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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200854

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200854

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2200854 le 21 avril 2022 et un mémoire, enregistré le 24 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Julie Noël, demande au

tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Callen a implicitement rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la commune de Callen de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune de Callen à lui verser la somme à parfaire de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait du harcèlement moral et des fautes commises par la collectivité dont elle a été victime, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 janvier 2021 et de leur capitalisation ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Callen une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi du bénéfice de la protection fonctionnelle :

- cette décision, alors qu'elle est victime de harcèlement moral de la part de certains membres de la nouvelle équipe municipale en place depuis l'année 2020, méconnaît l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du même article ;

- la protection fonctionnelle qui lui a ultérieurement été accordée est insuffisante ;

En ce qui concerne la responsabilité :

- la dégradation de ses conditions de travail atteste du harcèlement moral et des fautes commises par la commune à son encontre ;

En ce qui concerne les préjudices :

- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la dégradation de ses conditions de travail.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 avril 2023 et le 23 juin 2023, la commune de Callen, représentée par Me Hartmann, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête, au rejet du surplus et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le bénéfice de la protection fonctionnelle a été octroyé à Mme A par un arrêté du maire de Callen du 15 juin 2022 ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour Mme A a été enregistré le 7 septembre 2023.

Un mémoire en production de pièce présenté pour la commune de Callen a été enregistré le 21 octobre 2024.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2202775 le 9 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 6 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Julie Noël, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le maire de Callen l'a suspendue de ses fonctions, à titre conservatoire, à compter du 14 octobre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Callen une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait, en méconnaissance de l'article

L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique et est entaché d'une erreur de fait au regard de ce même article ;

- il est entaché de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 avril 2023 et le 21 mars 2024, la commune de Callen, représentée par Me Hartmann, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait de l'arrêté attaqué est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Un mémoire en production de pièce présenté pour la commune de Callen a été enregistré le 21 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Genty,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hartmann, représentant la commune de Callen.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2200854 et n° 2202775 présentées par Mme A sont relatives à la situation d'un même agent et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. Mme A, adjoint administratif territorial, exerçait les fonctions de secrétaire de mairie au sein de la commune de Callen. S'estimant victime de harcèlement moral de la part de certains membres de l'équipe municipale mise en place après les élections de 2020 et de fautes commises par la collectivité quant à ses conditions de travail, elle a sollicité, par un courrier du

20 janvier 2022 adressé au maire de la commune, le bénéfice de la protection fonctionnelle et la réparation de ses préjudices. Cette demande a été implicitement rejetée par le maire de la collectivité. Par ailleurs, par un arrêté du 11 octobre 2022, le maire de Callen a suspendu

Mme A, à titre conservatoire, de ses fonctions à compter du 14 octobre 2022, puis l'a informée par un courrier du 5 décembre 2022, qu'il engageait une procédure disciplinaire à son encontre. Mme A demande l'annulation de cette décision implicite et de cet arrêté, ainsi que la condamnation de la commune de Callen à lui réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de ce harcèlement moral.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite de rejet de la demande de protection

fonctionnelle :

3. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV. La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

4. Des agissements répétés de harcèlement moral peuvent permettre à l'agent public qui en est l'objet d'obtenir la protection fonctionnelle prévue par les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont les fonctionnaires et les agents publics non titulaires sont susceptibles d'être victimes à l'occasion de leurs fonctions.

5. Ces dispositions établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, notamment en cas de diffamation, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances.

6. Par un arrêté du 15 juin 2022, que la requérante ne conteste pas avoir réceptionné, le maire de Callen a accordé en cours d'instance à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans le cadre de l'engagement des procédures engagées par l'intéressée pour les faits de harcèlement moral qu'elle dénonce, couvrant la prise en charge financière des honoraires d'avocat ainsi que le remboursement des frais de déplacement et d'hébergement liés à l'instance. Si la requérante soutient que la protection accordée serait insuffisante au motif qu'elle ne prend aucune mesure visant à rétablir la qualité de ses conditions de travail, sans menace ou pression exercée à son encontre pendant et en dehors de ses horaires de travail, au regard de la composition de l'équipe municipale et des services de la commune de Callen, elle n'indique pas la nature des mesures de protection fonctionnelle supplémentaires dont elle aurait souhaité bénéficier à cette fin. Dans ces conditions, elle ne conteste pas sérieusement qu'en lui accordant une assistance dans l'exercice des procédures contentieuses, l'administration n'aurait pas rempli son obligation prévue par les dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Dès lors, le maire de Callen doit être regardé comme ayant procédé au retrait de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de protection fonctionnelle sont devenues sans objet.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du maire de Callen du 11 octobre 2022 :

7. Aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline () ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'un fonctionnaire peut être suspendu de ses fonctions lorsque les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité. Saisi d'un recours contre une telle mesure, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de statuer au vu des informations dont disposait effectivement l'autorité administrative au jour de sa décision.

