jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200357 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL (SELAFA) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février et 8 mars 2022, M. F C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur sa demande tendant au retrait de la décision du 13 octobre 2021 par laquelle le préfet délégué à la défense et à la sécurité du sud-ouest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie, ensemble, en tant que de besoin, cette décision du 13 octobre 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de constater l'imputabilité au service de sa maladie et de régulariser sa situation en conséquence, ou de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard, à compter de la décision à intervenir ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité qui devra justifier de sa compétence ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le syndrome anxio-dépressif dont il souffre est en lien non nécessairement exclusif mais bien direct avec ses conditions de travail, ce qui suffit à rendre sa pathologie imputable au service ; il est d'ailleurs en congé de longue durée depuis le 9 décembre 2019 pour une maladie qui résulte des vexations et des baisses de notation subies entre septembre 2016 et mai 2020 ;
- la décision du 13 octobre 2021 est également entachée d'erreur dans la qualification juridique des faits dès lors qu'elle réfute le rapport du médecin de prévention daté du 28 août 2020 et le rapport d'expertise médicale daté du 31 août 2021 qui constatent l'existence d'un lien essentiel et direct entre sa maladie et l'exercice de ses fonctions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait savoir que la défense de l'Etat dans la présente instance relève de la compétence du préfet de la zone de défense et de sécurité sud-ouest.
Par une lettre du 1er février 2024, la requête de M. C a été communiquée au préfet de la région Nouvelle-Aquitaine.
Par une ordonnance du 1er février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2024.
Un mémoire en défense présenté pour le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-ouest a été enregistré le 2 avril 2024 mais n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau,
- et les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C, brigadier de police, affecté au commissariat de police de Pau depuis septembre 2001, a été placé en congé de maladie à compter du 9 décembre 2019, pour des troubles anxio-dépressifs. Le 23 janvier 2020, il a demandé au préfet délégué pour la défense et la sécurité du sud-ouest de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie mais, par une décision du 13 octobre 2021, prise après avis défavorable de la commission de réforme, sa demande a été rejetée. Par une lettre du 7 décembre 2021, le requérant a exercé un recours tendant au retrait de cette décision, auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur sa demande, ensemble, en tant que de besoin, la décision du 13 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu et d'une part, par un arrêté du 11 octobre 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Gironde du même jour, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a donné délégation de signature à M. B D, directeur adjoint des ressources humaines du secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur sud-ouest, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des ressources humaines, à l'effet de signer les actes, arrêtés et décisions relatifs à la gestion administrative et financière des personnels du ministère de l'intérieur affectés dans le ressort de la zone de défense et de sécurité sud-ouest. En l'absence de contestation de ce que la directrice des ressources humaines a été absente ou empêchée, il est ainsi justifié de la compétence de M. D.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie. () ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () / 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif ; () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a adressé un recours hiérarchique au directeur départemental de la sécurité publique des Pyrénées-Atlantiques, par une lettre du 7 décembre 2021, reçue le 9 décembre 2021. En vertu des dispositions combinées des articles L. 114-2, L. 114-3 et L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, la décision implicite de rejet du recours hiérarchique exercé par M. C, née du silence gardé par l'administration pendant deux mois suivant la date de réception de ce recours, est réputée avoir été prise par l'autorité compétente. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 13 octobre 2021 et de l'auteur de la décision implicite de rejet litigieuse doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article ". Aux termes du troisième alinéa du IV de ce même article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, dans sa rédaction applicable : " Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le refus de reconnaître l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif dont souffre le requérant est fondé sur ce que, au regard des pièces produites à l'appui de la demande du 23 janvier 2020, l'existence d'un lien essentiel et direct entre la pathologie dont il souffre et les conditions d'exercice de ses fonctions entre 2016 et 2020, période incriminée par ce dernier, n'est pas établi, et que le taux d'incapacité permanente prévisible est inférieur à 25 %.
7. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
8. M. C fait valoir que ses troubles anxio-dépressifs sont en lien direct avec ses conditions de travail entre 2016 et 2020, à l'origine de son placement en congé de longue durée depuis le 9 décembre 2019. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a vu le projet de notation communiqué en septembre 2016 par son supérieur direct, modifié dans un sens défavorable par le supérieur de ce dernier, et il est soutenu que cette modification l'a privé de toute possibilité d'avancement au grade de brigadier-chef.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'il a souffert d'un syndrome d'épuisement professionnel qu'il attribue à une surcharge d'activité, et qu'il aurait bénéficié de l'assistance du psychologue de la préfecture. Il a en outre été victime, au cours d'une séance d'entraînement au tir organisée le 17 mars 2017, d'une blessure dont l'imputabilité au service a été reconnue par une décision du 11 juillet 2017. Il ressort encore des pièces du dossier qu'il a été placé en congé de maladie pendant neuf mois avant de reprendre son activité à temps partiel pour motifs thérapeutiques, avec interdiction de port d'arme de service sur la voie publique et de contact avec les victimes et les auteurs d'infraction. Le 20 novembre 2019, il a été suspecté d'avoir endommagé un véhicule de service utilisé à l'occasion d'une mission, ce qu'il a réfuté, mais a entraîné une rechute de ses troubles anxio-dépressifs. Il a alors consulté le médecin de prévention qui a estimé que son état de santé n'était temporairement plus compatible avec la poursuite de son activité professionnelle et M. C a été placé en congé de longue durée. Dans le même temps, M. C a vu sa notation baisser de 6 sur 7 en 2016 à 4 sur 7 en 2019.
10. Si, par ailleurs, M. C fait valoir que le rapport établi par le médecin de prévention le 28 août 2020 décrit une réelle souffrance au travail et un lien entre le poste occupé et la pathologie en cause, et que l'expertise médicale du 31 août 2021 précise qu'il " a présenté des troubles en lien essentiel et direct avec le service ", il ressort toutefois du rapport d'expertise rédigé par le médecin psychiatre M. E, après examen du requérant le 9 mai 2017, que ce dernier " décrit un long parcours douloureux au sein de la police avec multiples conflits bien qu'il soit dans l'ensemble reconnu dans sa qualité de travail. Il fonctionne donc sur un mode sensitif avec vécu hostile et il se sent en but à diverses manipulations de la part de sa hiérarchie. L'état présenté est sévère et invalidant et justifie la mise en place de soins psychiatriques ". De plus, dans un rapport d'expertise du 15 janvier 2020, le médecin psychiatre M. E précise encore qu'il " existait manifestement une souffrance au travail ayant induit un champ anxio-dépressif prégnant avec tension psychique (). Ces troubles évoluaient sur une personnalité fragile du registre anxieux ". En outre, le rapport d'expertise établi le 31 août 2020 par le médecin psychiatre M. A fait état de ce que M. C a dit connaître " des difficultés depuis une dizaine d'années avec des somatisations ". Ce médecin précise que " la décompensation correspond à un refus d'une promotion par sa hiérarchie, ce qui a entraîné un sentiment de manque de reconnaissance. Il avait alors présenté des troubles du sommeil, des ruminations permanentes, une anxiété, des attaques de panique, une fatigabilité ". Dans sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, rédigé le 23 janvier 2020, le requérant évoque lui-même son incompréhension face à une absence de perspective de promotion. Il ressort néanmoins des pièces du dossier, notamment de son évaluation du 30 septembre 2016, que le requérant ne maîtrise que certaines thématiques de son groupe des affaires générales et qu'il n'arrive pas à réagir avec efficacité et sérénité face à des situations non programmées. Enfin, par un avis repris dans la décision du 13 octobre 2021, la commission de réforme qui s'est réunie le 21 septembre 2021 a estimé qu'il n'existait pas de lien essentiel et direct entre la pathologie du requérant et le service, par trois votes contre un et deux abstentions.
11. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que si les faits intervenus entre 2016 et 2020 ont pu contribuer au développement ou à la manifestation des troubles anxio-dépressifs du requérant, ceux-ci sont essentiellement liés des réactions d'anxiété consécutives au suicide d'un collègue, à un parcours dans la police caractérisé par de multiples conflits et à l'absence de promotion au grade de brigadier-chef. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la reconnaissance, par une décision du 11 juillet 2017, de l'imputabilité au service de la blessure reçue au cours d'une séance d'entraînement au tir dès lors qu'elle porte sur une affection distincte de ses troubles anxio-dépressifs, ni de la reconnaissance du statut de travailleur handicapé par une décision du 7 mai 2020, liée au constat de l'impact de ses pathologies sur sa capacité de travailler. Dès lors, les troubles anxio-dépressifs dont M. C a été affecté à compter de 2016 ne peuvent être regardés comme étant imputables au service. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du 13 octobre 2021 refusant la reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie du requérant, et la décision implicite de rejet du recours exercé contre cette décision, seraient entachées d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur dans la qualification juridique des faits.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. La présente décision qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction doivent donc être également rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. F C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité sud-ouest
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Portès, conseillère
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
S. ROUSSEAU
La présidente,
signé
S. PERDU
La greffière,
signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026