mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200498 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | BIOU |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête, enregistrée le 8 mars 2022 sous le n°2200498, Mme D F, représentée par Me Biou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a confirmé un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 5 811 euros pour la période courant de juillet 2019 à avril 2021 et de la décharger du remboursement de cette somme ;
2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation dans la mesure où la communauté d'intérêts retenue par la caisse d'allocations familiale n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II - Par une requête, enregistrée le 8 mars 2022 sous le n°2200499, Mme D F, représentée par Me Biou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a confirmé l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 200 euros relative au mois de mai 2020 et de la décharger du remboursement de cette somme ;
2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation dans la mesure où la communauté d'intérêts retenue par la caisse d'allocations familiales n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
III - Par une requête, enregistrée le 8 mars 2022 sous le n°2200500, Mme D F, représentée par Me Biou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a confirmé l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 200 euros relative au mois de novembre 2020 et de la décharger du remboursement de cette somme ;
2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation dans la mesure où la communauté d'intérêts retenue par la caisse d'allocations familiales n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
IV - Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022 sous le n°2201237, Mme D F, représentée par Me Biou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 avril 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a confirmé l'indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 831 euros pour la période d'avril à juin 2019 et de la décharger du remboursement de cette somme ;
2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation dans la mesure où la communauté d'intérêts retenue par la caisse d'allocations familiale n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;
- le décret n°2020-1453 du 27 novembre 2020 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 23 mai 2024 à 14 heures :
- le rapport de Mme G ;
- et les conclusions de Mme Réaut rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, bénéficiaire de l'allocation de logement familiale, s'est vu notifier le 26 juillet 2021 par la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques des indus d'allocation de logement familiale d'un montant de 5 811 euros pour la période de juillet 2019 à avril 2021 (IM4 1) et d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant total de 400 euros pour les mois de mai et novembre 2020 (INQ 02 et INQ 01). Le 10 novembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques lui a notifié un indu supplémentaire d'allocation de logement familiale d'un montant de 831 euros pour la période d'avril à juin 2019 (IM4 002). Mme F a contesté ces décisions devant la commission de recours amiable les 9 août et 29 novembre 2021. Ces recours ont été rejetés par des décisions du directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées en date des 10 janvier et 11 avril 2022. Par les présentes requêtes, Mme F demande au tribunal d'annuler les décisions des 10 janvier et 11 avril 2022.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées, présentées par Mme F, enregistrées sous les n° 2200498, 2200499, 2200500 et 2201237 qui concernent la situation d'un même allocataire et sont dirigées contre les décisions d'indu qui ont été prises à son encontre présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de logement familiale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité des décisions attaquées :
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les décisions attaquées des 10 janvier et 11 avril 2022 ont été signées par M. C E, directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques. Ces décisions incorporent les avis de la commission de recours amiable en date des 7 janvier et 8 avril 2022, qui ont été signés par Mme H A, en sa qualité de présidente de la commission de recours amiable, laquelle était compétente, en application des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, pour signer seule les décisions prises par cette autorité administrative de caractère collégial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
5. En second lieu, les décisions attaquées du 10 janvier 2022 en tant qu'elles portent sur des indus d'aide exceptionnelle de solidarité indiquent que le dossier de Mme F a été régularisé à la suite d'un contrôle ayant révélé une communauté d'intérêts non-déclarée avec M. B sur la période d'avril 2019 à avril 2021. Elles rappellent la nature de chaque créance correspondant à des indus d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 200 euros pour le mois de mai 2020 et du même montant pour le mois de novembre 2020. En outre, après avoir exposé l'argumentaire de l'allocataire, elles citent les dispositions du décret n°2020-519 du 5 mai 2020 et du décret n°2020-1453 du 27 novembre 2020 applicables en l'espèce et rejettent explicitement le recours formé par la requérante à l'encontre de la décision du 26 juillet 2021 lui notifiant les indus litigieux. Ces décisions comportent ainsi la mention des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des indus :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : () / 2° Les allocations de logement : / a) l'allocation de logement familiale ; () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 822-2 de ce code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 1 du décret n°2020-519 du 5 mai 2020 : " I - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : () / 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation susvisé ou, à Saint-Pierre-et-Miquelon, l'allocation de rentrée scolaire prévue par le 10° de l'article 11 de l'ordonnance du 26 septembre 1977 susvisée ; () ". Aux termes de l'article 1 du décret n°2020-1453 du 27 novembre 2020 : " I - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : () / 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation ou, à Saint-Pierre-et-Miquelon, l'allocation de rentrée scolaire prévue par le 10° de l'article 11 de l'ordonnance du 26 septembre 1977 susvisée ; () ". Enfin, l'article 4 de ces décrets dispose : " I - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle le versement de l'aide exceptionnelle a été perçu ".
