mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200178 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | PETRIAT |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête en date du 10 septembre 2021, introduite devant le tribunal administratif de Paris et transmise au tribunal administratif de Pau par ordonnance du 18 janvier 2022, prise en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, et des mémoires, enregistrés les 31 mai et 27 juillet 2023 et les 10 et 24 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Pétriat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre des armées a implicitement rejeté sa demande tendant au versement de la majoration de 15 % des heures de service effectuées la nuit de 21h00 à 5h00 du matin et à l'indemnisation des jours fériés travaillés ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser, à titre principal, une somme de 5 959,38 euros correspondant aux majorations des heures de nuit qu'il estime lui être dues pour la période du 8 mai 2017 au 31 août 2022, outre 595,93 euros de congés payés afférents, une somme de 1 164,31 euros correspondant à l'indemnisation des jours fériés travaillés, pour la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2022, outre la somme de 116,43 euros de congés payés, une somme de 1 139,79 euros correspondant aux rappels de la prime de rendement, outre 113,97 euros de congés payés, une somme de 827,33 euros au titre des congés payés, ainsi qu'une majoration de 6 % de sa prime de rendement correspondant à une somme de 3 852,48 euros pour la période du 1er septembre 2022 au 30 septembre 2024, outre 385,24 euros de congés payés, et une somme mensuelle de 160,52 euros à compter du 1er octobre 2024, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à l'issue de ce délai ; il demande à titre subsidiaire, s'il n'est pas fait droit à sa demande de versement de l'indemnisation des jours fériés travaillés, de lui verser une somme de 5 959,38 euros correspondant aux majorations des heures de nuit qu'il estime lui être dues pour la période du 8 mai 2017 au 31 août 2022, outre 595,93 euros de congés payés afférents, une somme de 953,50 euros correspondant aux rappels de cette prime, outre 95,35 euros de congés payés, ainsi qu'une majoration de 4 % de sa prime de rendement correspondant à une somme de 2 568,36 euros pour la période du 1er septembre 2022 au 30 septembre 2024, outre 256,83 euros de congés payés, et une somme mensuelle de 107,01 euros à compter du 1er octobre 2024, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à l'issue de ce délai ;
3°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la majoration pour les heures de service effectuées la nuit :
- la décision de refus implicitement opposée à sa demande préalable a été prise sur la base de la note n° 401 du 14 février 2020 qui est elle-même illégale en ce qu'elle édicte des règles contraires à celles prévues par le décret n° 2016-1994 du 30 décembre 2016 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du décret du 30 décembre 2016 qui n'excluent pas les ouvriers de sécurité et de surveillance du droit à la majoration de 15 % pour les heures de service effectuées la nuit de 21h00 à 5h00 du matin ;
- il possède une créance sur l'État au titre des majorations qui lui sont dues à compter du 8 mai 2017, date à laquelle il a adressé une demande préalable à l'administration ;
- les pièces produites par le ministère des armées ne justifient pas que soit prononcé un non-lieu à statuer partiel sur les conclusions tendant au paiement de la majoration pour les heures de service effectuées la nuit.
En ce qui concerne l'indemnisation des jours fériés travaillés :
- la décision de refus implicitement opposée à sa demande préalable a été prise sur la base de la note n° 401 du 14 février 2020 qui est elle-même illégale en ce qu'elle édicte des règles contraires à celles prévues par l'instruction ministérielle du 18 juillet 2003 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 2.3 de l'instruction ministérielle du 18 juillet 2003 qui n'excluent pas les ouvriers de sécurité et de surveillance du droit à l'indemnisation des jours fériés travaillés ;
- il possède une créance sur l'État au titre de l'indemnisation des jours fériés travaillés qui lui est due à compter du 1er janvier 2020.
