jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200105 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 2 |
| Avocat requérant | SCP TUCOO-CHALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Tucoo-Chala, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de 5 mois.
Il soutient que :
- en l'absence de délégation de signature régulière, la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 221-13 du code de la route, dès lors qu'elle ne précise ni la nature des examens médicaux auxquels il doit se soumettre ni le délai aux termes duquel ils doivent être réalisés ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; la sanction prononcée est disproportionnée au regard de la gravité de l'infraction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 14 février 2024 à 11 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 14 décembre 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a prononcé la suspension pour une durée de cinq mois de la validité du permis de conduire de M. A consécutivement à une infraction de conduite sous l'empire d'un état alcoolique constatée le 13 décembre 2021. Par la présente requête M. A demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F sous-préfet de Bayonne, a reçu délégation de signature par arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 21 janvier 2021 à l'effet de signer notamment toutes décisions en matière de suspension des permis de conduire. Selon les articles 6 et 7 du même arrêté, M. Nogarèdes, secrétaire général de la sous-préfecture et, en cas absence ou d'empêchement de ce dernier, M. D C, chef du bureau des sécurités, ont compétence pour signer les décisions relevant de la compétence du sous-préfet de Bayonne. Il n'est pas établi, ni même d'ailleurs allégué, que M. Nogarèdes n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de ce que M. D C, signataire de l'arrêté en litige, ne bénéficierait pas d'une délégation de signature légalement attribuée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route, dans la version applicable à la date de la décision attaquée : " I. - Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus. ". Il appartient à l'autorité préfectorale qui met en œuvre ces dispositions d'indiquer au conducteur la nature des examens médicaux requis ou les modalités du contrôle médical, ainsi que le délai dans lequel il doit s'y soumettre.
4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a, en application de l'article R. 221-13 du code de la route, subordonné la restitution de son permis de conduire au requérant à une visite médicale favorable devant la commission médicale avant la fin de la mesure de suspension. La mesure en litige porte en outre au recto mention " visite médicale devant la commission médicale auprès de la préfecture " et précise que le requérant doit " prendre rendez-vous un mois avant la fin de la mesure ". Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué n'a pas précisé la nature des examens auxquels le requérant devra se soumettre et les délais aux termes duquel ils doivent être réalisés, manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique () ".
6. Il résulte des dispositions précitées que lorsque la preuve de l'état alcoolique du conducteur d'un véhicule est établie au moyen d'un appareil, conforme à un type homologué, permettant de déterminer la concentration d'alcool par l'analyse de l'air expiré, le préfet peut prononcer la suspension du permis de conduire pour une durée qui ne peut excéder six mois. Dans le cas où une peine complémentaire de suspension judiciaire au sens de l'article L. 234-1 du code de la route serait prononcée par le juge judiciaire, la mesure administrative prononcée par le préfet, soit est considérée comme non avenue en cas d'ordonnance de non-lieu ou de jugement de relaxe ou si la juridiction ne prononce pas effectivement de mesure restrictive du droit de conduire, soit cesse d'avoir effet lorsqu'est exécutoire une décision judiciaire prononçant une mesure restrictive du droit de conduire, auquel cas la durée de suspension administrative s'impute sur celle de la suspension prononcée par le tribunal.
7. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que M. A a été contrôlé, le 13 décembre 2021, à 17 heures, sur la commune de Billère, conduisant son véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique. Le requérant a fait l'objet des vérifications prévues à l'article R. 234-4 du code de la route par éthylomètre qui ont révélé un taux d'alcool de 0,77 milligramme par litre d'air expiré. Ces circonstances étaient de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même.
8. Ensuite, la suspension prononcée par le préfet sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route est une mesure de police administrative distincte de la peine complémentaire que le juge judiciaire est susceptible de prononcer lorsqu'il statue sur le délit de conduite en état d'alcoolémie. C'est sans erreur de droit que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a exercé son pouvoir de police en décidant de suspendre la validité du permis de conduire de M. A sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route.
9. Enfin, et sans que M. A puisse utilement se prévaloir de sa situation personnelle ou de l'absence de précédentes infractions, eu égard à la dangerosité que représente la conduite en état alcoolique pour le conducteur et pour les usagers de la voie publique, la durée de la suspension prononcée, fixée à cinq mois n'est pas disproportionnée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 14 décembre 2021. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de sa requête doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La magistrate désignée,
Signé
F. ELa greffière,
Signé
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
No 2200105
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026