mercredi 13 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200676 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | WORBE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mars 2022 et le 2 février 2024, M. C B, représenté en dernier lieu par Me Worbe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la mise en demeure de reverser la somme de 13 535 euros, correspondant à des trop-versés de soldes et d'indemnités, émise à son encontre le 24 septembre 2021, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur l'opposition formée à l'encontre de cette mise en demeure ;
2°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la mise en demeure du 24 septembre 2021 ne comporte pas la signature d'une autorité compétente pour la délivrer ;
- le montant mentionné ne correspond pas à celui figurant sur le titre de perception émis le 23 septembre 2014 ;
- la créance litigieuse est prescrite en application des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 ; à tout le moins, elle est prescrite à concurrence d'une somme de 23 023,81 euros correspondant aux créances de l'État se rattachant à la période comprise entre le 1er octobre 2011 et le 11 novembre 2012, ainsi qu'en a décidé le présent tribunal par un jugement n° 1800234 du 5 avril 2019, devenu définitif et revêtu de l'autorité de la chose jugée ;
- l'administration ne justifie pas que la prescription de l'action en recouvrement de la créance litigieuse a été interrompue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, la direction départementale des finances publiques de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau ;
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Worbe représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par une lettre du 1er juillet 2014, le centre expert des ressources humaines et de la solde a informé M. B d'un indu de rémunération de 27 575,64 euros, pour la période comprise entre le 1er octobre 2011 et le 14 juin 2013. La direction départementale des finances publiques (DDFIP) de l'Ardèche a émis à l'encontre de l'intéressé, le 23 septembre 2014, un titre de perception d'un montant de 27 576 euros. Le 28 février 2017, une saisie à tiers détenteur a été notifiée à M. B, lequel a formé une opposition à cette saisie. Par un jugement n° 1800234 du 5 avril 2019, devenu définitif, le présent tribunal a annulé cette saisie à tiers détenteur en tant qu'elle visait à recouvrer auprès de la société Gan Prévoyance un indu de rémunération pour la période antérieure au 12 novembre 2012, et a rejeté le surplus des conclusions, notamment celles dirigées contre le titre exécutoire du 23 septembre 2014. Le 24 septembre 2021, la DDFIP de l'Ardèche a mis M. B en demeure de payer un montant de 13 535 euros correspondant à la partie de l'indu de rémunération qui n'avait pas encore été recouvrée, assortie d'une majoration de 10 % pour retard de paiement. L'intéressé a formé une opposition à l'encontre de cet acte de poursuite, par une lettre du 23 novembre 2021, reçue par la DDFIP de l'Ardèche le 26 novembre 2021. Le silence gardé pendant plus de deux mois par le directeur de la DDFIP de l'Ardèche sur cette opposition a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet acte de poursuite, ensemble la décision implicite de rejet de l'opposition formée à son exécution.
Sur les conclusions principales :
En ce qui concerne la régularité de la mise en demeure du 24 septembre 2021 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : () / 3° Quelles que soient les modalités selon lesquelles ils sont portés à la connaissance des intéressés, (), les mises en demeure de souscrire une déclaration ou d'effectuer un paiement () ".
3. Il résulte de l'instruction que la mise en demeure valant commandement de payer du 24 septembre 2021 comporte les prénom, nom et qualité de son auteur, M. E A, responsable de division, ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, à savoir le service des recettes non fiscales de la DDFIP de l'Ardèche. Par suite, le moyen tiré de ce que l'acte attaqué ne comporte pas la signature de son auteur doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " (). Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. En cas d'erreur de liquidation, l'ordonnateur émet un ordre de recouvrer afin, selon les cas, d'augmenter ou de réduire le montant de la créance liquidée. Il indique les bases de la nouvelle liquidation. () ".
5. Il résulte de l'instruction que si le titre de perception émis le 23 septembre 2014 porte sur un montant de 27 576 euros, le montant de l'indu de rémunération que l'administration cherche à recouvrer a été réduit à 27 555 euros à la suite d'une décision du 30 avril 2019, consécutive au jugement précité du 5 avril 2019, selon des modalités détaillées dans l'état de calcul du 12 avril 2019, joint à cette décision. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. B s'est acquitté du remboursement d'un montant de 11 773 euros, par des virements mensuels au trésor public, de mars 2015 à septembre 2019, et de 5 000 euros en exécution de la saisie à tiers détenteur notifiée le 28 septembre 2020, de sorte que la mise en demeure de payer une somme de 13 535 euros porte sur le montant de l'indu restant à recouvrer, soit 10 782 euros, assorti d'une majoration de 2 753 euros. Dans ces conditions, la contestation du montant de la créance dont le remboursement est mis à la charge de M. B pour le seul motif tiré de ce que le montant mentionné dans l'acte attaqué ne correspond pas à celui figurant sur le titre de perception émis le 23 septembre 2014, ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne l'exigibilité de la créance litigieuse :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. () ".