En ce qui concerne la majoration de la prime de rendement :
- il a droit à une majoration de sa prime de rendement, en application des dispositions de l'arrêté du 8 février 2007, dès lors qu'il a été muté à un poste administratif, à compter du 1er septembre 2022, dans le cadre d'une restructuration de son service ; il possède une créance sur l'État au titre de sa prime de rendement qui doit faire l'objet d'une majoration en vue de compenser la différence entre les primes et indemnités qu'il percevait avant cette mutation et celles qu'il perçoit dans son nouveau poste ;
- le contenu du courriel du 17 janvier 2022 de la cheffe du secrétariat démontre que le requérant a été muté dans le cadre d'une restructuration de son service.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 mars 2023 et les 29 août et 16 septembre 2024, le ministre des armées conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant au versement de la majoration pour les heures de service effectuées la nuit et au rejet du surplus de la requête.
Il fait valoir que :
- la somme demandée au titre de la majoration pour les heures de service effectuées la nuit a été versée ;
- l'article 6 du décret du 30 décembre 2016 prévoyant l'indemnisation des jours fériés travaillés n'est pas applicable aux ouvriers de sécurité et de surveillance ; leur régime horaire est fixé par l'article 7 de ce décret qui prévoit la rémunération comme heures supplémentaires des seules heures effectuées au-delà de la 55ème ;
- les mentions figurant dans l'arrêté de mutation du requérant du 17 août 2022 ne prouvent pas qu'il a droit à la majoration de la prime de rendement ; cet arrêté ne précise pas que la mutation intervient dans le cadre d'une restructuration ; le requérant ne produit pas d'élément attestant que son emploi figurait sur une liste d'emplois restructurés ni de convention de mobilité.
Un mémoire présenté par le ministre des armées et enregistré le 29 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction trois jours francs avant l'audience, n'a pas été communiqué.
II - Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Pétriat, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à l'indemniser en le rétablissant dans ses droits à hauteur d'une somme de 5 959,38 euros correspondant aux majorations des heures de nuit pour la période du 8 mai 2017 au 31 août 2022 outre 595,93 euros de congés payés afférents, une somme de 1 164,31 euros correspondant à l'indemnisation des jours fériés travaillés, pour la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2022 outre la somme de 116,43 euros de congés payés, une somme de 1 139,79 euros correspondant aux rappels de la prime de rendement outre 113,97 euros de congés payés, une majoration de 6 % de sa prime de rendement à compter du 1er septembre 2022 à parfaire, représentant une somme de 2 247,30 euros, outre une somme de 224,73 euros correspondants aux congés payés afférents, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à l'issue de ce délai ;
2°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2200178.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le ministre des armées conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant au versement de la majoration pour les heures de service effectuées la nuit, au rejet des conclusions aux fins d'injonction pour irrecevabilité et au rejet pour tardiveté des conclusions indemnitaires en tant qu'elles se rapportent aux sommes réclamées au titre de la période antérieure au 5 mai 2021.
Il fait valoir que :
- la somme demandée au titre de la majoration pour les heures de service effectuées la nuit a été versée ;
- la demande préalable reçue le 19 juillet 2023 par l'administration a le même objet que celle du 5 mai 2021 ayant donné lieu à la décision implicite du 12 juillet 2021 qui a fait l'objet de la requête n° 2200178 enregistrée au greffe du présent tribunal le 10 septembre 2021 ; dès lors, les conclusions indemnitaires de la présente requête enregistrée le 16 novembre 2023 sont tardives en tant qu'elles se rapportent aux sommes réclamées au titre de la période antérieure au 5 mai 2021 ;
- il n'appartient pas au tribunal, en dehors des mesures ayant pour objet d'exécuter ses décisions, d'adresser des injonctions à l'administration ;
- sur le fond, aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le décret n° 2016-1994 du 30 décembre 2016 ;
- le décret n° 2016-1995 du 30 décembre 2016 ;
- l'arrêté du 8 février 2007 fixant le régime de maintien de la rémunération du personnel à statut ouvrier du ministère de la défense muté dans le cadre des restructurations ;
- l'arrêté du 30 décembre 2016 portant application du décret n° 2016-1994 ;
- l'instruction du ministre de la défense n° 301926 du 18 juillet 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau,
- les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique,
- et les observations de Me Fauthoux représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A ouvrier de l'État depuis le 1er janvier 2008, exerce la profession d'ouvrier de sécurité et de surveillance au sein du groupement de soutien de la base de défense de Pau. Il bénéficie d'un forfait mensuel de travail de 199,1 heures. Par une première lettre reçue le 12 mai 2021 par le ministre des armées, le requérant a demandé le versement des sommes correspondant aux majorations des heures de nuit et à l'indemnisation des jours fériés travaillés, qu'il estime lui être dues à compter du 1er janvier 2020. Le silence gardé par le ministre a fait naître une décision implicite de rejet. Par la requête n° 2200178, M. A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision implicite de rejet du 12 juillet 2021 et d'enjoindre au ministre des armées de lui verser une somme totale de 13 327,53 euros correspondant aux émoluments qu'il estime lui être dus.
