vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200795 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | GRAVELLIER - LIEF - DE LAGAUSIE - RODRIGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 avril 2022, le 8 juillet 2022 et le 24 avril 2024, M. B C, représenté par Me Fourrier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Bigorre et la Société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser une somme de 1 775 326,63 euros, assortie des intérêts à taux légal, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis dans les suites de sa prise en charge, par cet établissement, du 18 mai 2017 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bigorre une somme de 4 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Bigorre doit être engagée en raison des fautes commises lors de sa prise en charge du 18 mai 2017 ;
- cette faute lui a occasionné une atteinte sévère du nerf médian gauche, qui persiste en dépit de la réalisation de séances de rééducation ;
- il est fondé à demander la réparation de ses préjudices, lesquels doivent être indemnisés comme suit, après application d'un taux de perte de chance de 95 % :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :
- 11 247 euros au titre de ses frais de déplacement ;
- 2 625,70 euros au titre des frais d'assistance par tierce-personne temporaire.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
- 77 356 euros au titre des frais d'aménagement de son véhicule ;
- 101 014 euros au titre des frais d'assistance par tierce-personne permanente, dont :
* 4 965 euros au titre de la période du 14 septembre 2018 au 14 avril 2021 ;
* 96 049 euros au titre des frais futurs ;
- 998 827,65 euros au titre de la perte de gains professionnels, dont :
* 26 468,22 euros au titre des revenus qu'il aurait dû percevoir entre le 1er juillet 2017 et le 14 septembre 2018 ;
* 972 359,43 euros au titre des revenus qu'il aurait dû percevoir entre le 15 septembre 2018 et sa date de départ à la retraite, qui peut être fixé à 65 ans ;
- 366 138 euros au titre de la perte de ses droits à pension de retraite ;
- 90 000 euros au titre de l'incidence professionnelle.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
- 4 300 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, dont :
* 2 475 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total, à raison de 25 euros par jours durant 99 jours ;
* 575 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 50 %, à raison de 25 euros par jour durant 46 jours ;
* 1 250 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, au taux de 25 %, à raison de 25 euros par jour pendant 200 jours ;
- 20 000 euros au titre des souffrances endurées, qui doivent être évaluées à 4 sur une échelle de 7.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :
- 62 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, qu'il convient de fixer au taux de 25 % ;
- 25 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
- 8 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 mai 2022 et le 22 avril 2024, le centre hospitalier de Bigorre et la Société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), représenté par Me Rodrigues, demandent au tribunal de réduire les prétentions du requérant à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- ils n'entendent pas contester le principe de la responsabilité du centre hospitalier de Bigorre ;
- il y a lieu de faire application d'un taux de perte de chance de 50 % ;
- les prétentions indemnitaires de M. C doivent être réduites à de plus justes proportions :
* les frais de déplacement dont le remboursement est sollicité ne sont pas justifiés ;
* en l'absence de justificatifs, la demande de M. C liée à l'adaptation de son véhicule doit être rejetée ;
* le taux horaire des frais d'assistance par tierce personne dont l'indemnisation est sollicitée doit être ramené à 10 euros ;
* les pièces produites par le requérant sont insuffisantes à établir sa perte de gains professionnels ;
* dès lors qu'il n'est pas inapte à l'exercice de toute activité professionnelle, M. C ne saurait être indemnisé au titre de l'incidence professionnelle ;
* les demandes liées à l'indemnisation des déficits fonctionnels temporaire et permanent, des souffrances endurées, et du préjudice esthétique permanent doivent être ramenées à de plus justes proportions ;
