mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 14 et 22 avril 2024, M. A C, représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a rejeté le recours administratif préalable qu'il a formé à l'encontre de la décision du 7 juillet 2021 l'informant de la fin de ses droits à l'allocation de logement sociale ;
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques, à titre principal, de reprendre le versement de l'allocation de logement sociale de manière rétroactive à compter du mois de mai 2021 dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer ses droits à l'aide personnelle au logement à compter du mois de mai 2021 dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il réside régulièrement en France et remplit les conditions posées par l'article L. 821-2 du code de la construction et de l'habitation lui permettant de percevoir l'aide personnalisée au logement ;
- la décision a été prise en méconnaissance de la procédure préalable prévue à l'article R. 114-10-1 du code de la sécurité sociale consistant à informer l'intéressé préalablement à la cessation de ses droits et à lui octroyer un délai le délai de 45 jours pour produire ses observations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête de M. C et à titre subsidiaire à son rejet au fond.
Elle soutient que :
- le dossier de l'allocataire a été régularisé à la suite de l'attribution rétroactive de l'allocation de solidarité aux personnes âgées dont le montant a été pris en compte dans le calcul de ses ressources ; le requérant a bénéficié d'un rappel d'allocation de logement sociale à compter du mois de mai 2021 ;
- toutefois, à la date à laquelle elle a été prise, la décision attaquée était fondée.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 24 avril 2024 à 14 heures en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience :
-le rapport de Mme B,
-et les observations de Me Dumaz-Zamora, représentant M. C, qui confirme ses écritures en soulignant que s'il a bénéficié de l'allocation de logement sociale, la période de mai à décembre 2021 demeure en litige.
La caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présente ni représentée, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant lituanien, a bénéficié de l'allocation de logement sociale à compter du mois juillet 2020 pour le logement qu'il a pris à bail en juin 2020. Par une décision du 7 juillet 2021 à laquelle s'est substituée la décision du 10 janvier 2022 prise sur le recours administratif préalable obligatoire, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques à mis fin à ses droits à compter du mois de mai 2021. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 10 janvier 2022.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Il résulte de l'instruction que M. C a informé la caisse d'allocations familiales que des droits à l'allocation de solidarité aux personnes âgées lui ont été ouverts rétroactivement à compter du mois de novembre 2020. Par une décision du 24 octobre 2022, intervenue en cours d'instance, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a restitué au requérant l'allocation de logement sociale à compter seulement du mois de décembre 2021. Il s'ensuit que la présente requête par laquelle M. C demande à percevoir à nouveau l'allocation de logement sociale à compter du mois de mai 2021 est dépourvue d'objet en tant qu'elle concerne la période courant à compter du mois de décembre 2021.
Sur les droits de M. C à l'allocation de logement sociale au titre des mois de mai à novembre 2021 :
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " I.- Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : / 1° Les personnes de nationalité française ; / 2° Les personnes de nationalité étrangère remplissant les conditions prévues par les deux premiers alinéas de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale. /()". Aux termes de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale : " Bénéficient de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre les ressortissants des Etats membres de la Communauté européenne, des autres Etats parties à l'accord sur l'Espace économique européen et de la Confédération suisse qui remplissent les conditions exigées pour résider régulièrement en France, la résidence étant appréciée dans les conditions fixées pour l'application de l'article L. 512-1 ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ". L'article R. 234-4 du même code précise : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 qui cessent leur activité professionnelle sur le territoire français acquièrent un droit au séjour permanent avant l'écoulement de la période ininterrompue de cinq ans de séjour prévue à l'article L. 234-1 dans les cas suivants : / 1° Ils atteignent l'âge prévu par les dispositions législatives ou réglementaires en vigueur pour faire valoir leurs droits à une pension de retraite à condition d'y avoir exercé leur activité professionnelle pendant les douze derniers mois et d'y résider régulièrement depuis plus de trois ans ; () ".
6. Il résulte de l'instruction que M. C, né le 6 juillet 1955, ressortissant de l'Union européenne, avait cessé toute activité professionnelle en mai 2021 et ne disposait donc plus d'un droit au séjour en France lorsque le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a mis un terme à ses droits à l'allocation de logement sociale. Toutefois, le requérant a demandé et obtenu de la Mutualité sociale agricole le versement de l'allocation de solidarité aux personnes âgées, rétroactivement à compter du mois de novembre 2020 alors qu'il avait atteint l'âge prévu pour faire valoir ses droits à la retraite. A cette date, le requérant avait exercé une activité professionnelle durant les douze mois précédents et il résidait régulièrement en France depuis plus de trois ans. Il s'ensuit que M. C justifiait donc d'un droit permanent au séjour tel que prévu par les dispositions de l'article R. 234-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la caisse d'allocations familiales ne pouvait donc mettre un terme à ses droits à l'allocation de logement sociale en mai 2021 au motif qu'il ne justifiait pas d'un droit au séjour en France.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 janvier 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques en tant qu'elle a mis un terme à ses droits à l'allocation de logement sociale pour les mois de mai 2021 à novembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique que la caisse d'allocations familiales accorde à M. C l'allocation de logement sociale au titre des mois de mai à novembre 2021 et lui verse le montant correspondant dans un délai de trois mois à compter de sa notification.
Sur les frais liés au procès :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accorder à Me Pather la somme qu'elle demande, en qualité de conseil de M. C, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 10 janvier 2022 en tant qu'elle prive M. C du bénéfice de l'allocation de logement sociale à compter du mois de décembre 2021.
Article 2 : La décision du 10 janvier 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a mis fin aux droits de M. C à l'allocation de logement sociale pour les mois de mai 2021 à novembre 2021 est annulée.
Article 3 : Il est prescrit au directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques d'accorder à M. C l'allocation de logement sociale au titre des mois de mai 2021 à novembre 2021 et de lui verser la somme correspondante dans un délai de trois mois à compter du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. A C et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026