2. Par une seconde lettre reçue le 19 juillet 2023 par le ministre des armées, le requérant lui a demandé de faire droit aux demandes indemnitaires tendant au versement des sommes correspondant aux majorations des heures de nuit qu'il estime lui être dues pour la période du 8 mai 2017 au 31 août 2022, à l'indemnisation des jours fériés travaillés, pour la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2022, aux rappels liés à l'application du taux de sa prime de rendement aux émoluments précédemment énoncés et à la majoration de cette même prime de rendement à compter du 31 août 2022 pour tenir compte de la différence de rémunération entre son ancienne et sa nouvelle affectation, ainsi qu'aux congés payés correspondants aux sommes précédemment énoncées. Le silence gardé par le ministre a fait naître une seconde décision implicite de rejet. Par la requête n° 2302940, M. A demande au tribunal de déclarer bien fondée son action et d'enjoindre au ministre des armées de lui verser une somme totale de 11 561,84 euros correspondant aux émoluments qu'il estime lui être dus.
3. Les requêtes n° 2200178 et 2302940 présentées par M. A, présentent à juger des questions relatives à la rémunération d'un même agent. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
4. Il ressort des pièces du dossier que le ministère des armées a mis en paiement sur la paie du mois d'octobre 2024 à verser à M. A, la somme de 4 965,02 euros au titre de la majoration de 15 % pour les heures de service effectuées la nuit de 21h00 à 5h00 du matin, pour la période du 8 mai 2017 au 31 décembre 2021. Toutefois, cette somme ne satisfait qu'une partie de la demande du requérant qui porte sur une somme 5 959,38 euros et M. A en conteste les modalités de calcul en se fondant sur les emplois du temps qu'il produit et qui sont signés par son responsable hiérarchique. Dès lors, le ministre des armées n'est pas fondé à soutenir que l'objet de la requête, en tant qu'il porte sur le paiement de la majoration pour les heures de service effectuées la nuit pour la période du 8 mai 2017 au 31 décembre 2021, a disparu. Par suite, il y a lieu de statuer sur l'ensemble des conclusions présentées par le requérant tendant au versement de cette majoration.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la seconde requête :
5. Il ressort des pièces du dossier que les conclusions de la requête n° 2302940 tendent seulement au versement d'accessoires de rémunération et d'avantages impayés, sans chercher la réparation d'un préjudice distinct du préjudice matériel objet de cette demande pécuniaire. Dès lors, elles ne revêtent pas le caractère d'une action indemnitaire. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que ces conclusions auraient un caractère indemnitaire et seraient tardives, en tant qu'elles se rapportent aux sommes réclamées au titre de la période antérieure au 5 mai 2021, et qu'elles n'auraient pas été introduites devant le présent tribunal dans le délai de deux mois à compter de la naissance de la décision implicite de rejet du 12 juillet 2021 qui n'est pas définitive, doit être écartée.