* M. C ne justifie pas de la réalité du préjudice d'agrément qu'il invoque.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn, qui n'a pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Neumaier,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rodrigues, représentant le centre hospitalier de Bigorre et la SHAM.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, victime d'une plaie palmaire subie le 12 mai 2017 à la suite d'un accident de bricolage, s'est rendu au service des urgences du centre hospitalier de Bigorre le 17 mai suivant en raison d'importantes douleurs. Il a subi, le même jour, une intervention chirurgicale tendant au nettoyage et au drainage de la gaine des tendons fléchisseurs du pouce gauche. Dans les suites de cette intervention, M. C a présenté un syndrome des loges ayant nécessité la réalisation d'une nouvelle opération chirurgicale le 19 mai 2017, et est resté hospitalisé en service d'orthopédie jusqu'au 6 juin suivant. M. C a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Aquitaine, qui, par un avis du 24 janvier 2019, rendu sur la base d'un rapport d'expertise déposé le 13 décembre 2018 par les docteurs Canouet et Metton, a estimé que la réparation des préjudices subis par M. C incombait au centre hospitalier de Bigorre, sous réserve de l'application d'un taux de perte de chance de 95 %. La proposition formulée le 23 mars 2020 par la SHAM, assureur du centre hospitalier de Bigorre, a été refusée par M. C. Par sa requête, M. C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bigorre et la SHAM, assureur de cet établissement, à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de sa prise en charge par cet établissement le 17 mai 2017.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation, que M. C a subi le 17 mai 2017 une intervention chirurgicale tendant au drainage du phlegmon de la gaine des tendons fléchisseurs du pouce gauche, en raison d'un phénomène de surinfection d'une plaie par vis subie le 12 mai précédent à la suite d'un accident de bricolage. Le 18 mai 2017, M. C a présenté un œdème important du membre supérieur gauche ainsi que de fortes douleurs, qui ont nécessité la mise en place d'une morphinothérapie. Un syndrome des loges a été diagnostiqué le lendemain, et a justifié la réalisation, le même jour, d'une aponévrotomie de décharge.
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise susmentionné, que l'indication opératoire de drainage et lavage de la gaine du tendon fléchisseur du pouce gauche était conforme aux données acquises de la science. Les experts relèvent cependant que les douleurs présentées par M. C n'ont pas cédé malgré cette dernière intervention et que ce dernier a présenté dès le lendemain matin, soit le 18 mai 2017, un œdème important du membre supérieur gauche. Or, et alors que l'existence de cet œdème, associé à d'importantes douleurs, aurait dû conduire le chirurgien ayant réalisé l'intervention à diagnostiquer un syndrome des loges de l'avant-bras et à intervenir en urgence pour réaliser une aponévrotomie, ce dernier n'a pas réalisé d'examen spécialisé en dépit du fait que l'équipe infirmière ait pris contact avec lui à plusieurs reprises au cours de la journée du 18 mai 2017 afin de l'informer de l'évolution anormale de l'état de santé de M. C. Or, le syndrome des loges affectant le membre supérieur gauche du requérant n'a été traité que le lendemain, soit le 19 mai 2017. A ce dernier égard, les experts ont estimé que le diagnostic et la prise en charge de ce syndrome dès le 18 mai au matin auraient permis d'éviter les séquelles présentées par le requérant, à savoir une paralysie complète du nerf médian gauche et des raideurs articulaires du poignet et de la main gauche. Par suite, ce manquement révèle l'existence d'un retard de prise en charge, constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Bigorre.
Sur la perte de chance :
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Le centre hospitalier de Bigorre fait valoir en défense qu'il y a lieu de faire application d'un taux de perte de chance de 50 % dès lors que le syndrome des loges présenté par le requérant est la conséquence une infection contractée antérieurement à sa prise en charge par l'établissement, et que cette affection constitue une complication non fautive de l'intervention subie par l'intéressé le 17 mai 2017. Il ne produit toutefois aucune pièce, notamment médicale, de nature à établir que l'existence d'un lien de causalité entre ces éléments et les séquelles présentées par M. C. Il résulte en revanche de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que les docteurs Canouet et Metton ont estimé que le dommage subi par M. C était mono-factoriel et avait été exclusivement causé par le retard dans le diagnostic et la prise en charge chirurgicale du syndrome des loges présenté par le patient. Par ailleurs, aux termes de son avis du 24 janvier 2019, la commission de conciliation et d'indemnisation a estimé que la perte de chance de M. C d'éviter des lésions musculaires et neurologiques irréversibles devait être fixée à 95 %. Par suite, la responsabilité du centre hospitalier de Bigorre et de la SHAM doit être engagée à hauteur de cette fraction du dommage.
Sur la réparation des préjudices de M. C :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des frais de déplacement :
7. Si M. C soutient avoir effectué divers déplacements pour se rendre à des rendez-vous médicaux ou des opérations d'expertise, pour un moment total de 11 247 euros, il ne produit, outre une attestation sur l'honneur rédigée par ses soins, aucun élément de nature à justifier des dépenses alléguées. Ce poste de préjudice doit dès lors être écarté.
