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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200122

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200122

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP HEUTY-LORREYTE-LONNE-CANLORBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 21 janvier, 8 février et 19 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Lonné, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le maire de Mézos a accordé à la société ADS un permis de construire en vue de la réalisation d'un bâtiment comprenant quatre logements, sur un terrain situé au lieu-dit Faroy à Mézos, sur les parcelles cadastrées section AE nos 280, 281, 283, 288 et 293 ;

2°) et de mettre à la charge de la commune de Mézos la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la notice paysagère est insuffisante pour justifier de l'impact du projet sur l'environnement boisé ;

- le pétitionnaire ne peut pas se prévaloir de la servitude de passage existant sur le terrain du requérant, pour l'accès au terrain d'assiette du projet, cette servitude étant insuffisante pour desservir quatre nouveaux logements et doit d'ailleurs faire l'objet d'une action devant le juge civil ;

- en outre, l'actuel chemin d'accès au terrain d'assiette du projet, qui est obstrué et n'a pas fait l'objet d'une permission de voirie, est ainsi insuffisant au regard de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il ne conditionne pas l'autorisation de commencement des travaux à l'installation préalable d'un point d'eau d'incendie, prescrite par le service départemental d'incendie et de secours, ainsi qu'à la délivrance préalable d'une permission de voirie, prescrite par les services du département des Landes ;

- enfin, le projet méconnaît l'article 1er du règlement du PLU applicable en zone UD qui correspond à de l'habitat dispersé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, la société ADS, représentée par Me Darzacq, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et demande au tribunal de mettre la somme de 1 500 euros à la charge du requérant, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle précise que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que le requérant ne justifie pas d'un intérêt pour agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, la commune de Mézos, représentée par Me Logeais, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et demande au tribunal de mettre la somme de 2 000 euros à la charge du requérant, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle précise que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que le requérant ne démontre pas avoir accompli les formalités prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- en outre, le requérant ne justifie pas d'un intérêt pour agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,

- les observations de Me Lonné, représentant M. B,

- et les observations de Me Logeais, représentant la commune de Mézos.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 novembre 2021, le maire de Mézos a accordé à la société ADS un permis de construire en vue de la construction d'un bâtiment comprenant quatre logements, sur un terrain situé au lieu-dit Faroy à Mézos, sur les parcelles cadastrées section AE nos 280, 281, 283, 288 et 293, pour une surface de plancher créée de 332 m². Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire comprend une notice descriptive qui indique que le terrain est " totalement plat et planté de quelques pins et chênes verts " et que le projet consiste en " la construction d'un bâtiment en U, en rez-de-chaussée ", comprenant 4 logements (T2 et T4), en " bois avec bardage vertical à couvre joint ", une couverture " en tuiles de type Aquitaine ton paysage avec une pente de 35 % " et des menuiseries " en aluminium et pvc blanc ". Elle indique également que " les arbres seront conservés, sauf au niveau de l'emprise de la construction " et qu' " il n'est pas prévu de clôtures ni portail ". En outre, trois photographies jointes à la demande de permis de construire font apparaître, selon différents angles de prises de vue, l'environnement boisé existant, et une quatrième photographie permet de visualiser l'intégration paysagère du projet. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la notice précitée contiendrait des informations erronées de nature à avoir une incidence sur l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la notice jointe au dossier de demande de permis de construire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Mézos, applicable à la zone UD : " Les constructions et installations doivent être desservies par des voies dont les caractéristiques correspondent à la destination de l'immeuble et permettent, notamment, l'accès permanent en tout temps des véhicules de secours et de lutte contre l'incendie. / Les accès devront être aménagés de façon à garantir la sécurité des utilisateurs de la voie publique. / () ".

