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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200082

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200082

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantPICARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2022, M. A E, représenté par Me Picard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 24 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de recréditer le permis de conduire de trois points, et ce, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice subi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'amende du 28 mai 2021 ne lui a pas été notifiée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence d'une demande indemnitaire préalable

- les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 7 février 2024 à 14 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 24 novembre 2023, le ministre de l'intérieur a notifié à M. E l'ensemble des retraits de points successivement opérés à la suite des infractions relevées à son encontre, et notamment le retrait de trois points consécutifs à l'infraction commise le 28 mai 2021 à Merlines, et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 28 janvier 2020, régulièrement publiée le 31 janvier 2020 au journal officiel, modifiant la décision du 3 mai 2017 portant délégation à la sécurité routière, délégation a été donnée à Mme C B, cheffe du bureau national des droits à conduire, pour signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés, décisions et correspondances courantes dans les limites des attributions de la sous-direction de l'éducation routière et du permis de conduire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision 48 SI du 24 novembre 2021 informe M. E du lieu, de la date et de l'heure de la dernière infraction commise et de la perte de points qu'elle a entraîné, ainsi que de l'application de la procédure d'amende forfaitaire. Elle mentionne notamment l'article L. 223-1 du code de la route selon lequel " Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité " et précise que la réalité de l'infraction a été établie, conformément audit article, par le paiement de l'amende forfaitaire. Ladite décision, qui énonce ainsi les considérations de droit et de fait en constituant le fondement, est régulièrement motivée.

5.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé du retrait de points qu'il est susceptible d'encourir, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Ces mentions figurent sur le formulaire qui lui est communiqué. / Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

6. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, sont sans influence sur la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que, dans la décision procédant au retrait des derniers points, elle récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur, qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Le moyen doit dès lors être écarté comme inopérant.

7. En quatrième lieu, la délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

8. L'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit, dans son II, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issu d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ".

9. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

10. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. E que l'infraction relevée à son encontre le 28 mai 2021 a été constatée par un appareil électronique sécurisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur verse au dossier le procès-verbal permettant de constater que le requérant a apposé sa signature au bas des mentions contenant l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il s'ensuit que le vice de procédure soulevé à l'encontre de la décision de retrait de trois points afférente à cette infraction manque en fait. Par suite, le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être également écartés.

11. Il résulte de toute ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. E n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions que ce dernier présente aux fins d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

13.Il ne résulte pas de l'instruction que les conclusions indemnitaires de M.E auraient été précédées d'une réclamation préalable. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense par le ministre de l'intérieur doit être accueillie.

Sur les frais liés au litige :

14. L'Etat n'ayant pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à sa charge la somme dont M. E demande le versement au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

S.YNIESTA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

No 2200082

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