S'agissant de l'assistance par tierce-personne temporaire :
8. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer, augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
9. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il appartient ensuite au juge de déduire du montant de l'indemnité allouée à la victime, au titre de l'assistance par tierce personne, les prestations ayant pour objet la prise en charge de tels frais. Cette déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune.
10. La prestation de compensation du handicap a notamment pour objet de couvrir les frais d'assistance par tierce personne et elle ne donne pas lieu à remboursement en cas de retour à meilleure fortune du bénéficiaire. Le montant de cette prestation doit être déduit des frais d'assistance à tierce personne à la condition que la victime ait perçu cette prestation ou la perçoit à la date du jugement, la circonstance que la personne puisse la solliciter à l'avenir étant sans incidence sur le montant de l'indemnité ainsi déterminée. En revanche, devront être déduites de la rente annuelle des frais futurs d'assistance par tierce personne, les sommes qui seraient versées après la date du jugement par le département au titre de la prestation de compensation du handicap.
11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise que le besoin d'assistance par tierce-personne de M. C doit être évalué, avant la consolidation de son état de santé fixée au 14 septembre 2018 à une heure par jour au titre de la période du 25 août au 28 octobre 2017 et à trois heures par semaine au titre des périodes du 29 octobre 2017 au 11 mars 2018 et du 21 avril 2018 au 14 septembre 2018. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours. Ainsi, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait perçu, au cours de la période, une aide quelconque ayant pour objet de couvrir tout ou partie des frais liés à l'assistance d'une tierce personne, en le fixant, compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, à la somme de 2 730 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Bigorre et de la SHAM.
S'agissant de l'assistance par tierce-personne permanente :
Quant à la période s'étendant du 15 septembre 2018 à la date de lecture du présent jugement :
12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que l'état de santé de M. C nécessite l'assistance d'une tierce personne non spécialisée à raison de deux heures par semaine à titre viager. Il y a lieu, en faisant application des modalités de calcul rappelées au point précédent, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait perçu, au cours de la période, une aide quelconque ayant pour objet de couvrir tout ou partie des frais liés à l'assistance d'une tierce personne, d'évaluer le préjudice subi par l'intéressé sur cette période et compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, à la somme de 8 880 euros.
Quant aux frais futurs :
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que l'état de santé de M. C nécessite l'assistance d'une tierce personne non spécialisée à raison de deux heures par semaine à titre viager, le coût d'une telle assistance étant évalué d'une part, selon le taux horaire de 14 euros, et d'autre part, par application du coefficient de 38,527 issu du barème de capitalisation de la Gazette du Palais 2022 pour un homme âgé de 42 ans. Par suite, il sera mis à la charge du centre hospitalier de Bigorre et de son assureur, au titre des frais futurs, une rente annuelle évaluée, après application du taux de perte de chance retenu au point 6, à la somme de 1 565 euros, versée par trimestre échu, sous réserve de déduction des montants perçus au titre de la prestation de compensation du handicap ou de toute autre allocation ayant le même objet au cours de chaque trimestre et dont il devra justifier au préalable auprès de l'établissement hospitalier. Cette rente sera revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
S'agissant des frais d'aménagement du véhicule :
14. Le préjudice indemnisable au titre des frais d'adaptation d'un véhicule nécessaire pour permettre à la victime de se déplacer n'est constitué que par le surcoût lié à l'achat d'un véhicule adapté ou le coût de l'adaptation d'un véhicule standard.
15. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise médicale diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation, que l'état de santé de M. C nécessite l'adaptation de son véhicule, afin que celui-ci dispose d'une boîte automatique et d'une boule au volant. Il résulte d'un devis établi par la société " Cappelleto " le 5 juillet 2022 que le surcoût résultant du remplacement d'une boîte de vitesses manuelle par une boîte de vitesse automatique peut être évalué à la somme de 4 952 euros. Compte tenu d'une fréquence de renouvellement tous les sept ans, il y a lieu d'évaluer à 707,43 euros le préjudice annuel subi par M. C lié à l'aménagement et l'adaptation de son véhicule. Ce surcoût doit être capitalisé de manière viagère, à compter de la date de la première acquisition d'un véhicule, en septembre 2022. Sur la base du coefficient de 40,408 applicable à un homme âgé de 40 ans selon le barème de la Gazette du Palais 2022 incluant un taux d'actualisation de 0 %, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. C en lui allouant une indemnité de 27 156,48 euros, après application du taux de perte de chance retenu au point 6.