5. L'autorité compétente et, en cas de recours, le juge administratif doivent s'assurer qu'une ou plusieurs voies d'accès au terrain d'assiette du projet pour lequel un permis de construire est demandé permettent de satisfaire aux exigences posées par les règles d'urbanisme citées ci-dessus. A cette fin, pour apprécier les possibilités d'accès au terrain pour le propriétaire ou les tiers, il incombe à l'autorité compétente et au juge de s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie.

6. En outre, le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne lui appartient pas de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'acte de propriété notarié en date du 30 août 2010 produit par le requérant, que le terrain de ce dernier est grevé d'une servitude de passage " sur une bande de terrain de six mètres de largeur, prise, à partir de la route départementale n° 167, le long de la limite ouest du terrain " au profit du terrain d'assiette du projet en litige. Ainsi, le pétitionnaire justifie de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à la voie ouverte à la circulation publique et la circonstance que la validité de cette servitude de passage pourrait faire l'objet d'une action par le requérant devant le juge civil, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la servitude ne pourrait pas supporter le faible trafic induit par le projet.

8. D'autre part, si le requérant soutient que le chemin d'accès au terrain d'assiette du projet, faisant l'objet de la servitude de passage citée précédemment, est partiellement obstrué par des boîtes aux lettres, deux compteurs d'eau, un coffret électrique et plusieurs chênes, il ressort cependant des pièces du dossier que l'avis favorable des services du département (direction de l'aménagement) émis le 22 octobre 2021 est assorti de prescriptions, reprises par l'arrêté attaqué, consistant notamment au déplacement des boîtes aux lettres, présentes au niveau de l'accès existant à la voie publique, afin d'améliorer les conditions de croisement des véhicules. En outre, l'avis favorable au projet du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du 21 octobre 2021 n'est assorti d'aucune réserve particulière concernant l'aménagement existant du chemin d'accès. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'en délivrant le permis en litige, le maire aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la sécurité de l'accès à la route départementale, dont il ressort des pièces du dossier qu'il sera pourvu d'un miroir permettant aux utilisateurs souhaitant s'engager sur cette voie de bénéficier d'une meilleure visibilité, ou aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UD. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions du PLU doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis favorable des services de la voirie du département sur le projet en litige, du 22 octobre 2021, est assorti des prescriptions citées précédemment, en vue de procéder au déplacement de boîtes aux lettres, tout aménagement de l'accès direct existant à la voie publique devant faire l'objet d'une demande de permission de voirie avant le commencement des travaux. En outre, l'avis favorable du SDIS du 21 octobre 2021 précité, est assorti de prescriptions en vue de l'installation d'un point d'eau d'incendie, et il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le permis de construire est accordé sous réserve du respect de ces prescriptions. En outre, les prescriptions ainsi édictées ont pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Enfin, en tout état de cause, il n'est pas établi ni même allégué par le requérant que les prescriptions imposées ne seraient pas réalisables. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait autorisé le commencement des travaux sans imposer, préalablement à la délivrance du permis de construire, le respect de ces prescriptions ou la délivrance d'une permission de voirie, ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, les dispositions de l'article 1er du règlement du PLU applicable à la zone UD interdisent notamment " les constructions ou installations qui, par leur nature sont incompatibles avec la sécurité, la tranquillité, la commodité ou la bonne tenue du voisinage ".

11. Le projet de construction s'implante dans un environnement boisé, comprenant un habitat dispersé, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ce projet limité à la construction de quatre logements en rez-de-chaussée, recouverts de bardage en bois, sera de nature à porter atteinte à la tranquillité, à la commodité ou à la bonne tenue du voisinage et par suite, qu'il méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article 1er du règlement du PLU applicable à la zone UD. Ce moyen ne peut donc qu'être également écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mézos, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

14. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Mézos et non compris dans les dépens, ainsi que la même somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société ADS, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Mézos une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. B versera à la société ADS une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la société ADS et à la commune de Mézos.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Duchesne, conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé : F. ALa présidente,

Signé : S. PERDULa greffière,

Signé : M. C

La République mande et ordonne à la préfète de Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Signé : M. C

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