mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mars et 19 décembre 2022, M. D C, représenté par Me Pather, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté la demande de titre de séjour mention " travailleur temporaire " qu'il a formée le 7 octobre 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pather, avocat de M. C, de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision implicite attaquée est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2, L. 211-5 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que le préfet n'a pas répondu à la demande de communication des motifs qu'il lui a adressée ;
- elle ne permet pas s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- en outre, elle est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est également entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est, enfin, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il précise que, le 9 mai 2022, une carte de séjour mention " travailleur temporaire " a été remise à M. C, valable du 25 mars 2022 au 30 septembre 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Dumaz-Zamora, substituant Me Pather, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant guinéen, né le 1er juin 2001 à Konakry (Guinée), est entré irrégulièrement sur territoire français, le 10 novembre 2017. Il a déposé, le 16 décembre 2019, une première demande de titre de séjour en qualité d'étudiant auprès des services de la préfecture des Hautes-Pyrénées. L'intéressé a ensuite sollicité, le 7 octobre 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de travailleur temporaire. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Hautes-Pyrénées sur cette dernière demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, ainsi que précisé, M. C a sollicité, le 7 octobre 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de travailleur temporaire. Si le silence gardé par le préfet sur cette demande pendant plus de quatre mois a fait naître une décision implicite de rejet, il ressort cependant des pièces du dossier que, par une décision du 9 mai 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées a délivré à M. C une carte de séjour mention " travailleur temporaire ", valable du 25 mars 2022 au 30 septembre 2022. Cette décision s'est substituée à la décision implicite de rejet née du silence gardé par cette même autorité, de sorte que les conclusions aux fins d'annulation de la requête présentées par M. C doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision expresse du 9 mai 2022.
3. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision implicite de rejet initialement attaquée, née du silence gardé par le préfet sur la demande de M. C du 7 octobre 2021, serait entachée d'un défaut de motivation, le préfet n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs qui lui a été adressée, ne peut qu'être écarté. Il en est de même du moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant, dirigé contre cette même décision implicite de rejet.
4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " L'étranger qui remplit les conditions de renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire" prévue à l'article L. 421-3 se voit délivrer un titre pour une durée égale soit à celle restante à courir du contrat de travail ou de détachement initial dont il est titulaire, soit à celle de son nouveau contrat de travail ou de prolongation de son détachement ".
5. Lorsqu'il examine l'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été confié à l'aide sociale à l'enfance du département des Hautes-Pyrénées à l'âge de 16 ans, par une ordonnance judiciaire de placement provisoire du 10 novembre 2017 du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Tarbes, et que cette mesure de placement a été régulièrement renouvelée jusqu'à sa majorité. En outre, M. C a été inscrit, à la rentrée scolaire 2018, dans une formation professionnelle en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " maintenance des véhicules ", diplôme qu'il a obtenu en juin 2020. Le requérant a ensuite été inscrit, à la rentrée scolaire 2020, en baccalauréat professionnel " maintenance des véhicules ", et a bénéficié d'un contrat d'apprentissage en entreprise, du 5 août 2020 au 4 août 2022. Il ressort également des pièces du dossier, notamment de la note sociale du service de l'aide sociale à l'enfance en date du 10 mars 2022, établie dans le cadre du contrat de jeune majeur signé entre le requérant et ce service, ainsi que des relevés de notes et des bulletins de salaire de l'intéressé, que la formation suivie par le requérant présente un caractère réel et sérieux et qu'il s'insère dans la société française. Enfin, il n'est pas établi ni même allégué que le requérant disposait d'une promesse d'embauche qui pouvait lui ouvrir droit à la délivrance d'une carte de séjour mention " travailleur temporaire " d'une durée supérieure à celle qui lui a été accordée.
7. Dans ces conditions, la décision du 9 mai 2022 par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a délivré à M. C une carte de séjour mention " travailleur temporaire ", valable du 25 mars 2022 au 30 septembre 2022, pour une durée couvrant la fin du contrat d'apprentissage de l'intéressé, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-3 du même code, et le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance, par le préfet, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté. Il en est de même, dans les circonstances de l'espèce, et pour les raisons exposées, du moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, pour les mêmes raisons, le préfet n'a nullement entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. C.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande de verser à son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Pather et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.
Le rapporteur,
Signé : F. ALa présidente,
Signé : S. PERDULa greffière,
Signé : M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026