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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200326

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200326

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 18 février et 29 juin 2022, Mme E D, représentée par l'AARPI Themis, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2022 par laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan a refusé de lui délivrer un permis de visite pour rencontrer son compagnon, M. B A, détenu dans cet établissement pénitentiaire ;

2°) d'enjoindre à la directrice du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan de réexaminer sa demande.

Elle soutient que :

- il leur est impossible de communiquer et de maintenir les liens ;

- aucune mesure d'éloignement ou d'interdiction d'entrer en contact n'a été édictée ;

- son compagnon a un comportement exemplaire en prison ;

- la décision attaquée fait obstacle à sa réinsertion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sellès, présidente,

- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a sollicité la délivrance d'un permis de visite pour rencontrer son compagnon, M. B A, détenu écroué au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan. Par une décision du 8 février 2022, la directrice de cet établissement a rejeté sa demande. Par sa requête, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 35 de la loi du 24 novembre 2009, dans sa version alors en vigueur : " Le droit des personnes détenues au maintien des relations avec les membres de leur famille s'exerce soit par les visites que ceux-ci leur rendent, soit, pour les condamnés et si leur situation pénale l'autorise, par les permissions de sortir des établissements pénitentiaires. Les prévenus peuvent être visités par les membres de leur famille ou d'autres personnes, au moins trois fois par semaine, et les condamnés au moins une fois par semaine. / L'autorité administrative ne peut refuser de délivrer un permis de visite aux membres de la famille d'un condamné, suspendre ou retirer ce permis que pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. / () Les permis de visite des prévenus sont délivrés par l'autorité judiciaire. / Les décisions de refus de délivrer un permis de visite sont motivées ". Aux termes de l'article R. 57-8-12 du code de procédure pénale, applicable au litige : " Les visites se déroulent dans un parloir ne comportant pas de dispositif de séparation. / Toutefois, le chef d'établissement peut décider que les visites auront lieu dans un parloir avec un tel dispositif : / 1° S'il existe des raisons sérieuses de redouter un incident ; / 2° En cas d'incident survenu au cours d'une visite antérieure ; / 3° A la demande du visiteur ou de la personne visitée () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 57-8-15 du même code, dans sa version alors en vigueur : " Les incidents mettant en cause les visiteurs sont signalés à l'autorité ayant délivré le permis qui apprécie si le permis doit être suspendu ou retiré ". Enfin, aux termes de l'article D. 403 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le permis délivré en application des articles R. 57-8-8 et R. 57-8-10 est soit permanent, soit valable pour un nombre limité de visites (). Pour des motifs de bon ordre, de sécurité et de prévention des infractions, et spécialement en cas de crime ou de délit relevant de l'article 132-80 du code pénal, le permis de visite peut être refusé à la personne victime de l'infraction pour laquelle la personne prévenue ou condamnée est incarcérée, y compris si la victime est membre de la famille du détenu () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que les décisions tendant à restreindre, supprimer ou retirer les permis de visite relèvent du pouvoir de police des chefs d'établissements pénitentiaires. Ces décisions affectant directement le maintien des liens des détenus avec leurs proches, sont susceptibles de porter atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il appartient en conséquence à l'autorité compétente de prendre les mesures nécessaires, adaptées et proportionnées pour assurer le maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement pénitentiaire ou, le cas échéant, la prévention des infractions sans porter d'atteinte excessive au droit des détenus.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à douze mois de prison, par jugement du tribunal correctionnel d'Auch du 26 octobre 2021 pour des faits de violences conjugales commis les 26 aout et 14 octobre 2021 sur la personne de Mme D. Il ressort également des pièces du dossier que M. A était en état de récidive légale pour avoir été condamné précédemment, le 17 juin 2021, par le même tribunal, à une peine définitive de dix-huit mois d'emprisonnement dont douze mois avec sursis, pour des faits identiques ou assimilés. Pour refuser le permis de visite que sollicitait Mme D, la directrice du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan s'est fondée, dans sa décision du 8 février 2022, sur la circonstance que celle-ci a été la victime des faits de violence pour lesquels son compagnon a été condamné, ainsi que sur la nécessité de maintenir le bon ordre et la sécurité de l'établissement, dès lors et qu'il existait un risque d'incident aux parloirs et de réitération de l'infraction. A cet égard, il n'est pas contesté que la mise en place d'une surveillance permanente par un agent pénitentiaire près de Mme D au parloir est difficilement réalisable compte tenu des effectifs et moyens dont dispose l'administration pénitentiaire. Eu égard aux faits ayant motivé les condamnations pénales de M. A, à leur caractère répété et récent, et aux risques que la présence de Mme D peut constituer pour elle-même et pour le maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement, et alors même que le tribunal judiciaire d'Auch n'a pas prononcé d'interdiction de contact entre les compagnons, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que la directrice du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan a opposé un refus à sa demande de délivrance d'un permis de visite. De plus, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de priver la requérante de tout contact avec M. A, compte tenu de la possibilité de maintenir les liens familiaux par courrier, dans les conditions prévues à l'article R. 57-8-16 du code de procédure pénale, ou par téléphone, dans les conditions prévues par l'article R. 57-8-21 du même code.

5. Il résulte de ce qui précède, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 février 2022 lui refusant la délivrance d'un permis de visite.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme E D, au garde des sceaux, ministre de la justice et à l'AARPI Themis.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

M. SELLÈS

L'assesseure,

L. NEUMAIER

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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