Sur la majoration pour les heures de service effectuées la nuit :
6. Aux termes de l'article 1er du décret du 30 décembre 2016 relatif à certains éléments de rémunération des personnels à statut ouvrier relevant du ministère de la défense : " Le présent décret fixe les dispositions applicables aux ouvriers de l'Etat affiliés au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat institué par le décret du 5 octobre 2004 susvisé, relevant du ministère de la défense ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " () II. - Les ouvriers exerçant les professions d'ouvrier de sécurité et de surveillance et de pompier perçoivent un salaire calculé selon un forfait mensuel qui peut être : / - soit de 166 heures et une durée hebdomadaire de travail comprise entre 41,22 heures (41 h 13 mn) et 49,47 heures (49 h 28 mn) ; / - soit de 199,1 heures et une durée hebdomadaire de travail comprise entre 49,47 heures (49 h 28 mn) et 55,29 heures (55 h 18 mn). () ". Ce même décret comprend un chapitre II, relatif aux majorations horaires, qui commence par l'article 5 aux termes duquel : " Les heures effectuées la nuit de 21 h 00 à 05 h 00 sont abondées de 15 p. 100. ".
7. M. A demande le paiement de la majoration au titre des heures effectuées la nuit, pour la période du 8 mai 2017 au 31 août 2022. Il ressort des pièces du dossier, qu'il est soumis à un régime de travail qui comporte des gardes d'une durée de vingt-quatre heures, commençant à 7h30 et s'achevant le lendemain à 7h30, et il résulte des emplois du temps du service signés par le chef du service des soutiens communs du groupement de soutien de la base de défense de Pau Bayonne Tarbes, qui valent fixation des heures de service, soumis au contradictoire dans le cadre de la présente instance, qu'entre le 8 mai 2017 et le 31 août 2022, le requérant a effectué des gardes de vingt-quatre heures comportant des heures effectuées la nuit de 21h00 à 5h00 du matin, ce qui n'est pas contesté par le ministre des armées en défense. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que ces heures effectuées la nuit lui donnent droit à la majoration horaire de 15 % pour la période du 8 mai 2017 au 31 août 2022 inclus en vertu de l'article 5 du décret du 30 décembre 2016 précité.
8. Dans le cadre de la présente instance, l'administration a procédé à la mise en paiement de la somme de 4 965,02 euros au titre de la majoration en cause, pour la période seulement du 8 mai 2017 au 31 décembre 2021 alors que M. A y a droit pour la période du 8 mai 2017 au 31 août 2022, ainsi qu'il a été dit au point précédent. Il appartient à l'administration de calculer le montant de la somme totale due au requérant au titre des heures effectuées la nuit entre 21h00 et 5h00 du matin, pour la période du 8 mai 2017 au 31 août 2022 inclus et de lui verser la somme correspondante sous déduction de la somme de 4 965,02 versée en octobre 2024.
Sur le paiement des jours fériés travaillés :
9. D'une part, aux termes de l'article 6 du décret du 30 décembre 2016 relatif à certains éléments de rémunération des personnels à statut ouvrier relevant du ministère de la défense : " I. - Les heures supplémentaires des ouvriers autres que les ouvriers de sécurité et de surveillance sont prises en compte dès qu'il y a dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail. / 1° Pour les personnels ouvriers soumis à un cycle de travail de référence de 38 heures hebdomadaires, la rémunération des heures supplémentaires est calculée : - par application du salaire horaire abondé de 25 p. 100 pour les huit premières heures effectuées au-delà de 38 heures, soit de la 39e heure à la 46e heure ; - par application du salaire horaire abondé de 50 p. 100 pour les heures suivantes, soit à partir de la 47e heure. / 2° Pour les personnels ouvriers soumis à un cycle particulier, la rémunération des heures supplémentaires est calculée : - par application du salaire horaire abondé de 25 p. 100 pour les huit premières heures effectuées en dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail ; - par application du salaire horaire abondé de 50 p. 100 pour les heures suivantes. / 3° Les heures effectuées le dimanche et les jours fériés donnent lieu soit à un abondement de 50 p. 100 de la rémunération horaire de référence, soit à un repos compensateur équivalent, dans les deux mois qui suivent le jour férié. () ". Aux termes de son article 7 : " Pour les ouvriers exerçant les professions d'ouvriers de sécurité et de surveillance et de pompiers les heures effectuées, exceptionnellement, au-delà de la 55e heure sont rémunérées comme heures supplémentaires et abondées à 50 p. 100. En aucun cas, la durée hebdomadaire du travail n'est supérieure à 60 heures. () ". La note n° 401 du 14 février 2020 prévoit, en son titre 4 intitulé " TRAVAIL LES JOURS FERIES " que " Compte tenu de leur régime horaire dérogatoire et de l'obligation de continuité de service découlant de leurs professions, les OSS et pompiers ne peuvent se voir indemniser les jours fériés travaillés ".
