jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200598 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 mars 2022 et le 30 mai 2023, Mme K I épouse E, Mme A E épouse C, M. B E, M. D E, Mme F E épouse G et M. H E, représentés par Me Sornique, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2022 par lequel le maire de Saint-Jean-de-Luz a refusé de délivrer à l'indivision L un permis d'aménager en vue de la création de six lots à bâtir et d'un lot bâti sur une parcelle cadastrée section AP n° 208, située 1 300 chemin de Chantaco ;
2°) d'enjoindre au maire de Saint-Jean-de-Luz de délivrer le permis d'aménager sollicité, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du jugement à venir ;
3°) et de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean-de-Luz une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué se fonde à tort sur les dispositions du plan local d'urbanisme approuvé le 22 février 2020, tandis qu'aucune disposition du plan local d'urbanisme antérieur approuvé le 28 juillet 2006 n'interdit le projet ;
- il est entaché, en outre, d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article
L. 121-8 du code de l'urbanisme, le terrain d'assiette se situant en secteur urbanisé du quartier de Chantaco.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 février 2023 et le 10 juillet 2023, la commune de Saint-Jean-de-Luz, représentée par Me Bouyssou, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- les observations de Me Chaput, représentant Mme I épouse E et autres, et de Me Malbert, représentant la commune de Saint-Jean-de-Luz.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 18 janvier 2022, le maire de Saint-Jean-de-Luz a refusé de délivrer à l'indivision L le permis d'aménager sollicité le 21 décembre 2018 en vue de la création de six lots à bâtir et d'un lot bâti, sur un terrain situé 1 300 chemin de Chantaco. Mme I épouse E et autres demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le refus du permis d'aménager sollicité est fondé sur ce que le projet méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Par suite, bien que l'arrêté vise le plan local d'urbanisme approuvé par délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque du
22 février 2022, le maire n'a aucunement fondé son refus sur l'application de dispositions du plan local d'urbanisme en vigueur. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement invoquer la circonstance que les dispositions du plan local d'urbanisme (PLU) applicables en vertu des dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme en raison de l'annulation du sursis à statuer précédemment opposé en 2019, ne seraient pas celles adoptées en 2020 mais celles de l'ancien plan local d'urbanisme, approuvé en 2006, et du règlement de l'aire de valorisation de l'architecture et du patrimoine-site patrimonial remarquable.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (ELAN) : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants./ Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages. ". Le III de l'article 42 de la même loi prévoit que : " Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi. ". Le V du même article précise que les mots " en continuité avec les agglomérations et villages existants " - qui remplacent les mots : " soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement " s'appliquent " sans préjudice des autorisations d'urbanisme délivrées avant la publication de la présente loi ". Cette modification de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ne s'applique pas " aux demandes d'autorisation d'urbanisme déposées avant le 31 décembre 2021 ni aux révisions, mises en compatibilité ou modifications de documents d'urbanisme approuvées avant cette date ".
4. La loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (ELAN) ayant été publiée au Journal officiel de la République française du 24 novembre 2018 et la présente demande de permis d'aménager ayant été déposée le 21 décembre 2018, les dispositions du V citées au point précédent sont applicables en l'espèce, de sorte que l'alinéa 1er dans sa version antérieure à sa modification par la loi du 23 novembre 2018 est applicable. Par ailleurs, l'arrêté attaqué ayant été pris postérieurement au 31 décembre 2021, le deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version issue de la loi du 23 novembre 2018, est applicable.
5. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le maire de Saint-Jean-de-Luz a refusé le permis sollicité sur le fondement de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, en précisant que le lotissement projeté se situe dans un secteur distant de près de trois kilomètres de l'agglomération de Saint-Jean-de-Luz, séparé de l'agglomération par l'autoroute A 63 et par de vastes espaces naturels boisés ou agricoles et qu'il se situe ainsi dans une zone d'urbanisation diffuse composée de parcelles agricoles, d'espaces boisés et supportant un habitat pavillonnaire diffus, ne pouvant être étendu ni densifié au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
6. D'une part, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable en l'espèce, antérieure à la modification issue de la loi du 23 novembre 2018 dite loi " ELAN ", que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser dans les communes littorales, soit en continuité avec les agglomérations et les villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. En outre, constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité, significatifs de constructions.
7. Le projet consiste en un détachement de six lots à bâtir, de contenances respectives de 5 877 m², 4 028 m², 3 767 m², 3 972 m², 3 961 m² et 3 914 m², sur le terrain composé des parcelles cadastrées section AP nos 208 et 202p, situé au lieudit " Fagosse ", au numéro 1 300 du chemin de Chantaco. Le terrain d'assiette ne se situe ni en continuité de l'agglomération luzienne, dont elle est distante d'environ 3 km, et dont il est séparé non seulement par l'autoroute, mais aussi par des parcelles boisées ou en état de prairie, vierges de construction. Il n'est pas davantage situé en continuité avec le quartier plus densément construit de Chantaco, situé au sud-ouest et dont il est également séparé par des parcelles à l'état naturel et par des boisements. Le lotissement projeté ne se situe ainsi pas en continuité avec un village ou une agglomération existante.
8. D'autre part, le deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018, ouvre la possibilité, dans les autres secteurs urbanisés qui sont identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, à seule fin de permettre l'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et l'implantation de services publics, de densifier l'urbanisation, à l'exclusion de toute extension du périmètre bâti et sous réserve que ce dernier ne soit pas significativement modifié. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les espaces d'urbanisation diffuse éloignés de ces agglomérations et villages. Il ressort des dispositions de ce 2ème alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que les secteurs déjà urbanisés qu'elles mentionnent se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs.
9. Il ressort des pièces du dossier que le Chemin de Chantaco, qui borde le lotissement projeté, dessert, sur le côté opposé à celui du projet, des parcelles comportant quelques constructions. Cet ensemble se situe au nord-est du quartier de Chantaco, dans un secteur au contact avec des surfaces boisées, qui supporte des constructions de répartition diffuse, et est dépourvu d'équipements publics ou collectifs. Le terrain d'assiette, en dépit de ce qu'il est raccordé aux réseaux et longe une voie desservant d'autres constructions, doit être regardé comme situé dans un espace d'urbanisation diffuse éloigné des zones agglomérées existantes, et ne relève ainsi pas des secteurs déjà urbanisés au sens du deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
10. Dans ces conditions, le projet des requérants constitue une extension de l'urbanisation qui ne s'inscrit pas en continuité avec une agglomération ou un village existant, ni ne s'insère dans un secteur déjà urbanisé au sens des dispositions précitées de la loi du
23 novembre 2018. Par suite, le maire de Saint-Jean-de-Luz n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme I épouse E et autres doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme I épouse E et autres, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent, par suite, qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint-Jean-de-Luz, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à Mme I épouse E et autres la somme qu'ils demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Jean-de-Luz et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme I épouse E et autres est rejetée.
Article 2 : Mme I épouse E et autres verseront à la commune de Saint-Jean-de-Luz une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme K I épouse E, et à la commune de Saint-Jean-de-Luz.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Genty, première conseillère,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
V. DUMEZ-FAUCHILLE
La présidente,
Signé
S. PERDU La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026