mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200829 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 2 |
| Avocat requérant | SELARL ETCHE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 avril 2022 et le 7 avril 2023, Mme C D, épouse G, représentée par la SCP Delma Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le maire d'Arcangues a délivré à M. B F et Mme A E un permis de construire en vue de l'édification d'une maison individuelle avec piscine ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Arcangues une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- le dossier de demande de permis est entaché d'insuffisances au regard des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles UB 4 et UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Arcangues.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juillet 2022 et le 27 avril 2023, M. B F et Mme A E, représentés par Me Delhaes, concluent au rejet de la requête, à titre subsidiaire au sursis à statuer dans l'attente d'une régularisation éventuelle, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est tardive ;
- la requérante ne dispose pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- les moyens soulevés par Mme D, épouse G, ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2022, la commune d'Arcangues, représenté par Me Ghaye, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5 ou de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en vue de la régularisation du permis de construire, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requérante ne produit pas de titre de propriété, en méconnaissance de l'article
R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- elle ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- les moyens soulevés par Mme D, épouse G, ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aubry,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- les observations de Me Guillou, représentant la commune d'Arcangues, et de Me Lopes, représentant M. F et Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 8 juillet 2021, le maire d'Arcangues a délivré à M. F et
Mme E un permis de construire en vue de l'édification d'une maison individuelle avec piscine. Mme D, épouse G, demande l'annulation de cet arrêté, et de la décision par laquelle le maire d'Arcangues a implicitement rejeté son recours gracieux formé contre cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier. ()". Selon l'article A 424-16 du même code : " Le panneau prévu à l'article A. 424-1 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, la date et le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. / () ". Aux termes de l'article A. 424-17 du même code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / " Droit de recours : / " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). / () ". L'article A. 424-18 du même code rajoute : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier. ".
3. En imposant que figurent sur le panneau d'affichage du permis de construire diverses informations sur les caractéristiques de la construction projetée, les dispositions précitées ont pour objet de permettre aux tiers, à la seule lecture de ce panneau, d'apprécier l'importance et la consistance du projet, le délai de recours contentieux ne commençant à courir qu'à la date d'un affichage complet et régulier. Il s'ensuit que si les mentions prévues par l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme doivent, en principe, obligatoirement figurer sur le panneau d'affichage, une erreur affectant l'une d'entre elles ne conduit à faire obstacle au déclenchement du délai de recours que dans le cas où cette erreur est de nature à empêcher les tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des captures d'écran datées des mois d'août 2021 et de juillet 2022 issues du site internet Google Street view produites par M. F et Mme E, que ces derniers ont procédé, au plus tard le 31 août 2021, à l'affichage du panneau mentionné à l'article A. 424-1 du code de l'urbanisme au droit du terrain d'assiette du projet, visible depuis la route départementale n° 3. Si la date d'obtention du permis portée sur le panneau est erronée, cette inexactitude n'a cependant pas été de nature à empêcher les tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet dès lors qu'y étaient précisées la superficie de ce dernier, la nature des travaux ainsi que l'adresse de la mairie d'Arcangues où le dossier de permis pouvait être consulté. Le délai de recours contentieux à l'égard de l'arrêté attaqué a donc commencé à courir au plus tard le 31 août 2021. Dans ces conditions, le recours gracieux formé par Mme D, épouse G, par courrier du 23 décembre 2021 à l'encontre de cette décision, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois, n'a pas été de nature à proroger ce délai, de sorte que les conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté et de la décision par laquelle le maire d'Arcangues a implicitement rejeté ce recours gracieux sont tardives. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par M. F et Mme E doit être accueillie et les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme D, épouse G, doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
6. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme D, épouse G, doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière des sommes de 1 500 euros au titre des frais exposés respectivement par M. F et Mme E et par la commune d'Arcangues et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D épouse G est rejetée.
Article 2 : Mme D, épouse G, versera respectivement à M. F et
Mme E et à la commune d'Arcangues une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, épouse G, à
M. B F, à Mme A E et à la commune d'Arcangues.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
M. Aubry, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
L. AUBRY
Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
S. SEGUELA
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026