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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200264

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200264

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantCABINET ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2022, M. A C, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 21 novembre 2016, 10 octobre 2017, 8 février 2019, 7 octobre 2020, 22 décembre 2020 et 17 avril 2021 ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 9 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite assorti des points illégalement retirés dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points sont entachées d'un vice de procédure substantiel dans la mesure où l'administration ne lui a pas communiqué les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision prononçant l'invalidation de permis de conduire est illégale par voie de conséquence ;

- la réalité de l'infraction, contestée auprès d'officier du ministère public et ayant donné lieu au classement sans suite ou renvoi devant le tribunal, n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 8 février 2019 au motif que le point a été restitué le 26 aout 2019, soit antérieurement à l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 9 décembre 2021, le ministre de l'intérieur a notifié à M. C l'ensemble des retraits de points successivement opérés à la suite des six infractions relevées à son encontre et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 21 novembre 2016, 10 octobre 2017, 8 février 2019, 7 octobre 2020, 22 décembre 2020 et 17 avril 2021, ainsi que par voie de conséquence, la décision du 9 décembre 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C, qu'en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, le point retiré consécutivement à l'infraction commise le 8 février 2019 a été restitué à l'intéressé le 26 août 2019, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de point consécutive à cette infraction sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

3. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises les 21 novembre 2016, 7 octobre 2020 et 22 décembre 2020 :

4. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. C que les infractions relevées à son encontre les 21 novembre 2016, 7 octobre 2020 et 22 décembre 2020 ont été verbalisées aux moyens de procès-verbaux dématérialisés, ainsi que le prouve la mention " PVE " et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

5. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation.

6. Il résulte de l'instruction, que l'infraction commise le 7 octobre 2020 a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique signé par le requérant, lequel comporte les informations exigées par l'articles L.223-3 du code de la route. Cette production est suffisante pour attester de la délivrance des informations préalables. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait, s'agissant de cette infraction à l'obligation d'information prescrite à l'article L. 223-3 du code de la route.

7. En revanche, la production par le ministre, s'agissant des infractions commises les 22 décembre 2020 et 21 novembre 2016, de procès-verbaux de contravention non signés par M. C ne permet pas d'établir que l'information a effectivement été communiquée au contrevenant à l'occasion de l'établissement de ces procès-verbaux. Si le ministre se prévaut de ce que ces informations ont été délivrées à l'intéressé à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes, il ne résulte pas en tout état de cause de l'instruction qu'il ait reçu, à l'occasion de l'infraction antérieure commise le 7 octobre 2020, laquelle n'était pas de même nature, les informations relatives à la nature et la qualification des infractions commises les 22 décembre 2020 et 21 novembre 2016. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre ces décisions, M. C est fondé à soutenir que les décisions portant respectivement retrait de trois et deux points à la suite de ces infractions sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière et, pour ce motif, à en demander l'annulation.

S'agissant de l'infraction commise le 10 octobre 2017 :

8. Lorsqu'une contravention soumise à la procédure de l'amende forfaitaire est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. C, que l'infraction relevée le 10 octobre 2017 a été constatée par un procès-verbal électronique et a donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire. Si l'administration ne produit ni le procès-verbal électronique, ni l'attestation de paiement établie par le comptable public, l'indication du paiement de l'amende forfaitaire sur le relevé intégral du requérant, formalisé pour cette infraction par la mention " AF amende forfaitaire ", suffit à établir que l'intéressé a nécessairement été mis en possession d'un avis de contravention et d'une carte de paiement, dont la détention est indispensable pour payer l'amende forfaitaire. Dans ces conditions, et alors que M. C ne démontre pas que l'avis de contravention qui lui a été envoyé serait inexact ou incomplet au regard des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations pertinentes lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 17 avril 2021 :

10. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire du requérant, produit par l'administration, que l'infraction commise le 17 avril 2021 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention " tribunal d'instance ou de police de contrôle automatisé ", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Cependant, le ministre ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223 3 du code de la route, et en particulier l'information concernant le risque de se voir retirer des points de son permis de conduire, aient été transmises à l'intéressé, faute pour lui d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire correspondant. Il s'ensuit que la décision du ministre de l'intérieur retirant deux points du capital de points du permis de conduire de M. C, à la suite de l'infraction commise le 17 avril 2021, doit être regardée comme étant intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière et, par conséquent, être annulée.

En ce qui concerne l'absence de réalité des infractions :

11. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Aux termes de l'article 529-1 du code de procédure pénale : " Le montant de l'amende forfaitaire peut être acquitté soit entre les mains de l'agent verbalisateur au moment de la constatation de l'infraction, soit auprès du service indiqué dans l'avis de contravention dans les quarante-cinq jours qui suivent la constatation de l'infraction ou, si cet avis est ultérieurement envoyé à l'intéressé, dans les quarante-cinq jours qui suivent cet envoi. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 529-2 du même code : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par l'article 529-10, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

12. M. C soutient avoir formé des réclamations sur le fondement de l'article 530 du code de procédure pénale à l'encontre de l'infraction du 10 octobre 2017 qui a fait l'objet d'une amende forfaitaire, et des infractions du 7 octobre 2020 et du 22 décembre 2020, qui ont fait l'objet d'une amende forfaitaire majorée. Toutefois, le requérant ne produit au soutien de ses allégations aucun document, ni n'établit que ces réclamations n'ont abouti. Par ailleurs, il ressort des mentions figurant dans le fichier d'information intégral, d'une part, que M. C a procédé, le 8 novembre 2017, au paiement de l'amende forfaitaire afférente à l'infraction du 10 octobre 2017 établissant ainsi la réalité de cette infraction et d'autre part, que l'infraction du 7 octobre 2020 a donné lieu, le 19 février 2021 à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, établissant ainsi la réalité de ces infractions. Il s'ensuit que la réalité des infractions en litige est établie au sens des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à obtenir l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises le 21 novembre 2016 (2 points), le 22 décembre 2020 (3 points) et le 17 avril 2021 (2 points). Dans ces conditions, le solde de points attaché à son permis de conduire ne pouvait être légalement réduit de ces points le 9 décembre 2021 et n'était donc pas nul. Il s'ensuit que le requérant est également fondé à demander l'annulation de la décision 48 SI du 9 décembre 2021 portant invalidation de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander la restitution des sept points retirés à la suite des infractions commises le 21 novembre 2016, le 22 décembre 2020 et le 17 avril 2021.

15. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la restitution des sept points retirés sur le permis de M. C à la suite des infractions mentionnées ci-dessus dans la limite maximum du capital de points, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché à son permis, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures, et de restituer ledit permis si son solde n'est pas nul.

Sur les frais liés au litige :

16. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises le 21 novembre 2016, le 22 décembre 2020 et le 17 avril 2021 ainsi que la décision " 48SI " du 9 décembre 2021 du ministre de l'intérieur sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer, de restituer à M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les sept points illégalement retirés dans la limite du capital de point affecté à son permis de conduire, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieurement prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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