S'agissant des pertes de gains professionnels :
16. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime a été effectivement privée du fait du dommage qu'elle a subi.
17. M. C, qui exerçait la profession de vendeur, a été déclaré inapte à tout reclassement par un avis du médecin du travail du 7 janvier 2019 et licencié à compter du 15 février suivant. Il demande l'indemnisation de la perte de ses revenus professionnelle entre le 18 mai 2017, date de l'accident, et son admission à la retraite.
Quant à la perte de salaire :
Sur la perte de salaires jusqu'à la date de consolidation :
18. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de complications dans les suites de l'intervention chirurgicale du 17 mai 2017, M. C aurait dû reprendre le travail à partir du 30 juin 2017. Il résulte de l'instruction qu'il a perçu, au cours de l'année 2017, un salaire de 11 325 euros, alors qu'il aurait dû percevoir, au cours de la même année, une somme de 14 025,04 euros sur la base du salaire annuel déclaré au titre de l'année 2016. La perte de revenus tirée de l'arrêt de son activité de vendeur pour la période s'étendant de la date de son accident au 31 décembre 2017 peut ainsi être fixée à la somme de 2 565,04 euros.
19. M. C ne produit toutefois aucun élément de nature à établir qu'il aurait subi une perte de revenus au cours de l'année 2018.
Sur la perte de salaires future :
20. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 17, que M. C se trouve dans l'impossibilité d'exercer une activité comparable à celle qu'il exerçait avant son licenciement, de sorte qu'il a droit, comme il le demande, à l'indemnisation de ses pertes de revenus entre le 15 février 2019 et l'âge de 65 ans auquel il indique qu'il aurait pris sa retraite. Il résulte de l'instruction que M. C a perçu, au cours de l'année 2019, des salaires et assimilés d'un montant total de 9 065 euros, et d'un montant total de 11 115 euros en 2020, soit un salaire annuel moyen de 10 090 euros. Sur la base d'une perte de salaires annuels moyenne de 3 935,04 euros (14 025,04 euros - 10 090 euros), le préjudice doit être fixé par application du coefficient de 26,775 issu du barème de la Gazette du Palais 2022 à la somme de 105 360,70 euros, soit 100 092,66 euros après application du taux de perte de chance retenu au point 6, sous déduction des indemnités de licenciement et de chômage éventuellement perçues, dont il appartiendra à M. C de justifier le montant devant la SHAM et le centre hospitalier de Bigorre.
Quant à la perte de revenus tirés de l'activité de chambre d'hôtes :
21. Si M. C sollicite l'indemnisation de la perte des revenus qu'il tirait de son activité de location de gîtes, il ne produit toutefois aucune pièce tendant à établir qu'il se trouverait, du fait de son état de santé, dans l'impossibilité de poursuivre cette activité, alors qu'il résulte par ailleurs de l'instruction que cette activité a été déclarée au nom de sa compagne. Dans ces conditions, ce poste de préjudice doit être écarté.
S'agissant de la perte des droits à retraite :
22. Le centre hospitalier de Bigorre et la SHAM devront, à compter du 15 février 2046, verser à M. C une indemnité mensuelle compensant la différence entre la pension de retraite qu'il recevra alors et la pension de retraite qu'il aurait perçue s'il avait pu continuer à exercer la même activité qu'avant son accident jusqu'à cet âge, telle qu'elle sera établie par un calcul de simulation de son organisme de retraite.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
23. La nature du handicap présenté par M. C, qui affecte la mobilité de son membre supérieur gauche et est à l'origine d'un taux d'invalidité de 25 %, est de nature, pour l'intéressé, est à l'origine d'une pénibilité accrue dans l'exercice d'activités professionnelles et d'une dévalorisation sur le marché du travail. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 15 000 euros, soit 14 250 euros après application du taux de perte de chance retenu au point 6.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
24. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que M. C a subi, en lien direct avec le manquement décrit au point 4, un déficit fonctionnel temporaire total sur les périodes du 20 mai au 24 août 2017 et du 12 mars au 20 avril 2018, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 25 août au 28 octobre 2017 (soit durant 64 jours), et un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 29 octobre 2017 au 11 mars 2018 et du 21 avril au 13 septembre 2018. Il sera fait une juste appréciation du préjudice ayant résulté pour lui de son déficit fonctionnel temporaire durant ces périodes en l'évaluant, sur la base de 400 euros par mois à taux plein, à la somme de 3 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Bigorre et de la SHAM, après application du taux de perte de chance retenu au point 6.
