemnisé du préjudice qu'il subit comme il le serait en cas d'expropriation. Il ne peut être contraint de quitter les lieux avant l'expiration de l'année culturale en cours lors du paiement de l'indemnité qui peut lui être due, ou d'une indemnité prévisionnelle fixée, à défaut d'accord entre les parties, par le président du tribunal paritaire statuant en référé. ". Aux termes de l'article D. 411-9-12-2 du même code : " La décision administrative prévue à l'article L. 411-32 est prise par le préfet du département après avis de la commission consultative départementale des baux ruraux. ". Aux termes de l'article R. 414-1 du même code : " La commission consultative paritaire départementale des baux ruraux mentionnée à l'article L. 411-11 se réunit à la diligence du préfet du département chaque fois que le règlement des affaires de sa compétence l'exige ou que le préfet estime devoir la consulter. / Elle comprend, outre le préfet ou son représentant, qui la préside : 1° Le directeur départemental des territoires, ou le cas échéant, des territoires et de la mer ou son représentant ; 2° Le président de la chambre départementale d'agriculture ou son représentant ; 3° Un représentant de chacune des organisations syndicales d'exploitants agricoles à vocation générale habilitées en application de l'article R. 514-37 ; 4° Le président de l'organisation départementale des bailleurs de baux ruraux affiliée à l'organisation nationale la plus représentative ou son représentant ; le président de cette organisation ayant la faculté de renoncer à faire partie de la commission, auquel cas siège le président de l'organisation départementale de la propriété agricole affiliée à l'organisation nationale la plus représentative ou son représentant ; 5° Le président de l'organisation départementale des fermiers et des métayers affiliée à l'organisation nationale la plus représentative ou son représentant ; 6° Le président de la chambre départementale des notaires ou son représentant ; 7° Des représentants titulaires des bailleurs non preneurs et des preneurs non bailleurs, désignés, dans le ressort de chaque tribunal paritaire des baux ruraux, par le préfet selon les modalités prévues à l'article R. 414-3 et dans les conditions suivantes : a) Lorsque le département comporte un seul tribunal paritaire, ces représentants désignés sont au nombre de six bailleurs et de six preneurs ; b) Lorsque le département comporte deux tribunaux paritaires, ces représentants désignés sont au nombre de trois bailleurs et de trois preneurs par ressort de tribunal ; c) Lorsque le département comporte trois tribunaux paritaires, ces représentants désignés sont au nombre de deux bailleurs et de deux preneurs par ressort de tribunal ; d) Lorsque le département comporte quatre tribunaux paritaires ou plus, ces représentants désignés sont au nombre d'un bailleur et d'un preneur par ressort de tribunal. / Il est désigné autant de suppléants que de titulaires. / Si l'existence du métayage le rend nécessaire, il est créé par le préfet deux sections égales ; l'une pour les bailleurs et les preneurs à ferme, l'autre pour les bailleurs et les preneurs à métayage entre lesquelles les intéressés sont répartis. / Dans ce cas, le nombre des représentants des bailleurs non preneurs et des preneurs non bailleurs désignés par ressort de tribunal est doublé. Ces sections sont convoquées séparément pour les affaires entrant dans leurs attributions. / Seuls les membres ainsi désignés ont voix délibérative. / Le secrétariat de la commission est assuré par la direction départementale des territoires ou, le cas échéant, des territoires et de la mer. / En cas d'absence du préfet et de son représentant, le directeur départemental des territoires ou, le cas échéant, des territoires et de la mer ou son représentant préside la commission. " Aux termes de l'article R. 414-3 du même code : " Les représentants des preneurs non bailleurs et des bailleurs non preneurs membres de la commission consultative paritaire départementale des baux ruraux sont désignés au plus tard un mois après la désignation des membres assesseurs des tribunaux paritaires des baux ruraux. / Les représentants des preneurs non bailleurs sont désignés par le préfet sur proposition des organisations syndicales d'exploitants agricoles représentatives dans le département au sens de l'article R. 514-37. Les représentants des bailleurs non preneurs sont désignés par le préfet sur proposition des organisations représentatives des propriétaires agricoles dans le département. / Ces représentants doivent remplir les conditions d'antériorité professionnelle prévues au dernier alinéa de l'article L. 492-2. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ".