7. Il résulte de l'article 37-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000, dans sa rédaction issue de l'article 94 de la loi n° 2011-1978 du 28 décembre 2011, qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération, y compris les avances et, faute d'avoir été précomptées sur la rémunération, les contributions ou cotisations sociales. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil. Il en résulte que tant la lettre par laquelle l'administration informe un agent public de son intention de répéter une somme versée indûment qu'un ordre de reversement ou un titre exécutoire interrompent la prescription à la date de leur notification. La preuve de celle-ci incombe à l'administration.
8. Il résulte de l'instruction qu'une somme de 27 555 euros a été indûment versée à M. B en septembre 2013, au titre de la solde de base et de plusieurs indemnités accessoires de la solde se rattachant à la période du 1er octobre 2011 au 30 mai 2013. A cet égard, l'administration produit en défense un extrait de synthèse des virements effectués, ainsi que le bulletin de solde de septembre 2013 et, en outre, le requérant a lui-même reconnu le versement de cet indu en procédant à des remboursements volontaires. Si un titre de perception a été émis le 23 septembre 2014 en vue de recouvrer les sommes restant en litige, faute de date certaine de sa notification, c'est au plus tard le 12 novembre 2014, lorsque M. B a adressé une demande de remise gracieuse à la DDFIP de l'Ardèche, que l'intéressé est réputé avoir eu connaissance de cette créance. Dès lors, la prescription de la créance litigieuse a été interrompue le 12 novembre 2014, soit dans le délai de deux ans qui expirait le 1er octobre 2015. Par suite, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de la prescription de cette créance.
9. En second lieu, aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".
10. Le délai de prescription de l'action en recouvrement de la créance litigieuse est de cinq ans en application de l'article 2224 du code civil.
11. En outre, aux termes de l'article 119 du décret du 7 novembre 2012 : " Les actes de poursuites, délivrés pour le recouvrement des titres de perception émis dans le cadre de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables d'une contestation conformément aux articles L. 281 et R. 281-1 et suivants du même livre. () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / b) Pour les créances non fiscales de l'Etat (), devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; () ". Aux termes de l'article R. 281-1 du même livre : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : / a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuite () ".
12. Il résulte de ces dispositions qu'un acte de poursuite diligenté pour la récupération par l'État d'un indu de traitement d'un agent public peut être contesté, d'une part, devant le juge de l'exécution, pour les contestations de la régularité formelle de cet acte et, d'autre part, devant le juge compétent pour connaître du contentieux du bien-fondé de la créance, pour les contestations portant sur l'obligation de payer, le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et l'exigibilité de la somme réclamée.
13. M. B soutient que l'administration ne pouvait recouvrer les sommes versées en septembre 2013, au motif qu'elle ne justifie pas que la prescription de l'action en recouvrement de la créance litigieuse a été interrompue. Il résulte toutefois de l'instruction que la saisie à tiers détenteur émise le 28 février 2017 constitue le premier acte de poursuite du titre de perception établi le 23 septembre 2014. A défaut de preuve de notification de cette saisie, M. B est réputé en avoir eu connaissance au plus tard le 14 mars 2017, date de la réclamation adressée à la DDFIP de l'Ardèche. Dès lors, l'émission de cette saisie a eu pour effet d'interrompre la prescription quinquennale de l'action en recouvrement, dont le délai expirait le 14 mars 2022, et la DDFIP de l'Ardèche a légalement pu prendre, le 24 septembre 2021, la mise en demeure de payer la somme de 13 535 euros restant à recouvrer. Par suite, le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B, au ministre des armées et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Portès, conseillère,
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.
Le rapporteur, La présidente,
Signé Signé
S. ROUSSEAU S. PERDU
La greffière,
Signé
M. D
La République mande et ordonne au ministre des armées et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chacun en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026