mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200311 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MAAMOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2022, M. A B et Mme C D, représentés par Me Maamouri, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Labastide-Savès (Gers) a fait état de son intention de préempter partiellement leur propriété, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;
2°) d'annuler la délibération du 25 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Labastide-Savès a décidé de préempter partiellement leur propriété, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
3°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Labastide-Savès sur leur demande tendant à ce qu'elle procède à l'acquisition de l'ensemble de l'unité foncière, au prix fixé dans la déclaration d'intention d'aliéner ;
4°) en cas de rejet des conclusions aux fins d'annulation des décisions relatives à cette préemption, d'enjoindre à la commune de se porter acquéreuse de l'intégralité de leur propriété ;
5°) et de mettre à la charge de la commune de Labastide-Savès la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
En ce qui concerne les décisions de préemption :
- les décisions attaquées n'ont pas été précédées de la consultation du service des domaines en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme, ce qui les a privés d'une garantie ;
- les membres du conseil municipal n'ont pas été suffisamment informés en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;
- les décisions en litige ne sont pas motivées en droit ;
- les décisions en litige sont entachées d'une erreur d'appréciation et méconnaissent l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en ce que la commune n'a pas indiqué le projet pour la réalisation duquel il a été procédé à cette préemption.
En ce qui concerne la décision portant refus implicite d'acquérir la totalité de l'unité foncière :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 213-2-1 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2023, la commune de Labastide-Savès conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Portès,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme D sont propriétaires d'un vaste ensemble immobilier situé au lieudit " A Rainal ", sur le territoire de la commune de Labastide-Savès, d'une contenance totale de plus de 4 hectares, comportant des bâtiments à usage d'habitation qu'ils exploitent à usage de gîtes. Ils ont conclu une promesse de vente au prix de 560 000 euros pour ce bien immobilier et, les parcelles sur lesquelles est situé cet ensemble immobilier étant soumises au droit de préemption urbain de la commune de Labastide-Savès, le notaire chargé de la cession a adressé au maire de la commune la déclaration d'intention d'aliéner (DIA), dont il a été accusé réception le 26 août 2021. Le 1er septembre 2021, ce dernier a retourné cette déclaration d'intention d'aliéner revêtue de la mention selon laquelle la commune avait décidé d'exercer son droit de préemption sur les parcelles B nos 152 et 153. Par une délibération du 25 septembre suivant, le conseil municipal a confirmé l'exercice par la commune du droit de préemption urbain sur ces deux parcelles, au prix de 75 000 euros. Par un courrier en date du 28 octobre 2021, M. B et Mme D ont formé à l'encontre de ces décisions un recours gracieux et ont demandé au maire de la commune de Labastide-Savès, sur le fondement de l'article L. 213-2-1 du code de l'urbanisme, que la commune se porte acquéreuse de l'ensemble de l'unité foncière objet de la DIA. Le maire a implicitement rejeté ce recours et cette dernière demande. Par la présente requête, M. B et Mme D demandent l'annulation de la décision du 1er septembre 2021, de la délibération du 25 septembre 2021, du rejet implicite de leur recours gracieux et de la décision implicite de refus d'acquérir la totalité de leur unité foncière.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions de faire usage du droit de préemption :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption doit recueillir l'avis du service des domaines sur le prix de l'immeuble dont il envisage de faire l'acquisition dès lors que le prix ou l'estimation figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner ou que le prix que le titulaire envisage de proposer excède le montant fixé par l'arrêté du ministre chargé du domaine prévu à l'article R. 1211-2 du code général de la propriété des personnes publiques. " Aux termes des dispositions de l'article 2 de l'arrêté du 5 décembre 2016 relatif aux opérations d'acquisitions et de prises en location immobilières poursuivies par les collectivités publiques et divers organismes : " Les montants prévus au 2° de l'article L. 1311-10 du code général des collectivités territoriales, au 2° du II de l'article 23 de la loi du 11 décembre 2001 susvisée, à l'article R. 1211-2 du code général de la propriété des personnes publiques et au 2° de l'article 5 du décret du 14 mars 1986 susvisé sont fixés à 180 000 euros. "
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'avis du service des domaines a été recueilli par le maire de Labastide-Savès avant que soit prise la décision de préemption en litige, alors que le prix figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner du 1er septembre 2021 excède le seuil de 180 000 euros fixé par l'arrêté du 5 décembre 2016 précité. Dès lors, le moyen soulevé par les requérants, tiré de ce que le maire de la commune n'a pas respecté cette consultation, qui constitue une garantie tant pour la commune que pour les propriétaires, doit être retenu. Dans ces conditions, M. B et Mme D sont fondés à soutenir que la décision du 1er septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Labastide-Savès a fait état de son intention de préempter partiellement leur propriété ainsi que la délibération du 25 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Labastide-Savès a décidé de préempter partiellement leur propriété sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.
4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. [] / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. " Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. "
5. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.
6. Il ressort des termes mêmes de la décision du 1er septembre 2021 du maire de la commune de Labastide-Savès et de la délibération du 25 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Labastide-Savès a décidé de préempter partiellement la propriété des requérants, que cette préemption " doit contribuer au développement de la commune par une augmentation maîtrisée de sa population ". Cette motivation ne renvoie à aucun objectif ou orientation, ni ne fait état d'aucun document ou étude justifiant la réalité d'un projet d'action ou d'aménagement, même encore imprécis, au sens des dispositions précitées du code de l'urbanisme.
7. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les dispositions et les exigences de motivation prévues par l'article L. 210-1 précité du code de l'urbanisme.
8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B et Mme D sont fondés à demander l'annulation de la décision du 1er septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Labastide-Savès a fait état de son intention de préempter partiellement leur propriété, de la délibération du 25 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Labastide-Savès a décidé de préempter partiellement leur propriété ainsi que de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux à l'encontre de cette décision et de cette délibération.
En ce qui concerne la décision portant refus implicite d'acquérir la totalité de l'unité foncière :
10. Aux termes des dispositions de l'article L. 213-2-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la réalisation d'une opération d'aménagement le justifie, le titulaire du droit de préemption peut décider d'exercer son droit pour acquérir la fraction d'une unité foncière comprise à l'intérieur d'une partie de commune soumise à un des droits de préemption institué en application du présent titre. Dans ce cas, le propriétaire peut exiger que le titulaire du droit de préemption se porte acquéreur de l'ensemble de l'unité foncière. "
11. Il ressort du site www.geoportail-urbanisme.gouv.fr, accessible tant au juge qu'aux parties, que seules les parcelles cadastrées section B nos 152 et 153 de l'ensemble immobilier des requérants sont incluses dans le périmètre du droit de préemption urbain. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commune aurait dû se porter acquéreuse de l'ensemble de l'unité foncière. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus implicite d'acquérir la totalité de l'unité foncière méconnaît les dispositions de l'article L. 213-2-1 du code de l'urbanisme ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Labastide-Savès sur leur demande tendant à ce qu'elle procède à l'acquisition de l'ensemble de l'unité foncière leur appartenant.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Labastide-Savès, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er septembre 2021 du maire de Labastide-Savès, la délibération du 25 septembre 2021 de son conseil municipal, par lesquelles la commune a exercé le droit de préemption urbain sur les parcelles cadastrées B152 et B153, ainsi que les décisions implicites rejetant le recours gracieux formé contre ces décisions, sont annulées.
Article 2 : La commune de Labastide-Savès versera à M. B et Mme D une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Mme C D et à la commune de Labastide-Savès.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller.
Mme Portès, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
La rapporteure,
signé
E. PORTES
La présidente,
signé
S. PERDU La greffière,
signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet du Gers, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026