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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200289

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200289

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2022, M. A B représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022, par lequel le préfet du Gers a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a notifié obligation de quitter le territoire avec délai de départ volontaire, a fixant le pays de renvoi et l'a astreint à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Mirande ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Gers de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B jusqu'à ce qu'il soit statué de nouveau sur sa situation ;

4°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

5°) de mettre à la charge du préfet du Gers la somme de 1 200 euros à verser à Me Bazin sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article 3 alinéa 1er de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

Sur l'obligation de quitter le territoire

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article 3 alinéa 1er de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

Sur la décision fixant le pays de destination

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

Sur la décision portant obligation de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2022, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi, signé à Rabat le 9 octobre 1987, publié par le décret n° 94-203 du 4 mars 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 20 octobre 2000 au Maroc, de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français le 15 juillet 2017, alors âgé de 16 ans, muni d'un passeport délivré le 23 novembre 2016 pour une durée de cinq ans ainsi que d'un visa C valable du 8 juillet 2017 au 22 août 2017. Le 4 février 2021, il a déposé une demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire. Par courrier du 14 avril 2021, rappelé le 5 juillet 2021, le préfet du Gers a accusé réception de sa demande du 4 février 2021 et a informé M. B que dans le cadre de sa première demande de titre de séjour en qualité de salarié, il appartenait à son employeur de déposer une demande d'autorisation de travail en ligne. Le préfet du Gers lui a délivré un récépissé de demande de carte de séjour mention vie privée et familiale le 23 septembre 2021, valable jusqu'au 22 décembre 2021. Le 21 décembre 2021, l'employeur de M. B a déposé une demande d'autorisation de travail en ligne. Le préfet du Gers a, par arrêté du 14 janvier 2022 notifié le 17 janvier 2022, rejeté sa demande de titre de séjour mention salarié, lui a notifié obligation de quitter le territoire avec délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et l'a astreint à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Mirande. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour

3. Aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi signé à Rabat le 9 octobre 1987 et publié par décret n° 94-203 du 4 mars 1994 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ".

4. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, traitant ainsi de ce point au sens de l'article 9 de cet accord, il fait obstacle à l'application des dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité. Cet examen ne peut être conduit qu'au regard des stipulations de l'accord, sans préjudice de la mise en œuvre par le préfet du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité de délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger ne remplissant pas les conditions auxquelles cette délivrance est normalement subordonnée, pouvoir dont les stipulations de l'accord ne lui interdisent pas de faire usage à l'égard d'un ressortissant marocain.

5. Aux termes de l'article R. 5221-11 du code du travail : " La demande d'autorisation de travail relevant des 4°, 8°, 9°, 13° et 14° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur () ". Le 8° de l'article R. 5221-3 du même code liste notamment : " La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article R. 5221-14 du même code : " Peut faire l'objet de la demande prévue à l'article R. 5221-11 () l'étranger résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour ". Enfin, aux termes de l'article R. 5221-17 : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au seul préfet, lorsqu'il est saisi par un étranger, résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour, d'une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié accompagnée d'une demande d'autorisation de travail dûment complétée et signée par son futur employeur, de statuer sur cette double demande. S'il lui est loisible de donner délégation de signature au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi en matière de délivrance des autorisations de travail des ressortissants étrangers et ainsi de charger cette administration plutôt que ses propres services de l'instruction de telles demandes, il ne peut, sans méconnaître l'étendue de sa propre compétence opposer à l'intéressé un défaut d'autorisation de travail.

7. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; () ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. ".

8. Il ressort des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-marocain et des dispositions de l'article R. 431-5 et R. 431-8 précitées applicables aux ressortissants marocains, que le ressortissant marocain, entré régulièrement en France et y séjournant, souhaitant bénéficier d'un titre de séjour doit justifier, lors de sa demande, de la possession d'un titre de séjour en cours de validité ou de la présentation d'une demande de renouvellement dans les délais fixés par les dispositions de l'article R. 431-5 précitées.

9. M. B soutient que la décision attaquée est fondée sur deux faits erronés à savoir, le fait qu'il serait défavorablement connu des services de police et le fait que son futur employeur n'ait pas déposé de demande d'autorisation de travail. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que si la préfecture fait valoir que M. B est défavorablement connu des services de police pour usage de stupéfiants en 2018, elle ne l'établit pas.

10. En second lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté contesté, que pour refuser la demande de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain précité, le préfet s'est fondé sur le fait que M. B ne produisait pas l'autorisation de travail prévue par l'article L. 5221-2 du code du travail, ni ne justifiait qu'une demande d'autorisation de travail ait été souscrite par un employeur dans les conditions prévues aux articles R. 5221-12 et suivants du même code. Or, il ressort des pièces du dossier que le gérant de la Sarl Carrosserie de l'Astarac a déposé auprès de la plateforme de main d'œuvre étrangère une demande d'autorisation provisoire de travail pour l'embauche de M. B en qualité de carrossier le 21 décembre 2021 pour un contrat à durée déterminée à compter du 3 janvier 2022. Le préfet fait valoir que ce dépôt est intervenu la veille de la date d'expiration du récépissé de demande de titre de séjour qui arrivait à échéance le 22 décembre 2021 et que cette demande a par conséquent été clôturée le 29 décembre 2021 en l'absence de possession par M. B d'un récépissé de demande de titre de séjour en cours de validité et en raison de la possession d'un récépissé valable jusqu'au 22 décembre 2021 qui ne l'autorisait pas à travailler. Or, s'il appartenant à M. B de présenter une demande de renouvellement de son titre de séjour dans les délais fixés par l'article R. 431-5 précité dans l'attente de la décision du préfet sur sa demande de titre de séjour, il ressort des pièces du dossier à la date de dépôt de la demande d'autorisation provisoire de travail le 21 décembre 2021, le récépissé de demande de séjour délivré à M. B était toujours valable. En revanche, ce récépissé mentionne une demande de délivrance d'un premier titre de séjour mention vie privée et familiale et non d'un titre mention salarié. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en se prévalant de l'absence de dépôt d'une demande d'autorisation de travail par le requérant pour rejeter sa demande de titre de séjour, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait et a méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain.

11. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre de séjour doit être annulée.

En ce qui concerne les autres décisions :

12. Par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire, la décision fixant le pays de renvoi et la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Mirande doivent être également annulées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 14 janvier 2022 du préfet du Gers ne peut qu'être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Compte tenu des motifs retenus pour fonder l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2022, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet réexamine la demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire de M. B, correspondant à sa situation, sous réserve des modifications dans les conditions de fait ou de droit dans la situation du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et lui délivre, pendant l'instruction de cette demande, un récépissé de demande de titre de séjour correspondant à sa situation.

Sur les frais de l'instance :

15. M. B bénéficiede l'aide juridique provisoire. Il y a donc lieu de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à la présente instance, une somme de 1 000 euros à verser à Me Bazin, conseil de M. B, à la date d'introduction de la requête, à condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 14 janvier 2022, par lequel le préfet du Gers a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, lui a notifié obligation de quitter le territoire avec délai de départ volontaire, a fixant le pays de renvoi et l'a astreint à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Mirande est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Gers de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B, correspondant à sa situation, sous réserve des modifications dans les conditions de fait ou de droit dans la situation du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et pendant cette période, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour correspondant à sa situation.

Article 4 : L'Etat versera à Me Bazin une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bazin et au préfet du Gers.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. D

La présidente,

Signé

M. C La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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