4. L'autorisation prévue par l'article L. 411-32 du code rural et de la pêche maritime, qui détermine les conditions dans lesquelles le propriétaire peut modifier un bail agricole en vue de donner une autre utilisation à un terrain, a pour effet de priver le preneur du droit d'exploiter les parcelles dont le bailleur entend changer la destination. Avant de la délivrer, il appartient au préfet de s'assurer que la résiliation du bail ne porte pas une atteinte excessive à la situation du preneur. Conformément au principe général des droits de la défense, la décision ne peut légalement intervenir sans que le preneur ait été mis en mesure de présenter ses observations. En revanche, l'autorisation préfectorale de résilier un bail, prise après avis de la commission consultative des baux ruraux en application de l'article L. 411-32 du code rural et de la pêche maritime, n'entre dans aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 17 mars 2021, Mme G a demandé au préfet des Pyrénées-Atlantiques l'autorisation de résiliation partielle du bail rural conclu avec M. I pour changement de destination agricole de la parcelle section ZK n° 4 pour une superficie de 8 925 m². Après avoir recueilli les observations de M. I, preneur, et après une visite sur les lieux de deux de ses membres, la commission consultative paritaire départementale des baux ruraux a donné un avis défavorable à l'unanimité, le 8 juillet 2021, à la résiliation partielle du bail demandé par la requérante. Dans ces conditions, le principe général des droits de la défense a été respecté dès lors que l'arrêté attaqué constituant une décision prise en considération de la personne et non une décision individuelle défavorable au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, il n'incombait pas au préfet, ni à la commission de recueillir les observations du bailleur en réponse à celles du preneur avant de prendre toute décision. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la circonstance que les deux membres de la commission qui ont procédé à la visite de l'exploitation soient membres, à l'instar de M. I, de la fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA), conformément aux dispositions de l'article R. 414-1 du code rural et de la pêche maritime précité prévoyant la présence de représentants syndicaux au sein de cette commission, ait entaché d'irrégularité la procédure devant la commission. En tout état de cause, Mme G ne saurait se prévaloir de la méconnaissance du principe du contradictoire prévu notamment par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la décision attaquée a été prise en réponse à sa propre demande et est prise à la suite d'une procédure qui échappe au champ d'application de cet article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :
6. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 11 février 2021, publié le 12 février suivant au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet de ce département a donné délégation à M. D A, directeur départemental des territoires et de la mer des Pyrénées-Atlantiques et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les actes et décisions relatifs aux autorisations de résiliation de baux ruraux. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente manque en fait.
En ce qui concerne la méconnaissance des articles L. 411-37 et L. 411-38 du code rural et de la pêche maritime :
7. Aux termes de l'article L. 411-37 du code rural et de la pêche maritime : " I.-Sous réserve des dispositions de l'article L. 411-39-1, à la condition d'en aviser le bailleur au plus tard dans les deux mois qui suivent la mise à disposition, par lettre recommandée, le preneur associé d'une société à objet principalement agricole peut mettre à la disposition de celle-ci, pour une durée qui ne peut excéder celle pendant laquelle il reste titulaire du bail, tout ou partie des biens dont il est locataire, sans que cette opération puisse donner lieu à l'attribution de parts. Cette société doit être dotée de la personnalité morale ou, s'il s'agit d'une société en participation, être régie par des statuts établis par un acte ayant acquis date certaine. Son capital doit être majoritairement détenu par des personnes physiques. / L'avis adressé au bailleur mentionne le nom de la société, le tribunal de commerce auprès duquel la société est immatriculée et les parcelles que le preneur met à sa disposition. Le preneur avise le bailleur dans les mêmes formes du fait qu'il cesse de mettre le bien loué à la disposition de la société ainsi que de tout changement intervenu dans les éléments énumérés ci-dessus. Cet avis doit être adressé dans les deux mois consécutifs au changement de situation. / Le bail ne peut être résilié que si le preneur n'a pas communiqué les informations prévues à l'alinéa précédent dans un délai d'un an après mise en demeure par le bailleur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. La résiliation n'est toutefois pas encourue si les omissions ou irrégularités constatées n'ont pas été de nature à induire le bailleur en erreur. () ". Aux termes de l'article L. 411-38 du même code : " Le preneur ne peut faire apport de son droit au bail à une société civile d'exploitation agricole ou à un groupement de propriétaires ou d'exploitants qu'avec l'agrément personnel du bailleur et sans préjudice du droit de reprise de ce dernier. / Les présentes dispositions sont d'ordre public. ".