9. Il résulte des écritures en défense que le maire de Callen justifie la suspension à titre conservatoire de Mme A de ses fonctions, d'une part, en raison de la perte de confiance à son égard, suite à ses refus d'obéissance répétés, à son comportement irrespectueux et à divers manquements fautifs à ses obligations, d'autre part, du fait que cette attitude nuit au bon fonctionnement du service en faisant peser un risque sur la continuité du service public communal.

10. La commune de Callen fait d'abord grief à Mme A d'avoir provoqué, en refusant de donner son code d'accès à sa session informatique durant le congé de maladie dont elle a bénéficié du 7 mai au 9 juin 2021, une perte de temps significative pour les élus qui ont dû entamer des démarches auprès de l'agence landaise pour l'informatique en vue de débloquer cet accès, ainsi qu' une augmentation des dépenses communales dès lors que la commune s'est vue contrainte d'externaliser la gestion des salaires des employés municipaux pour les mois de mai et juin 2021. Ces dernières circonstances n'apparaissent toutefois pas en lien direct avec le refus d'obéissance de la requérante, mais davantage avec son absence pour raison de santé, qui a engendré des difficultés temporaires dans l'exécution de son travail, parfois spécialisé dans le domaine informatique, dans l'attente de la mise en application, dès le 1er juillet 2021, d'une convention de mise à disposition d'une secrétaire de mairie itinérante en cas d'absence de l'agent titulaire.

11. Si la première adjointe au maire et une conseillère municipale témoignent également de l'indisponibilité régulière de Mme A pour les assister en leur transmettant les informations utiles sur les dossiers en cours ou sur certaines procédures à suivre en lien avec les dossiers dont elles avaient la charge, elles n'étayent toutefois pas leurs témoignages des précisions suffisantes pour permettre de regarder ce grief comme présentant un degré suffisant de vraisemblance.

12. Ensuite, le seul courrier électronique du 22 juillet 2021 de la secrétaire de mairie remplaçant Mme A, selon lequel elle n'a pas trouvé le registre d'état civil pour l'année 2021 ne permet pas d'en déduire que ce même registre pour l'année 2020 n'avait pas été clôturé, bloquant ainsi l'ouverture de celui de l'année suivante.

13. En outre, la requérante conteste fermement le compte rendu de l'entretien qui s'est déroulé le 5 septembre 2022, établi et signé par les six seuls membres de l'équipe municipale présents, au cours duquel elle aurait refusé tout reproche ou toute réunion ayant pour objet de lui expliquer la manière dont elle devait travailler. L'attestation détaillée du représentant du personnel, également présent lors de cette réunion, qui mentionne les points sensibles abordés lors de cette réunion, ne fait pas non plus état de tels propos. Si l'intéressée reconnaît avoir évoqué des considérations sur le caractère temporaire d'un mandat d'élu comparé à la pérennité de l'emploi de fonctionnaire territorial, le contexte dans lequel elle les a présentées ne ressort pas suffisamment du compte rendu en cause pour les interpréter comme une attitude irrespectueuse envers sa hiérarchie.

14. Par ailleurs, il résulte du courrier du 21 décembre 2021, qui remet en cause la qualité de professionnalisme dans la gestion de la commune, qu'il émane de l'époux de Mme A et non de la requérante elle-même.

15. Enfin, la commune de Callen reproche à Mme A de s'être opposée aux ordres du maire en ayant notamment refusé de façon répétée durant son absence pour raison de santé du