10. D'autre part, aux termes de l'instruction n° 301926 du 18 juillet 2003 relative notamment aux congés annuels et au paiement des jours fériés aux personnels ouvriers de l'Etat du ministère de la défense en service en métropole : " La présente instruction qui traite des modalités des congés annuels, du paiement des jours fériés, et des jours RTT consécutifs à l'accord-cadre du 11 juillet 2001 sur l'aménagement et la réduction du temps de travail au ministère de la défense, concerne les ouvriers de l'Etat employés dans les établissements et services du ministère de la défense en métropole et dans les départements et les territoires d'outre-mer, à l'exception des personnels à statut ouvrier mutés dans les départements et territoires d'outre-mer ou dans certains portes ou nases françaises en territoire étranger ". Aux termes de l'article 2.3 de cette même instruction, relatif au paiement des jours fériés : " Les jours fériés sont chômés et payés aux ouvriers de la défense dans les conditions prévues par les articles L. 222-5 à L. 222-7 du code du travail. (). / Si, exceptionnellement, les ouvriers sont appelés à travailler un jour férié, les dispositions suivantes sont appliquées : les ouvriers travaillant ce jour-là perçoivent, quel que soit le jour (jour de semaine ou dimanche), en plus de leur rémunération normale, une indemnité égale à cette rémunération journalière (y compris les abondements pour heures supplémentaires). / Si les intéressés en font la demande, ils peuvent, au lieu de percevoir l'indemnité susvisée, bénéficier d'un repos compensateur dans les 2 mois qui suivent le jour férié. () ".
11. En premier lieu, pour exclure l'indemnisation des jours fériés travaillés des ouvriers de sécurité et de surveillance, la note n° 401 du 14 février 2020 de la direction des ressources humaines du ministère de la défense se fonde sur le décret n° 2016-1994 du 30 décembre 2016 et notamment sur ses articles 6 et 7, précités. Il résulte des termes mêmes de ces articles que la situation des ouvriers de sécurité et de surveillance (OSS) n'est pas régie par les dispositions de l'article 6 de ce décret prévoyant que les heures effectuées le dimanche et les jours fériés donnent lieu soit à un abondement de la rémunération horaire de référence, soit à un repos compensateur, mais par celles de son article 7, qui ne prévoient pas d'abondement pour un travail durant les jours fériés, et qu'ainsi, ces derniers n'ont pas le droit à l'indemnisation des jours fériés travaillés. S'agissant de l'indemnisation des jours fériés travaillés, l'auteur de la note du 14 février 2020 s'est borné, comme il pouvait légalement le faire, à expliciter les dispositions réglementaires précitées en vigueur, sans y ajouter une nouvelle règle. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 2.3 de l'instruction ministérielle du 18 juillet 2003 qui sont dépourvues de valeur réglementaire et qui sont, en tout état de cause, contraires aux dispositions des articles 6 et 7 du décret du 30 décembre 2016. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la note n° 401 du 14 février 2020 ne peut donc qu'être écarté.
12. En second lieu, M. A soutient qu'il aurait dû bénéficier du paiement de l'indemnité en compensation du travail effectué les jours fériés, conformément aux dispositions de l'article 2.3 de l'instruction ministérielle du 18 juillet 2003. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne peut utilement invoquer le bénéfice de ces dispositions qui sont dépourvues de valeur réglementaire et contraires à celles des articles 6 et 7 du décret du 30 décembre 2016. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le requérant est ouvrier de sécurité et de surveillance, de sorte que sa situation relève de l'article 7 du décret du 30 décembre 2016. Par suite, le moyen tiré de ce que le ministre des armées a commis une erreur de droit en ne faisant pas application des dispositions de l'article 2.3 de l'instruction ministérielle du 18 juillet 2003, doit être écarté.