8. Mme G ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance, non établie au demeurant, des articles L. 411-37 et L. 411-38 du code rural et de la pêche maritime dès lors que ces formalités sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, lequel doit prendre en compte la situation objective du preneur. Or, il n'est pas contesté que la parcelle en litige est exploitée par le preneur, M. I, en sa qualité de gérant de l'exploitation agricole Biskartia. En tout état de cause, il n'est pas non plus contesté que les démarches requises par l'article L. 411-37 du code rural et de la pêche maritime ont été entreprises par Mme L I, mère de M. I, afin de mettre les parcelles louées à la famille G à la disposition du groupement agricole d'exploitation en commun Biskartia, devenu l'exploitation agricole à responsabilité limitée Biskartia à sa reprise par M. I. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 411-37 et L. 411-38 du code rural et de la pêche maritime ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la violation de l'autorité de la chose jugée :
9. Aux termes de l'article 1355 du code civil : " L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que par jugement du 15 septembre 2020 n° 1801103, le tribunal a rejeté la requête par laquelle M. I lui avait demandé d'annuler l'arrêté du 19 février 2018 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a approuvé la carte communale de la commune de Gabat. Cette instance opposait M. I au préfet des Pyrénées-Atlantiques, à la commune de Gabat et à la communauté d'agglomération Pays Basque. Il n'y a donc pas d'identité de chose demandée et de cause, ni d'identité des parties entre cette instance et la présente instance par laquelle Mme K G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande d'autorisation de résiliation partielle d'un bail rural pour changement de destination agricole. Par ailleurs, la circonstance que le préfet des Pyrénées-Atlantiques ait approuvé la carte communale de la commune de Gabat puis ait rejeté la demande d'autorisation de résiliation partielle d'un bail rural situé au sein de cette commune ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme une inégalité de traitement dont Mme G aurait été victime. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à opposer le respect de l'autorité de la chose jugée issue de ce jugement dans le cadre de la présente instance.
En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :
11. En vertu des dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article L. 411-32 du code rural et de la pêche maritime, lorsque des parcelles mises à bail sont situées en dehors d'une zone urbaine en application d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou en l'absence de tels documents, le propriétaire ne peut résilier le bail agricole afin de changer la destination des parcelles qu'après avoir obtenu l'autorisation de l'autorité administrative. Il résulte d'une jurisprudence constante qu'il appartient à cette autorité, saisie d'une demande d'autorisation de résiliation d'un bail sur le fondement de ces dispositions, de s'assurer, sous le contrôle du juge administratif, d'une part, que la parcelle en cause peut, au regard de la règlementation en vigueur et des caractéristiques du projet, faire l'objet de la modification de destination souhaitée par le bailleur et, d'autre part, que la résiliation ne porte pas une atteinte excessive à la situation du preneur.
12. Saisi d'un recours dirigé contre la décision par laquelle le préfet a autorisé, en application de l'article L. 411-32 du code rural, la résiliation d'un bail rural par le propriétaire d'une parcelle en vue du changement de sa destination agricole, le juge de l'excès de pouvoir vérifie, en s'en tenant à un contrôle restreint, si la résiliation porte une atteinte excessive à l'équilibre de l'exploitation du preneur.
