lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | ADEKWA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, M. A C, représenté par Me Simoneau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2021 du président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine et de la préfète des Landes décidant sa déchéance partielle de la dotation jeune agriculteur ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet du recours gracieux demandant le retrait de la décision du 12 octobre 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle ne mentionne pas les modalités de calcul des réductions des montants des dotations et elle est entachée d'erreurs d'appréciation et d'erreurs de fait alors qu'il a bien respecté les modulations " projet agroécologique ", " projet générateur de valeur ajoutée et d'emploi ", qu'il a respecté le système de production, la forme d'installation choisie, et que l'absence de tableau des immobilisations ne pouvait conduire à le déchoir de ses droits à la dotation " jeune agriculteur ".
Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2022 la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la décision est motivée, toutes les explications ayant été fournies dans les formulaires ou lors des correspondances échangées ;
- les attestations de certifications environnementales n'ont pas été envoyées ou envoyées tardivement ;
- les contrats de travail fournis sont des contrats à durée déterminée d'une durée de un jour à quatre mois seulement ;
- le contrat d'assurance " multirisques climatiques " n'a pas été fourni ;
- le système de production n'a pas été respecté ;
- il n'est pas démontré que le requérant s'est installé en qualité de chef d'exploitation à titre principal ;
- l'absence de tableau des immobilisations ne permet pas de vérifier le respect du programme des investissements.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le président de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il s'associe à l'ensemble des moyens et arguments développés par la préfète des Landes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rivière,
- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cavedon, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 décembre 2015, M. C a déposé une demande d'aide à l'installation " jeune agriculteur " auprès de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) des Landes. Une dotation jeune agriculteur d'un montant de 20 150 euros lui a été accordée par arrêté préfectoral du 7 mars 2016 signé conjointement par la préfète et le président du conseil régional. Le 23 juin 2016, un montant de 16 120 euros est versé à M. C. Le 3 mai 2021, le requérant demande le paiement du solde pour un montant de 4 030 euros. Par courrier du 10 juin 2021, la préfète engage une procédure contradictoire en vue d'un éventuel dégrèvement partiel des aides accordées. Par courrier du 12 juillet 2021, M. C a fait valoir ses observations. Suite à l'examen des documents fournis le 12 juillet, la préfecture a estimé qu'aucun d'entre eux ne permettait de revenir sur sa décision, et les services ont adressé le 15 juillet un courrier signifiant la non-validité de ces pièces, et ont octroyé un délai supplémentaire pour compléter son dossier jusqu'au 21 juillet 2021. M. C a sollicité un report du délai au 21 septembre 2021, puis par courriel du 22 juillet 2021, les services de la préfecture l'ont informé du report de la date de complétude de son dossier au 21 août. Par courriel du 22 juillet, M. C a signifié son impossibilité de remettre ces documents dans le délai imparti. Par décision du 12 octobre 2021, la préfète des Landes et le président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine ont prononcé la déchéance partielle des droits à dotation à l'encontre de M. C, à hauteur de 50% pour le montant de base et à hauteur de 7 150 euros au titre des modulations. M. C a présenté un recours gracieux le 15 décembre 2021, implicitement rejeté le 15 février 2022. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler les décisions du 12 octobre 2021 et du 15 février 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la motivation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () /; () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Il ressort de la décision contestée qu'elle vise notamment la réglementation européenne applicable au litige, le code général des collectivités territoriales et le code des relations entre le public et l'administration. Elle mentionne que dans le cadre du contrôle administratif réalisé sur le dossier d'aide à l'installation des jeunes agriculteurs concernant le requérant, il lui a été reproché ne pas avoir observé les engagements relatifs au respect de la qualité d'agriculteur à titre principal pendant les quatre années concernées, à la tenue d'une comptabilité de gestion, au respect du système de production, à l'obtention d'une certification environnementale de l'exploitation au titre des années 2016 à 2019, à la création d'un emploi à hauteur de 0,5 ETP (équivalent temps plein) et à la souscription d'un contrat d'assurances " multirisques climatiques ". Toutefois, les différents griefs précités ne sont pas explicités et ne comportent pas les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et ne permettent donc pas au requérant de discuter des motifs de la décision retenue. Dès lors, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée et doit, par suite, être annulée.
En ce qui concerne les différents manquements reprochés :
4. Aux termes de l'article D. 343-5 du code rural et de la pêche maritime : " Le bénéficiaire des aides mentionnées à l'article D. 343-3 s'engage à : () / 9° S'installer et réaliser son projet conformément au plan d'entreprise et informer l'autorité compétente des changements dans la mise en œuvre du projet ; 10° Respecter les conditions liées aux modulations du montant de la dotation jeunes agriculteurs ; () ". Aux termes de l'article D. 343-18-1 du même code : " Lorsque le bénéficiaire ne respecte pas les engagements prévus à l'article D. 343-5, les autorités mentionnées à l'article D. 343-17 prononcent la déchéance totale ou partielle des aides dans les cas et conditions prévus à l'annexe à l'article D. 343-18-2, sauf lorsque la situation du bénéficiaire résulte d'un cas de force majeure ou de circonstances exceptionnelles () ".
5. En l'espèce, le requérant s'est engagé à obtenir une certification environnementale de l'exploitation de niveau 2 ou de niveau 3 avant la fin de la troisième année suivant l'installation, soit avant l'année 2019. Si les pièces établissant la conversion au mode biologique ont été envoyées tardivement, au-delà du délai fixé, il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat d'engagement au respect du mode de production biologique délivré par QualiSud le 16 mai 2018, que M. C a obtenu une certification " agriculture biologique " en 2018. Dès lors, M. C est fondé à soutenir qu'il s'est conformé à son obligation au titre de la modulation " projet agro-écologique ".
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 octobre 2021.
Sur les frais liés au litige :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
8. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 12 octobre 2021 du président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine et de la préfète des Landes de déchéance partielle de la dotation jeune agriculteur est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la région Nouvelle-Aquitaine et au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.
Copie en sera adressée à la préfète des Landes.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le rapporteur,
E. RIVIERE
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026