7 mai au 9 juin 2021, de lui transmettre les codes nécessaires à l'ouverture de sa session sur le poste informatique du secrétariat de la mairie afin de lui permettre ainsi qu'aux élus, d'accéder aux logiciels " métiers ", aux sites institutionnels et à la messagerie avec les administrés pour lesquels les mots de passe étaient pré-enregistrés sur la session de la requérante, ce qui a nui au bon fonctionnement des services de la mairie durant son absence. A supposer même, comme le soutient la requérante, que les élus auraient été en mesure d'accéder aux sites et logiciels en cause en ouvrant leurs propres sessions depuis le poste informatique du secrétariat, dont il est constant qu'il était le seul ordinateur de la mairie sur lesquels étaient installés les logiciels " métiers ", puis en utilisant des identifiants et mots de passe afférents répertoriés dans un cahier dans des classeurs, elle ne conteste pas sérieusement que les élus n'ont jamais trouvé ces derniers, ni qu'elle n'aurait pas en outre disposé de documents professionnels utiles accessibles depuis sa seule session et nécessaires au suivi des dossiers de la mairie, y compris en son absence. Elle reconnaît par ailleurs avoir refusé jusqu'au dernier moment de donner au maire, malgré son ordre, son code de session informatique en se prévalant notamment de la législation en matière de protection des données. Toutefois, elle n'allègue ni n'établit que cet ordre aurait été manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Il est également constant que Mme A a, dès son retour de congé le 10 juin 2021, modifié le code de sa session informatique et ceux d'accès à certains logiciels " métiers ", sans mettre à jour le répertoire de ces nouveaux codes, ni en avoir informé le maire, et les témoignages concordants du maire, de sa première adjointe et d'une conseillère municipale présents à une réunion organisée le 14 juin 2021 pour aborder cette attitude attestent du comportement irrespectueux de l'intéressée à leur égard.

16. Dans ces conditions, le refus d'obéissance de Mme A concernant la communication du code de sa session informatique durant son absence pendant les mois de mai et juin 2021, la réitération de ce refus lors de son retour de congé de maladie au début du mois de juin 2021 et son comportement inadapté et irrespectueux envers sa hiérarchie lors d'une réunion le 14 juin 2021 doivent être regardés comme caractérisant des fautes présentant un degré suffisant de vraisemblance de nature à nuire au bon fonctionnement du service. Il résulte cependant d'un courrier du maire de Callen du 16 juin 2021 que cette autorité a décidé de rappeler la requérante à l'ordre, et l'a en conséquence invitée à modifier son attitude sous peine de voir une procédure disciplinaire engagée à son encontre. A la réception de ce courrier, Mme A a été victime d'un malaise et a bénéficié d'un congé de maladie imputable au service jusqu'au mois de septembre 2022 à l'issue duquel elle a soldé ses droits à congés annuels à la demande de la collectivité, repoussant ainsi la date de sa reprise d'activité au 14 octobre 2022. Ainsi qu'il a été dit au point 14, la seule reprise de contact professionnel de Mme A lors de la réunion du 5 septembre 2022 ne permet pas de considérer qu'à la date de la décision attaquée, à laquelle l'intéressée n'avait pas repris son service depuis près de quinze mois, cette dernière aurait été dans le même état d'esprit de vouloir persévérer dans son refus d'obéissance, ni n'aurait pris en compte l'avertissement contenu dans le courrier du maire du 16 juin 2021. Dans ces conditions, la volonté de la requérante de persister dans son refus d'obéir avait perdu son caractère de gravité ne justifiant dès lors pas qu'une mesure de suspension soit prise à son encontre. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le maire de Callen a fait une inexacte application de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique.

17. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés au soutien des présentes conclusions, l'arrêté du maire de Callen du 11 octobre 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Ainsi qu'il a été dit au point 6, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2200854 de Mme A. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de cette même requête sont également devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'indemnité :

19. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".

20. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

21. Il résulte de l'instruction que, pour fonder sa demande indemnitaire, Mme A soutient qu'à la suite du changement de conseil municipal en 2020, ses missions ont été peu à peu supprimées, le maire de Callen l'a volontairement isolée du public et des agents de la commune, ses conditions de travail se sont dégradées en raison de reproches injustifiés relatifs à la désorganisation du service et à son état de santé, les pressions exercées à son encontre se sont poursuivies en dehors de son temps de travail, notamment pendant son congé de maladie, et ces agissements, qui se sont traduits par une dégradation de sa santé psychique, ont perduré afin de ne pas lui permettre de reprendre ses fonctions au mois d'octobre 2022.

22. Il résulte d'abord de l'instruction qu'à l'occasion de l'installation du nouveau conseil municipal, ce dernier a souhaité réorganiser le fonctionnement du secrétariat de la mairie et modifier la répartition des tâches mise en place par les précédents élus. Il est ainsi constant que certains dossiers tels que ceux de la gestion des deux agents techniques de la commune, de l'état civil, du suivi des dossiers d'urbanisme et des questions forestières ont été retirés à Mme A. Il résulte toutefois du compte-rendu d'entretien professionnel de la requérante au titre de l'année 2020 que d'autres missions lui ont été confiées, telles que l'accompagnement et le suivi des projets d'investissement et la mise en place d'une nouvelle configuration et de nouveaux outils numériques, pour lesquelles la requérante ne soutient ni n'établit qu'elles ne relèveraient pas de son grade, ni de ses fonctions de secrétaire de mairie. Cette redistribution des missions dans ce contexte n'est pas de nature à laisser présumer un harcèlement moral.

