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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200807

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200807

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantMANDILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 avril 2022, le 12 mai 2023 et le

19 septembre 2023, la société par actions simplifiée Pausun, représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2021 par lequel le maire d'Urrugne a rejeté sa demande de permis de construire relative à l'édification d'un ensemble immobilier à usage d'habitation, ensemble la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Urrugne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article

R. 111-2 du code de l'urbanisme et de l'article UB13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Urrugne ;

- il est entaché d'erreur de fait quant à la nécessité d'une extension du réseau public d'assainissement, la desserte du projet ne nécessitant qu'un raccordement d'une longueur inférieure à 100 mètres ; il pourrait être fait application subsidiairement, de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme, la société Pausun donnant son accord à ce titre.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 janvier 2023, le 30 juillet 2023 et le 23 septembre 2023, la commune d'Urrugne, représentée par Me Mandile, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Pausun ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- les observations de Me Chaput, représentant la société Pausun, et de Me Mandile, représentant la commune d'Urrugne.

Une note en délibéré, présentée pour la société Pausun, a été enregistrée le 22 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 octobre 2021, le maire d'Urrugne a rejeté la demande de permis de construire présentée par la société Pausun en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comportant 30 logements. Cette dernière demande l'annulation de cet arrêté, et de la décision par laquelle le maire d'Urrugne a implicitement rejeté son recours gracieux formé contre cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 20 octobre 2021 :

2. L'arrêté attaqué se fonde sur ce que, au visa de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le projet est de nature à porter atteinte à la sécurité publique du fait notamment de la mise en œuvre d'un enrochement végétalisé d'environ 5 mètres de haut, et de la nature instable des terres dans le quartier de Béhobie, sur ce que, en application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, la desserte du terrain d'assiette du projet par le réseau public d'assainissement nécessite une extension de ce réseau, tandis que l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai ces travaux doivent être exécutés et de ce que le projet méconnaît l'article UB13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Urrugne, dès lors que la voie communale n'est pas adaptée aux besoins du projet.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le projet qui a fait l'objet de la demande de permis de construire prévoit, à la base de l'immeuble projeté, un soutènement en enrochement d'une hauteur de 5 mètres, compte tenu de la pente du terrain en son état initial. Or, comme l'admet la société pétitionnaire, et comme le souligne le rapport du bureau d'études Fondasol qu'elle produit, une telle solution de soutènement n'est pas adaptée à l'instabilité des sols qui caractérise le secteur, ce qui est de nature à porter atteinte à la sécurité publique. Si la société Pausun soutient qu'une autre solution technique, décrite dans ce même rapport, consistant en un système de berlinoises métalliques destinées à contraindre le sol d'assise de l'immeuble, permettrait de remédier à cette instabilité et de garantir la solidité des fondations de l'immeuble, la mise en œuvre de cette solution était de nature à modifier le projet de façon telle qu'elle ne pouvait faire l'objet d'une simple prescription dans l'arrêté de permis de construire. Par suite, en l'état du projet ayant fait l'objet de la demande de permis de construire, le maire d'Urrugne n'a pas fait une inexacte application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme :

" Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé, d'une part, lorsque des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet n'est pas desservi par le réseau public d'assainissement. Toutefois, d'après le plan de ce réseau annexé au plan local d'urbanisme, il s'étend sous la rue Iturbidea Pausu jusqu'à un point distant de moins de 100 mètres de ce terrain. Par suite, le maire d'Urrugne, en considérant que la desserte du projet nécessitait une extension du réseau d'assainissement, a fait une inexacte application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article UB13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Urrugne : " Conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public - Généralités : Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie et de collecte des déchets ménagers. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est desservi par la rue Iturbidea Pausu, voie publique, laquelle se prolonge par le chemin de Margueria, voie privée en impasse. Si la rue Iturbidea Pausu présente sur une longueur d'une vingtaine de mètres une portion rétrécie bordée de talus qui font obstacle au croisement de véhicules, elle présente toutefois de part et d'autre de ce rétrécissement une largeur permettant leur croisement. En outre, cette voie présente un caractère rectiligne et offre aux automobilistes une bonne visibilité au droit de la portion en cause, ce qui permet la circulation alternée des véhicules dans de bonnes conditions de sécurité. Par ailleurs, si le prolongement de la rue Iturbidea Pausu vers le chemin de Margueria présente un virage en angle droit, il offre cependant à hauteur de ce virage un espace dégagé et une visibilité suffisante pour permettre une circulation sécurisée, tandis que le chemin de Margueria présente une bande de roulement et des accotements praticables d'une largeur globale suffisante pour permettre le croisement de véhicules. Dès lors, bien que le projet, qui totalise 30 logements et 54 places de stationnement, est de nature à créer un flux supplémentaire d'autant de véhicules, la voie de desserte de la construction projetée doit être regardée comme répondant à l'importance du projet. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le maire d'Urrugne a fait une inexacte application de l'article UB13 du règlement du plan local d'urbanisme de cette commune.

9. Il résulte toutefois de l'instruction que le maire d'Urrugne aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne la légalité de la décision implicite du maire d'Urrugne :

10. À supposer que les moyens soulevés au soutien des conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du maire d'Urrugne du 20 octobre 2021 soient également soulevés à l'encontre de la décision attaquée, il doit y être répondu par les mêmes motifs que ceux développés aux points 4 à 9.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Pausun doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Pausun doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Urrugne et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Pausun est rejetée.

Article 2 : La société Pausun versera à la commune d'Urrugne une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Pausun et à la commune d'Urrugne.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La rapporteure,

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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