13. Dans ces conditions, les conclusions présentées par M. A à fin de versement de l'indemnisation des jours fériés travaillés doivent être rejetées.
Sur les rappels de prime de rendement :
14. Aux termes de l'article 3 du décret du 30 décembre 2016 relatif à certains éléments de rémunération des personnels à statut ouvrier relevant du ministère de la défense : " Les personnels mentionnés à l'article 1er perçoivent, en sus de leur salaire de base, une prime de rendement dont les taux sont appliqués au salaire de l'échelon détenu par l'agent dans la limite du 5e échelon du groupe professionnel auquel il appartient. / Les taux sont fixés par un arrêté conjoint du ministre de la défense et des ministres chargés du budget et de la fonction publique. / Cette prime est versée mensuellement ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 30 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions de ce même décret : " Les taux de la prime de rendement prévue à l'article 3 du décret du 30 décembre 2016 susvisé varient de 12 à 32 p. 100 du salaire de l'échelon détenu par l'agent dans la limite du 5e échelon du groupe professionnel auquel il appartient ".
15. Si le requérant demande le versement de rappels de la prime de rendement résultant des sommes qu'il estime lui être dues au titre de la majoration pour les heures travaillées la nuit et de l'indemnisation des jours fériés travaillés, il n'assortit cette demande d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ne résulte pas des termes des dispositions citées au point précédent que le montant de la prime de rendement due à l'agent corresponde au produit de l'application du taux dont il bénéficie à l'ensemble des émoluments qui lui sont versés et qui comprennent à la fois son salaire de base et ses primes, indemnités et majorations diverses. Par suite, les conclusions présentées à cette fin ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la majoration de la prime de rendement :
16. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 8 février 2007 fixant le régime de maintien de la rémunération du personnel à statut ouvrier du ministère de la défense muté dans le cadre des restructurations : " Une comparaison est effectuée entre les primes et indemnités diverses perçues avant la mutation autres que celles évoquées ci-dessus, et qui ne se retrouveraient pas à l'identique dans les autres établissements (taux, montant, appellation), et les indemnités perçues dans la nouvelle affectation. / La différence constatée est compensée par une majoration de la prime de rendement, dans le respect du plafond réglementaire des 32 % (en aucun cas le fait d'attribuer un taux supérieur au taux moyen de l'établissement ne peut avoir pour effet de baisser le montant de la prime de rendement des ouvriers déjà en fonction dans l'établissement d'accueil). Cette compensation concerne notamment les primes horaires versées en fonction des heures de travail effectif aux agents déjà en service à la date d'effet de l'instruction interministérielle n° 302437/DEF/SGA/DFP/PER/3 du 14 septembre 2000 relative à l'attribution des primes de sujétions susceptibles d'être allouées à certains ouvriers de l'Etat. Sont exclues par contre les indemnités allouées en remboursement de frais telles que la prime de panier et les frais de déplacements. / Le montant de la prime de rendement correspondant à cette compensation, maintenu la première année, peut par la suite diminuer d'un maximum de 2 % par an, dans la limite de l'évolution du bordereau de salaire, jusqu'à être entièrement résorbé ". Aux termes de l'article 9 de ce même arrêté : " Les ouvriers de l'Etat de la branche sécurité (pompiers, ouvriers de sécurité et de surveillance) qui n'auraient pu se voir proposer un reclassement dans leur profession conservent le bénéfice de leur forfait particulier jusqu'à ce qu'ils puissent prétendre, dans leur nouvel emploi, à une rémunération identique ".