23. Si Mme A soutient ensuite que de nombreux reproches lui auraient oralement été adressés en raison de son manque d'organisation ou du retard pris dans les dossiers qui lui avaient pourtant été retirés, et de sa bonne entente avec les membres du précédent conseil municipal, elle ne produit aucune pièce justificative au soutien de ces allégations alors qu'au demeurant, son évaluation professionnelle au titre de l'année 2020 ne fait aucunement état de ces reproches, ne relève aucune insuffisance ni d'ordre technique ni dans la manière de servir, et relève au contraire les qualités et le professionnalisme de l'intéressée.

24. Par ailleurs, la circonstance dont témoignent les proches de Mme A ainsi que plusieurs habitants de la commune, qu'elle a perdu sa joie de vivre et s'est renfermée sur elle-même depuis l'installation du nouveau conseil municipal en 2020, n'est pas de nature par

elle-même à laisser présumer que ce dernier a cherché à l'isoler du public, quand bien même l'espace d'accueil du public a été réaménagé, ou des autres agents de la collectivité.

25. En outre, la circonstance dont atteste l'époux de Mme A que les horaires de travail de cette dernière ont dépassé régulièrement la durée légale de travail en raison de réunions informelles imprévues n'est pas davantage de nature, à elle seule, à laisser présumer un harcèlement moral.

26. Il n'est également pas contesté, ainsi qu'il a été dit au point 15, que durant le congé de maladie dont a bénéficié la requérante du 7 mai au 9 juin 2021, cette dernière a été téléphoniquement contactée par les services de la mairie de Callen à de multiples reprises. Il résulte de l'instruction que les relations entre le maire et Mme A se sont durablement dégradées à compter de l'entretien du 14 juin 2021 également rappelé au point 15, dont il est constant qu'il a révélé une tension et des divergences de vue sur l'organisation du travail de l'intéressée à son retour dans ses fonctions, notamment sur la question de l'accès aux dossiers et aux logiciels " métiers " sur le poste informatique du secrétariat de la mairie. Dans ces conditions, l'insistance des élus à la contacter pour des motifs professionnels durant son congé de maladie, puis les incidents qui en ont suivi jusqu'à la menace d'une sanction disciplinaire, alors même qu'ils se sont déroulés sur une courte période, sont susceptibles de laisser présumer une situation de harcèlement moral. Il résulte toutefois des témoignages concordants d'élus et d'une ancienne élue, que l'insistance téléphonique à laquelle Mme A a fait face lors de son congé de maladie du 7 mai au 9 juin 2021 était justifiée par la nécessité d'assurer la continuité de l'exécution de certaines opérations importantes telles que la rémunération des agents, l'indemnisation des élus, le paiement des fournisseurs ou l'accès à certains documents ou enregistrements officiels et résulte en partie du comportement de la requérante qui a, dans un premier temps, refusé de délivrer ses codes informatiques. Dans ces conditions, le motif des appels téléphoniques répétés à Mme A lors de la prolongation de son congé de maladie, justifié par la volonté de l'équipe municipale d'assurer la continuité du service, est étranger à tout harcèlement moral, la circonstance que les procédures aient dû finalement être externalisées ou mises en place par des tiers étant sans incidence à cet égard.

27. Enfin, par un arrêté du 11 octobre 2022, le maire de Callen a suspendu l'intéressée de ses fonctions à compter du 14 octobre 2022 et l'a informée par un courrier du 5 décembre 2022 de ce qu'il engageait une procédure disciplinaire à son encontre en proposant une exclusion de fonctions pour une durée de deux ans. Toutefois, il ne se déduit pas des motifs d'annulation de cette mesure conservatoire retenus au point 17, que la suspension prononcée serait de nature à laisser présumer un harcèlement moral.

28. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'a pas été victime de harcèlement moral dans le cadre de son travail. Dès lors, la responsabilité de la commune de Callen ne peut être engagée à ce titre. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de

Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

29. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

30. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Callen présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête n° 2200854 de Mme A.

Article 2 : Les conclusions aux fins d'indemnité de la requête n° 2200854 de Mme A sont rejetées.

Article 3 : L'arrêté du maire de Callen du 11 octobre 2022 est annulé.

Article 4 : La commune de Callen versera à Mme A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Callen présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Callen.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Aubry, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

La rapporteure,

F. GENTY

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

S. SEGUELA

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

2, 2202775

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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