S'agissant des souffrances endurées :
25. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. C ont été évaluées à 4 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant, compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, à la somme de 7 125 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
26. Il résulte de l'instruction que M. C demeure atteinte, depuis la consolidation de son état de santé acquise au 14 septembre 2018, soit à l'âge de 36 ans, d'un déficit fonctionnel permanent de 25 %, en raison, notamment, de l'existence d'une paralysie complète du nerf médian gauche. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation de son état de santé et après application du taux de perte de chance retenu au point 6, à la somme de 42 750 euros, qui sera mise à la charge solidaire du centre hospitalier de Bigorre et de la SHAM.
S'agissant du préjudice d'agrément :
27. Si M. C se prévaut, au titre du préjudice d'agrément qu'il subit, de ce qu'il se trouve dans l'incapacité de pratiquer l'escalade, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à démontrer qu'il pratiquait cette activité avant la survenance de l'accident médical dont il a été victime. Il résulte toutefois de l'instruction que son état de santé ne lui permet plus d'exercer son activité de sapeur-pompier volontaire. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément subi par M. C en l'évaluant à la somme de 3 800 euros après application du taux de perte de chance retenu au point 6.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
28. Il résulte de l'instruction que les experts ont évalué le préjudice esthétique permanent subi par M. C à 1,5 sur une échelle de 7, en raison de l'aspect anormal de sa main gauche. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 250 euros, après application du taux de perte de chance retenu au point 6.
29. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Bigorre doit être condamné à verser à M. C une somme de 213 599,18 euros, ainsi qu'une rente annuelle, au titre de l'assistance par tierce personne, de 1 565 euros, versée par trimestre échu, sous réserve de déduction des montants perçus et dont M. C devra justifier au préalable, et revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, et, au titre des pertes de droits à retraite, vous mettrez à la charge des mêmes, à compter du 15 février 2046, une indemnité mensuelle telle qu'elle sera établie par un calcul de simulation de son organisme de retraite.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
30. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
31. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Bigorre et de la SHAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Bigorre et la SHAM sont condamnés à verser à M. C la somme de 213 599,18 euros (deux-cent treize-mille cinq-cent-quatre-vingt-dix-neuf euros et dix-huit centimes).
Article 2 : Le centre hospitalier de Bigorre et la SHAM sont condamnés à verser à M. C une rente annuelle d'un montant de 1 565 euros (mille cinq-cents soixante-cinq euros), versée par trimestre échu, sous réserve de déduction des montants perçus au titre de la prestation de compensation du handicap ou de toute autre allocation ayant le même objet au cours de chaque trimestre et dont elle devra justifier au préalable auprès de l'établissement hospitalier. Cette rente sera revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
Article 3 : Le centre hospitalier de Bigorre et la SHAM sont condamnés à verser à M. C une indemnité mensuelle compensant la différence entre la pension de retraite qu'il recevra alors et la pension de retraite qu'il aurait perçue s'il avait pu continuer à exercer la même activité qu'avant son accident jusqu'à cet âge, telle qu'elle sera établie par un calcul de simulation de son organisme de retraite.
Article 4 : Le centre hospitalier de Bigorre et la SHAM verseront à M. C la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : La présente décision sera notifiée à M. B C, à la caisse primaire d'assurance maladie de Tarbes, au centre hospitalier de Bigorre et à la société hospitalière d'assurance mutuelle.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Neumaier, conseillère
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.
La rapporteure,
L. NEUMAIER
La présidente,
M. SELLÈS
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026