mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200539 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mars et 15 décembre 2022, M. B D, représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 février 2022 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa situation administrative et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle porte également une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée, enfin, d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il précise que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, aucune partie n'étant présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 28 août 1997 à Isser (Algérie), est entré sur le territoire français en août 2020, selon ses déclarations, dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour, en qualité de conjoint de français, déposée le 22 septembre 2021, en préfecture des Pyrénées-Atlantiques. Par une décision du 22 février 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté cette demande et, par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision attaquée mentionne l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, sur lequel le préfet s'est fondé pour refuser la délivrance d'un titre de séjour. En outre, elle expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, en particulier son mariage avec une ressortissante française, le 18 septembre 2021, l'absence de justification d'une entrée régulière sur le territoire français et la présence de ses parents dans son pays d'origine. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé, même de manière succincte, des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien fondé. De plus, contrairement à ce que soutient M. D, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait propres à la situation de l'intéressé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cette décision, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.
4. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France le 30 août 2020, selon ses déclarations. La durée de sa présence en France se limitait ainsi à environ 18 mois à la date de la décision attaquée, tandis qu'il n'est pas contesté que cette entrée sur le territoire français était irrégulière. En outre, si M. D s'est marié, le 18 septembre 2021, avec une ressortissante française née en 1971, et s'il fait valoir qu'il réside au même domicile que son épouse, il ne démontre pas, par la production de certains justificatifs à leurs deux noms, postérieurs au 23 juin 2021, en particulier des factures relatives à des contrats de fourniture de gaz, une attestation d'assurance de responsabilité civile et une attestation de versement de l'allocation de logement, la réalité et l'ancienneté de cette communauté de vie à la date de la décision attaquée. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment des déclarations du requérant, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel résident ses parents, et où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Dans ces conditions, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des conditions de son séjour en France, et nonobstant l'exercice d'une activité professionnelle, par des contrats de courte durée, entre décembre 2021 et mars 2022, le requérant ne saurait être regardé comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Par suite, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale et les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle doit également être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande de verser à son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 4 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Duchesne, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
Le rapporteur,
Signé : F. ALa présidente,
Signé : S. PERDULa greffière,
Signé : M. C
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026