17. Il résulte des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que les ouvriers de l'Etat de la branche sécurité, au nombre desquels figurent les ouvriers de sécurité et de surveillance, n'ont pas droit à la majoration de la prime de rendement destinée à compenser la différence constatée entre les primes et indemnités diverses perçues avant la mutation et les indemnités perçues dans la nouvelle affectation dès lors que, dans le cas où ils n'ont pu se voir proposer un reclassement dans leur profession, ils conservent le bénéfice de leur forfait particulier jusqu'à ce qu'ils puissent prétendre, dans leur nouvel emploi, à une rémunération identique. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la restructuration de son service, M. A a été reclassé dans un emploi administratif et non dans un emploi correspondant à sa profession d'ouvrier de sécurité et de surveillance. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas davantage allégué, qu'il n'aurait pas conservé le bénéfice de son forfait mensuel particulier de 199,1 heures à la suite de cette mutation. Par suite, il ne peut prétendre à la majoration de sa prime de rendement en vue de compenser la différence constatée entre les primes et indemnités diverses perçues avant la mutation et les indemnités perçues dans sa nouvelle affectation.
Sur les congés payés :
18. M. A demande le versement de rappels d'indemnité de congés payés correspondant aux sommes qu'il estime lui être dues au titre de la majoration pour les heures travaillées la nuit, de l'indemnisation des jours fériés travaillés, des rappels de prime de rendement et de la majoration de la prime de rendement. Toutefois, il n'assortit cette demande d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, cette indemnité est calculée à partir de la moyenne des heures supplémentaires effectuées au cours de la période de référence. Or les émoluments dont le requérant sollicite le paiement par les présentes requêtes ne sont pas des heures supplémentaires au sens et pour l'application des dispositions précitées du décret du 30 décembre 2016 relatif à certains éléments de rémunération des personnels à statut ouvrier relevant du ministère de la défense et de l'arrêté du 30 décembre 2016 pris pour son application. Par suite, les conclusions présentées à cette fin ne peuvent qu'être rejetées.
19. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler les décisions implicites du 12 juillet 2021 et du 19 septembre 2023, en tant seulement qu'elles refusent à M. A le versement de la majoration de 15 % au titre des heures effectuées la nuit entre 21h00 et 5h00 du matin, pour la période du 8 mai 2017 au 31 août 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
20. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A tendant à ce que le tribunal enjoigne au ministre des armées de lui verser les émoluments en cause, sont l'accessoire des conclusions tendant à l'annulation des deux décisions implicites de rejet attaquées. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de ce qu'il n'appartient pas au présent tribunal, en dehors des mesures ayant pour objet d'exécuter ses décisions, d'adresser des injonctions à l'administration, doit être écartée.
21. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 8, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la régularisation par l'administration des droits de M. A à la majoration de 15 % prévue par l'article 5 du décret du 30 décembre 2016, pour la période comprise entre le 8 mai 2017 et le 31 août 2022 inclus, en déduisant de la somme totale due au requérant pour cette période, la somme de 4 965,02 euros mise en paiement avec la paie d'octobre 2024.
22. Il y a lieu d'enjoindre au ministre des armées de procéder à cette régularisation dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
23. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'exécution provisoire :
24. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Il résulte de ces dispositions que les conclusions de M. A tendant à ce que le présent jugement soit assorti d'une exécution provisoire sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, qui a la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions implicites de rejet du 12 juillet 2021 et du 19 septembre 2023 sont annulées en tant qu'elles refusent à M. A le versement de la majoration au titre des heures effectuées la nuit, pour la période allant du 8 mai 2017 au 31 août 2022.
Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées et des anciens combattants de régulariser les droits de M. A à la majoration horaire de 15 % due au titre des heures effectuées la nuit entre le 8 mai 2017 et le 31 août 2022 inclus, et de lui verser la somme correspondante, en déduisant de ce montant la somme de 4 965,02 euros mise en paiement avec la paie d'octobre 2024, le tout dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Madelaigue, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Foulon, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
Le rapporteur,
S. ROUSSEAU
La présidente,
F. MADELAIGUE
La greffière,
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Nos 2200178, 2302940
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026