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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200096

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200096

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSELARL DE GINESTET DE PUIVERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 janvier 2022 et 22 décembre 2022, M. D E, représenté par Me de Ginestet, demande au tribunal d'annuler, d'une part, la décision du 22 octobre 2021 par laquelle la présidente de la communauté de communes Coteaux et Vallées des Luys a délégué le droit de préemption urbain à la commune d'Amou en ce qui concerne la déclaration d'intention d'aliéner (DIA) du 4 octobre 2021 de la parcelle section AB n° 362, située au lieu-dit " Bourg " à Amou, et, d'autre part, la délibération du 26 octobre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Amou a décidé d'exercer le droit de préemption urbain de la commune sur le bien situé sur cette parcelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées n'ont pas été signées par les autorités compétentes ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ; le compromis de vente signé avec M. B pour l'acquisition de la parcelle fait échec au droit de préemption urbain.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, la commune d'Amou, représentée par Me Lonné, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et demande au tribunal de mettre à la charge du requérant la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête ne contient aucun moyen susceptible d'être examiné ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 août 2023, la clôture d'instruction a été prise au 15 novembre 2023, à 12h00.

Un mémoire présenté pour la commune d'Amou a été enregistré le 13 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- et les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire de la parcelle cadastrée section AB n° 362, située au lieu-dit " Bourg " à Amou (40330). Il a conclu un compromis de vente avec M. E et, la parcelle étant soumise au droit de préemption urbain de la commune, le notaire chargé de la cession a adressé au maire d'Amou la déclaration d'intention d'aliéner, dont il a été accusé réception, le 4 septembre 2021. Ce dernier a retourné la déclaration d'intention d'aliéner revêtue de la mention selon laquelle la commune avait l'intention d'exercer son droit de préemption sur cette parcelle. Par une décision du 22 octobre 2021, la présidente de la communauté de communes Coteaux et Vallées des Luys a délégué le droit de préemption urbain à la commune d'Amou concernant cette parcelle. Par une délibération du 26 octobre suivant, le conseil municipal d'Amou a décidé d'exercer le droit de préemption urbain de la commune sur cette parcelle. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler la décision du 22 octobre 2021 et la délibération du 26 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan, dans les périmètres de protection rapprochée de prélèvement d'eau destinée à l'alimentation des collectivités humaines définis en application de l'article L. 1321-2 du code de la santé publique, dans les zones et secteurs définis par un plan de prévention des risques technologiques en application de l'article L. 515-16 du code de l'environnement, dans les zones soumises aux servitudes prévues au II de l'article L. 211-12 du même code, sur tout ou partie des espaces urbains et des secteurs occupés par une urbanisation diffuse délimités conformément aux articles L. 5112-1 et L. 5112-2 du code général de la propriété des personnes publiques, ainsi que sur tout ou partie de leur territoire couvert par un plan de sauvegarde et de mise en valeur rendu public ou approuvé en application de l'article L. 313-1 du présent code lorsqu'il n'a pas été créé de zone d'aménagement différé ou de périmètre provisoire de zone d'aménagement différé sur ces territoires. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Lorsque la commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale y ayant vocation, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer tout ou partie des compétences qui lui sont attribuées par le présent chapitre. / Toutefois, la compétence d'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, d'un établissement public territorial créé en application de l'article L. 5219-2 du code général des collectivités territoriales, () emporte leur compétence de plein droit en matière de droit de préemption urbain. () " Aux termes de celles de l'article L. 211-3 du même code : " Le titulaire du droit de préemption peut déléguer son droit à l'Etat, à une collectivité locale, à un établissement public y ayant vocation ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement. Cette délégation peut porter sur une ou plusieurs parties des zones concernées ou être accordée à l'occasion de l'aliénation d'un bien. Les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 213-1 de ce code : " La délégation du droit de préemption prévue par l'article L. 213-3 résulte d'une délibération de l'organe délibérant du titulaire du droit de préemption. / Cette délibération précise, le cas échéant, les conditions auxquelles la délégation est subordonnée. () ".

3. Par une décision du 22 octobre 2021, la présidente de la communauté de communes Coteaux et Vallées des Luys a délégué le droit de préemption urbain à la commune d'Amou concernant la parcelle cadastrée section AB n° 362 pour laquelle une déclaration d'intention d'aliéner du 4 octobre 2021 a été reçue. Il ressort, à cet égard, des visas de cette décision que les statuts de la communauté de communes Coteaux et Vallées des Luys ont été modifiés par un arrêté préfectoral du 16 octobre 2015, et qu'elle est devenue compétente notamment en matière d'élaboration de plan local d'urbanisme, ce qui a eu pour effet d'entrainer sa compétence de plein droit en matière d'exercice du droit de préemption urbain, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code de l'urbanisme. Il en ressort également que, par une délibération du conseil communautaire du 9 juillet 2020, la communauté de communes Coteaux et Vallées des Luys a délégué le droit de préemption urbain à la présidente de cet établissement public de coopération intercommunal et l'a autorisée, à son tour, à l'occasion de l'aliénation d'un bien dans les conditions définies au 1er alinéa de l'article R. 213-1 du code de l'urbanisme, à déléguer l'exercice de ce droit. Cette décision est signée par Mme Christine Fournadet, présidente de la communauté de communes Coteaux et Vallées des Luys. Par ailleurs, la délibération par laquelle le conseil municipal de la commune d'Amou a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur le bien de la parcelle cadastrée section AB n° 362 est signée par Mme C A, maire de la commune d'Amou. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces deux actes ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

6. Il ressort des termes mêmes de la délibération du 26 octobre 2021 par laquelle le conseil municipal d'Amou a décidé de préempter la parcelle ici en cause, que cette préemption doit contribuer " à réaliser des équipements publics de stationnement végétalisés au service de la population afin notamment de : - permettre le stationnement des parents d'élèves de l'école Jeanne d'Arc () ; - sécuriser le virage sis à l'entrée du village en amont de l'école ; - créer du stationnement pour permettre le projet de réhabilitation immobilière et la création de logements à caractère sociaux ; - améliorer l'accessibilité de la rue Panecau et du chemin de Ronde ; - d'accompagner le projet de réhabilitation du centre-bourg (). ". Ainsi, la commune d'Amou justifie, en tout état de cause, de la réalité, à la date des décisions attaquées, d'un projet d'aménagement urbain, conformément aux dispositions précitées des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme.

7. Dans ces conditions, la décision du 22 octobre 2021 par laquelle la présidente de la communauté de communes Coteaux et Vallées des Luys a délégué le droit de préemption urbain à la commune d'Amou et la délibération du 26 octobre 2021 par laquelle le conseil municipal a décidé d'exercer le droit de préemption urbain de la commune sur cette parcelle, décisions qui ne sauraient être mises en échec par le compromis de vente signé entre le requérant et M. B, ne sont pas entachées d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 octobre 2021 et de la délibération du 26 octobre 2021.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L.761- 1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de M. E une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Amou et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : M. E versera à la commune d'Amou une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la commune d'Amou.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

signé

E. PORTES

La présidente,

signé

S. PERDU La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

N° 220096

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