13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la propriété dénommée " Etcheparia " est exploitée par la famille I depuis 1947. Par acte notarié reçu le 22 octobre 1985, M. F G et son épouse Mme J G ont donné à M. H I et son épouse Mme L I bail à long terme, lequel a été cédé à M. B I. Après remembrement, la propriété est constituée de cinq parcelles cadastrées sections ZD 19, ZH 14, ZI 3, ZK 1 et ZK 4, d'une superficie globale de 16 hectares 16 ares et 20 centiares et comporte également des bâtiments d'exploitation. M. I, gérant de l'exploitation agricole Biskartia, exploite depuis 1999 une superficie de 34 hectares et 62 ares en cultivant du maïs consommation, du maïs semences et des surfaces fourragères et en élevant un troupeau de bovins Blonde d'Aquitaine comportant cinquante mères. La surface de 8 925 m² en litige est située sur la parcelle cadastrée section ZK 4, qui est une parcelle en prairie, assez plate et classée partiellement en zone constructible de la carte communale approuvée par délibération de la communauté d'agglomération Pays-Basque du 16 décembre 2017 et par arrêté préfectoral du 19 février 2018. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci est fondé d'une part, sur le fait que la surface de 8 925 m² de la parcelle section ZK 4 " est indispensable pour la conduite de l'activité élevage, seule parcelle en herbe autour de la stabulation, et seul accès direct au pâturage depuis la stabulation. Le terrain est consacré à un épandage agricole lié à l'activité élevage du preneur en place, nécessitant de nouvelles conditions d'épandage et une nouvelle zone de recul par rapport aux futures habitations. Le terrain est également traversé par un réseau d'irrigation dont la canalisation alimente les surfaces en maïs semence de l'exploitation agricole à responsabilité limitée, et dessert également d'autres terrains agricoles irrigués " et d'autre part sur le fait que " Considérée comme bâtiment d'exploitation, selon les clauses du bail rural établi le 22/10/1985, le projet de réhabilitation [de la maison " Etxeparia "] va priver le preneur en place d'un bâtiment de stockage de matériel et de marchandises agricoles. La conduite de l'activité bovins allaitants va être impactée considérant le manquement au principe de réciprocité (la stabulation présente sur la parcelle ZK 23 est située à moins de 100 mètres et le chemin d'accès aux bâtiments de l'exploitation agricole à responsabilité limitée est attenant à la maison " Etxeparia "), qui peut engendrer des conflits d'usage entre l'exploitant et les futurs résidents. ". Il s'ensuit qu'en considérant que devait être rejetée la demande d'autorisation de résiliation du bail portant sur la surface de 8 925 m², correspondant certes à environ 2,6 % de la surface cultivée par M. I, mais constituant une surface indispensable au fonctionnement de l'exploitation en raison de ses caractéristiques d'enherbement, de sa fonction pour l'élevage des bovins et de la présence d'un bâtiment d'exploitation servant de bâtiment de stockage de matériel et de marchandises, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Une telle autorisation aurait porté une atteinte excessive à l'équilibre de l'exploitation du preneur, dont il n'est pas établi qu'il n'utiliserait pas cette superficie de prairie et son bâtiment d'exploitation pour son activité agricole et d'élevage. Il n'est pas établi non plus que l'utilisation d'autres parcelles de l'exploitation, telle que préconisée par la requérante, permettrait de remplir les fonctions actuelles dans la surveillance et l'alimentation des bovins du troupeau. La circonstance que la communauté d'agglomération Pays Basque et le préfet des Pyrénées-Atlantiques aient partiellement rendu constructible la parcelle section ZK 4 en litige est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que ces autorités ont fait application d'une législation distincte de celle dont relève l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait entaché d'erreur manifeste d'appréciation l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme G demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. I et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.
Article 2 : Mme G versera à M. I la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C G, agissant en qualité de tuteur de Mme K G, à M. B I, à l'exploitation agricole à responsabilité limitée Biskartia, et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
Z. CORTHIER
La présidente,
Signé
M. SELLES
La greffière,
Signé
M. E
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026