8. Mme F conteste l'existence d'une communauté d'intérêts avec M. B, ayant justifié la régularisation de son dossier à compter du mois d'avril 2019 et généré des indus d'allocation de logement familiale d'un montant total de 6 642 euros au titre de la période d'avril 2019 à avril 2021. Si l'intéressée reconnait avoir entretenu une relation avec M. B, elle fait toutefois valoir que M. B, domicilié chez ses parents, ne vivait pas avec elle et ne participait pas aux charges de son foyer. Elle produit notamment pour en justifier un avis d'imposition de M. B sur lequel l'adresse des parents de ce dernier est mentionnée en tant qu'adresse d'imposition au 1er janvier 2020, ainsi qu'une attestation d'hébergement établie par son père le 4 mars 2021. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des déclarations de Mme F lors de sa plainte déposée le 21 avril 2021, que M. B, avec lequel elle était " en couple pendant trois ans environ ", et qui vivait " officiellement " chez ses parents, était très régulièrement présent à son domicile, qui était considéré par celui-ci comme étant " son logement ", pour " dormir, manger, laver son linge, se doucher ", et qu'il ne l'a quitté que le 18 avril 2021. En outre, les relevés bancaires de Mme F font apparaître des sommes régulièrement versées par M. B entre juin 2019 et janvier 2021, pouvant atteindre 400 euros, pour un montant total de 2 348 euros. Si la requérante fait valoir que ces virements correspondaient aux remboursements de sommes qu'elle avait engagées pour lui, elle ne justifie que du remboursement d'une partie de ces sommes, à hauteur de 450 euros, par la production de trois chèques d'un montant de 150 euros adressés à un chirurgien-dentiste en mai 2019 afin de régler les frais dentaires de M. B. Au demeurant, ainsi que le soutien en défense la caisse d'allocations familiales, plusieurs dépôts de chèques et d'espèces non déclarés par la requérante et dont elle ne justifie pas de la provenance, figurent sur ses relevés bancaires au titre de la période litigieuse pour un montant total de plus de 4 000 euros. Dans ces conditions, les documents produits par la requérante ne sont pas de nature à démontrer que M. B ne faisait pas partie, au titre de la période litigieuse, des personnes composant son foyer au sens des dispositions réglementaires précitées, alors que la communauté de vie, ou à tout le moins une communauté d'intérêts, ressort d'un faisceau d'indices suffisamment concordants. C'est donc à bon droit que le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a confirmé le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement familiale mis à la charge de Mme F.
9. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme F a perçu l'aide exceptionnelle de solidarité au titre des mois de mai et novembre 2020 en qualité de bénéficiaire d'une aide au logement. Or, en raison de l'absence de droit à l'allocation de logement familiale au titre de la période d'avril 2019 à avril 2021, l'intéressée n'était plus éligible à l'aide exceptionnelle de solidarité en vertu de l'article 1 des décrets n°2020-519 du 5 mai 2020 et n°2020-1453 du 27 novembre 2020. Dans ces conditions, c'est également à bon droit que le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a considéré que la requérante était tenue au remboursement des aides exceptionnelles de solidarité de fin d'année versées au titre des mois de mai et novembre 2020.
10. Il résulte de tout de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 10 janvier et 11 avril 2022 par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a rejeté ses recours administratif préalables dirigés contre les décision des 26 juillet et 10 novembre 2021 lui notifiant des indus de diverses prestations en tant qu'elles portent sur des indus d'allocation de logement familiale d'un montant total de 6 642 euros pour la période d'avril 2019 à avril 2021 (IM4 1 et IM4 002), et d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant total de 400 euros pour les mois de mai et novembre 2020. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions tendant à la décharge du remboursement de ces indus.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande Mme F au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme F sont rejetées.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D F et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Nos 2200498
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