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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200762

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200762

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 avril 2022 et le 27 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il a été pris en violation de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour méconnaît l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision porte atteinte à son droit à mener une vie familiale normale eu égard aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- cette décision porte atteinte à son droit à mener une vie familiale normale eu égard aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Marcel, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 22 août 1986 à Yaoundé (Cameroun), est entré en France, le 27 juillet 2012, sous couvert d'un visa de court séjour de type " C " valable du 13 juillet 2012 au 13 août 2012. Il a obtenu, à compter du 29 mai 2015, une carte de séjour en qualité de parent d'enfant français, régulièrement renouvelée jusqu'au 19 octobre 2019. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions en litige :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 avril 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet de ce département a donné délégation à M. Eddie Bouttera, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.

3. En second lieu, d'une part, il résulte des termes mêmes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration que la procédure contradictoire préalable qu'il prévoit n'est pas applicable dans les " cas où il est statué sur une demande ". La décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques refusant à M. A le renouvellement de son titre de séjour ayant été prise en réponse à une demande de l'intéressé, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de cet article en ne le mettant pas à même de présenter ses observations avant de lui opposer ce refus de renouvellement.

4. D'autre part, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit le retour sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient, notamment, la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par M. A à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-10 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 (), sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. / La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité, le 11 octobre 2019, sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qui lui avait été délivrée en sa qualité de parent d'un enfant français, depuis le 29 mai 2015, et renouvelée jusqu'au 19 octobre 2019. Le refus opposé à sa demande par le préfet des Pyrénées-Atlantiques est fondé sur ce que M. A ne remplit pas les conditions de l'article L. 423-10 cité, dès lors que par une décision du 20 janvier 2022, le tribunal judiciaire de Pau a jugé qu'il n'était pas le père de l'enfant né le 14 octobre 2014 et a annulé la reconnaissance de paternité du 15 octobre 2014, et dès lors que l'intéressé n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Si M. A soutient qu'aux termes mêmes du jugement du 20 janvier 2022, la mère de l'enfant, avec laquelle il partageait une vie de couple, l'a entretenu dans l'idée qu'il était le père de l'enfant jusqu'en 2016, qu'il est " évident que des liens affectifs ont commencé à se nouer entre lui et cet enfant ", et que par ce jugement, le tribunal judiciaire de Pau a condamné la mère de l'enfant à lui verser 1 000 euros en indemnisation du préjudice qu'il a subi, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que M. A ne remplit plus la condition d'être père d'un enfant français. S'il se prévaut, en outre, d'avoir conservé des liens affectifs avec cet enfant, il n'établit pas qu'il contribuerait effectivement à son entretien et à son éducation depuis la séparation du couple, intervenue dès l'année 2014. Les témoignages qu'il produit sont, à cet égard, trop imprécis pour accréditer une participation effective et continue à l'entretien et l'éducation de l'enfant. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Si M. A se prévaut des liens qu'il a entretenus avec le fils de son ex compagne, dont il pensait être le père, il n'établit pas leur intensité et leur permanence alors qu'ils ne sont attestés que par quelques photographies non datées et par des échanges de messages avec la mère de l'enfant jusqu'à l'année 2016. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune activité professionnelle depuis son arrivée en France et la seule circonstance qu'il ait créé, en décembre 2020, une association domiciliée à Pau ne suffit pas à caractériser une insertion réelle dans la société française. Dans ces conditions, alors qu'il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, méconnu ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, ainsi qu'il été précédemment exposé, la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, le moyen invoqué par la voie de l'exception de son illégalité ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, il résulte de ce qui précède concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, pour les motifs précédemment exposés, être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

11. Ainsi qu'il été précédemment exposé, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dès lors, le moyen invoqué par la voie de l'exception de leur illégalité ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Marcel.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

A. D

La présidente,

Signé

M. B La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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