vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200387 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et des mémoires enregistrés les 14 février, 10 mars et 14 avril 2022, les 1er et 10 novembre 2023 et les 7 et 18 mars 2024, M. B D, agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur M. A D, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 3 février 2022 prise après exercice du recours administratif préalable obligatoire, par laquelle la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées a refusé de reconnaître à son fils M. A D la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ;
2°) d'annuler la décision du 3 février 2022 prise après exercice du recours administratif préalable obligatoire, par laquelle la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées a refusé d'accorder à son fils M. A D le bénéfice de la prestation de compensation du handicap (PCH) ;
3°) d'annuler la décision du 3 février 2022 prise après exercice du recours administratif préalable obligatoire, par laquelle la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées a refusé d'accorder à son fils M. A D le bénéfice de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) ;
4°) d'annuler la décision du 3 février 2022 prise après exercice du recours administratif préalable obligatoire, par laquelle la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées a refusé d'accorder à son fils M. A D le bénéfice du parcours de scolarisation et/ou de formation avec ou sans accompagnement par un établissement scolaire ;
5°) d'engager la responsabilité de la maison départementale de l'autonomie des Hautes -Pyrénées sur le fondement des dispositions de l'article R.241-31 du code de l'action sociale et des familles ;
6°) de condamner la maison départementale des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées à lui verser la somme de 2 000 euros à titre de dommages et intérêts sur le fondement des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.
Il soutient que :
- son fils, A D, est atteint de troubles multi-dys-sévères ;
- il a fait l'objet d'un plan d'accompagnement personnalisé ; aucun aménagement n'a été mis en place ;
- le refus de lui reconnaitre la qualité de travailleurs handicapé méconnait les dispositions de l'article L. 112-2 du code de l'éducation ; elle est mal motivée dès lors que les troubles dont son fils est atteint relèvent du handicap au sens des dispositions de l'article L. 114 du code de l'action social et des familles ;
- les refus qui lui sont opposés méconnaissent le principe d'égalité.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par courrier du 15 mars 2022, que la solution du litige était susceptible d'être fondée, en partie, sur le moyen soulevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 3 février 2022 portant sur le parcours de scolarisation et/ou de formation avec ou sans accompagnement par un établissement ou un service médico-social, sur l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé et sur le bénéfice de la prestation de compensation du handicap.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 et 15 mars 2024, la maison départementale des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
-la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant sur le parcours de scolarisation et/ou de formation avec ou sans accompagnement par un établissement ou un service médico-social, l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ainsi que le bénéfice de la prestation de compensation du handicap et au rejet du surplus des conclusions ;
-les moyens soulevés à l'encontre du refus de reconnaitre à M. A D la qualité de travailleur handicapé ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, à l'audience que la solution du litige était susceptible d'être fondée sur l'impossibilité pour M. A D de se voir reconnaître la qualité de travailleur handicapé dès lors qu'il est âgé de moins de quinze ans.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 20 mars 2024 à 14 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience :
-le rapport de Mme Quéméner ;
-et les observations de M. D, qui confirme ses écritures et fait valoir en réplique aux observations en défense de l'administration que contrairement à ce qui est soutenu, il a transmis tous les bilans concernant son fils ; qu'il est d'ailleurs contradictoire que soit rejeté le bilan orthophonique de diagnostic définitif ;
- et les observations de Mme Dulout représentant la maison départementale des personnes handicapées de Hautes-Pyrénées qui indique que M.A D, a été reçu en 2021 et qu'il était alors autonome ; qu'il justifiait d'un niveau scolaire normal ; que comme cela été indiqué dans les écritures le bilan de 2023 ne prouve pas le handicap, car les troubles dont il est atteint n'ont pas de retentissement sur sa vie ; ce qui signifie que sa maladie relève donc de la difficulté et pas du handicap ; son accompagnement relève donc de l'éducation nationale et pas de la MDPH ; mais que rien ne fait obstacle au dépôt d'une nouvelle demande si de nouvelles difficultés sont apparues.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a sollicité le 16 mars 2021 au bénéfice de son fils A D, né le 30 mars 2009, l'attribution de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH), la prestation de compensation du handicap (PCH), la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et le parcours de scolarisation et/ou de formation avec ou sans accompagnement par un établissement ou un service médico-social. Ces demandes ont été rejetées par la commission départementale des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées par des décisions du 8 novembre 2021, confirmées après rejet des recours administratifs préalables obligatoires exercés par M. D par des décisions du 3 février 2022. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte de l'instruction, qu'à la date du présent jugement le pôle social du tribunal judiciaire de Tarbes, saisi par M. D, a statué par un jugement du 2 mars 2023, sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions de refus d'attribuer à son fils A le bénéfice de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé, de la prestation de compensation du handicap et du parcours de scolarisation et/ou de formation avec ou sans accompagnement par un établissement ou un service médico-social.
3. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a donc lieu de se prononcer que sur la décision de refus de reconnaitre la qualité de travailleur handicapé à M. A D.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé :
4. Aux termes de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles : " I. - La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : / () 4° Reconnaître, s'il y a lieu, la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par l'article L. 5213-1 du code du travail ; / () ". Aux termes de l'article R. 241-31 du même code : " Les décisions de la commission sont motivées. Elles sont prises au nom de la maison départementale des personnes handicapées. Leur durée de validité ne peut être inférieure à un an ni excéder dix ans sauf dispositions législatives ou réglementaires spécifiques contraires. / La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et l'orientation vers le marché du travail, prévues par l'article L. 5213-2 du code du travail, sont attribuées sans limitation de durée à toute personne qui présente, compte tenu des données de la science, une altération définitive d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale, cognitive ou psychique qui réduit ses possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi. / (). "
5. Aux termes de l'article L. 5213-1 du code du travail : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Et aux termes de l'article L. 5213-2 de ce code dans sa rédaction en vigueur à la date du présent jugement : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle. L'orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle vaut reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé / Pour les personnes âgées de quinze à vingt ans, l'attribution de l'allocation mentionnée à l'article L. 541-1 du code de la sécurité sociale ou de la prestation mentionnée à l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi que le bénéfice d'un projet personnalisé de scolarisation valent reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. "
6. Eu égard à son office lorsqu'il est saisi d'un recours formé contre une décision d'une commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées statuant, en application des dispositions du 4° du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, sur une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé au sens de l'article L. 5213-1 du code du travail, il appartient au juge administratif de se prononcer sur la qualité de travailleur handicapé de la personne intéressée en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision.
7. Il résulte de l'instruction que M. A D, ainsi qu'il a été exposé au point 1, est né le 30 mars 2009, de sorte qu'il est âgé de moins de quinze ans à la date du présent jugement. Dans ces conditions, il est insusceptible de bénéficier des dispositions précitées du code du travail ouvrant droit à la qualité de travailleurs handicapé. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 3 février 2022 de la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées a rejeté la demande présentée par M. D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. Si M. D demande au tribunal d'engager la responsabilité de la maison départementale de l'autonomie des Hautes-Pyrénées sur le fondement des dispositions de l'article R.241-31 du code de l'action sociale et des familles, il n'assortit pas ces conclusions des précisions permettant au tribunal d'en apprécier la portée. Par ailleurs, et en tout état de cause, ainsi qu'il a été exposé au point 7, et ainsi que le reconnaît d'ailleurs le requérant dans ses écritures, son fils A, qui n'a pas atteint l'âge de quinze ans à la date du présent jugement, ne peut, pour ce seul motif, bénéficier de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Dans ces conditions, l'administration n'a en tout état de cause commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard du requérant. Et les conclusions indemnitaires qu'il présente, lesquelles au demeurant ne sont pas chiffrées, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. M. D qui demande au tribunal de condamner la maison départementale des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées à lui verser la somme de 2 000 euros à titre de dommages et intérêts sur le fondement des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, doit ainsi être regardé comme sollicitant qu'il soit fait application à son profit des dispositions précitées de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Toutefois, la maison départementale des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées n'ayant pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit droit aux conclusions du requérant.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la maison départementale des personnes handicapées des Hautes-Pyrénées.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La présidente,
signé
V. QUEMENERLa greffière,
signé
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026