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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200709

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200709

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantSELARL SOULIE MAUVEZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 31 mars 2022 et 30 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Soulié, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2022 portant refus de lui délivrer le permis de conduire à l'issue des épreuves pratiques, ensemble la décision de rejet du recours gracieux du 24 février 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer un permis de conduire en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- la décision attaquée n'est pas signée et est entachée d'incompétence ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 27 de l'arrêté du 19 février 2010 relatif aux modalités des épreuves pratiques dès lors que le fait de conduite qui lui est reproché ne pouvait légalement donner lieu à une note éliminatoire ;

- en tout état de cause, aucune faute ne saurait lui être reprochée, elle a agi dans le respect des dispositions de l'article R. 431-12 du code de la route ; l'examinateur a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'elle avait commis une faute de conduite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 19 février 2010 relatif aux modalités de l'épreuve pratique de l'examen du permis de conduire des catégories B et B1 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Madelaigue, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée du prononcé de ses conclusions à l'audience.

Mme Madelaigue a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a passé l'épreuve pratique de l'examen du permis de conduire. Par la présente requête, Mme B qui conteste son résultat d'examen demande l'annulation de la fiche de recueil du bilan de compétences du 13 janvier 2022 afférente à l'examen du permis de conduire de catégorie B qu'elle a passé à cette date, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 24 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du paragraphe II de l'article R. 221-1-1 du code de la route : " II.-Le permis de conduire est délivré à tout candidat qui a satisfait aux épreuves d'examen prévues au présent chapitre par le préfet du département de sa résidence ou par le préfet du département dans lequel ces épreuves ont été subies ". Aux termes de l'article D. 221-3 du même code : " Les examens du permis de conduire susvisés comportent une épreuve théorique et une épreuve pratique qui se déroulent dans les conditions et selon les modalités fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. / () / Le permis de conduire à l'exception de la catégorie A obtenue dans les conditions définies au deuxième alinéa du présent article, est délivré sur l'avis favorable soit d'un inspecteur du permis de conduire et de la sécurité routière, soit d'un agent public appartenant à une des catégories fixées par arrêté. / () / Le ministre chargé de la sécurité routière fixe par arrêtés les conditions et modalités d'application du présent article ".

3. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté susvisé du 19 février 2010 : " L'épreuve pratique de l'examen du permis de conduire des catégories B et B1 a pour objet de contrôler les connaissances, les aptitudes et le comportement des candidats, nécessaires pour circuler en toute sécurité. / Cette épreuve consiste à évaluer chez tout candidat : / () / Sa maîtrise des commandes et de la manipulation du véhicule pour ne pas créer de situations dangereuses ; / Sa capacité à assurer sa propre sécurité et celle des autres usagers sur tout type de route, à percevoir et à anticiper les dangers engendrés par la circulation et à agir de façon appropriée () ". Aux termes de l'article 21 du même arrêté : " L'expert évalue les compétences du candidat dans les domaines suivants : / () / Adapter son allure aux circonstances ; / () / Partager la chaussée () ". Aux termes de l'article 22 du même arrêté : " L'expert évalue l'autonomie et la conscience du risque du candidat au travers des compétences suivantes : / Analyse des situations ; / Adaptations aux situations () ". Enfin, aux termes de l'article 27 du même arrêté, consacré à l'évaluation de la conduite effective : " Pour chacune des compétences décrites à l'article 21 du présent arrêté, l'expert attribue la note 0,1,2 ou 3, en s'appuyant sur les définitions suivantes : / Niveau 0 : au moins une composante de la compétence n'est pas acquise et le candidat est incapable de la restituer. Pour autant, la sécurité n'a pas dépendu des tiers. / Niveau 1 : la compétence est en cours d'acquisition mais mal maîtrisée. Elle a été mise en œuvre pendant l'examen, mais de manière incomplète. / () / Toute action, non-action ou tout comportement dangereux du candidat plaçant les autres usagers et/ ou le véhicule dans une situation où la sécurité dépendrait essentiellement des réactions des tiers constitue une erreur éliminatoire. / L'erreur éliminatoire entraîne obligatoirement l'échec à l'examen, qu'elle ait ou non nécessité une intervention physique ou verbale de l'expert () ".

4. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que la décision de délivrance ou de refus de délivrance du permis de conduire est prise par le préfet de département au vu de l'ensemble des résultats des épreuves. Dès lors, la fiche de recueil du bilan de compétences établie par l'examinateur n'est pas au nombre des décisions susceptibles d'être contestées devant le juge de l'excès de pouvoir. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'absence de signature de ce document et de l'incompétence de son auteur doivent être écartés.

5. En second lieu, en application du II de l'article R. 222-1-1 et de l'article D. 221-3 du code de la route, le permis de conduire de la catégorie B est délivré à tout candidat qui a satisfait aux épreuves théorique et pratique qui se déroulent dans les conditions et selon les modalités fixées par l'arrêté du 19 février 2010. En application des articles 1er, 3 et 27 de cet arrêté, l'épreuve pratique de l'examen du permis de conduire, dont l'évaluation est réalisée par un expert, le plus souvent un inspecteur du permis de conduire et de la sécurité routière, a pour objet de contrôler les connaissances, les aptitudes et le comportement du candidat qui sont nécessaires pour circuler en toute sécurité. Cette épreuve consiste notamment à évaluer chez le candidat le respect des dispositions du code de la route, sa maîtrise des commandes et de la manipulation du véhicule pour ne pas créer de situations dangereuses et sa capacité à assurer sa propre sécurité et celle des autres usagers sur tout type de route, à percevoir et à anticiper les dangers engendrés par la circulation et à agir de façon appropriée. Toute action, non-action ou tout comportement dangereux du candidat plaçant les autres usagers et/ou le véhicule dans une situation où la sécurité dépendrait essentiellement des réactions des tiers constitue une erreur éliminatoire. Cette erreur éliminatoire est notamment constituée lorsque le candidat ne respecte pas un signal prescrivant l'arrêt au sens des articles R. 412-30 et R. 415-6 du code de la route.

6. Mme B soutient que, contrairement à ce qu'a estimé l'expert, le feu est passé du vert à l'orange exactement au moment où elle le dépassait et qu'elle n'a donc pas commis d'erreur éliminatoire. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation que l'expert a portée, lors de l'évaluation du candidat, sur les différents éléments soumis à son contrôle et, en particulier, de vérifier si, par son comportement, le candidat a, ou non, commis une erreur éliminatoire. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 27 de l'arrêté du 19 février 2010 et des dispositions de l'article R. 431-12 du code de la route doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée et que sa requête présentée à cette fin doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024

La magistrate désignée,

Signé

F. MADELAIGUELa greffière,

Signé

S. YNIESTA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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